‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 67 sur 133 · SARDANAPALE. ACTE III, SCÈNE I. 22D · texte numérisé non relu

SARDANAPALE. ACTE III, SCÈNE I. 22D

Pan. M’a envoyé ici pour vous emmener de l’auîre côlé du fleuve par un passage secret.

Myrr. Il vit donc?

Pan. Il m’a chargé de mettre vos jours en sûreté, et vous prie de vivre pour l’amour de lui, jusqu’k ce qu’il puisse vous rejoindre.

Myrr. Abandonnera- t-il donc la lutte?

Pan. Il tiendra jusqu’au dernier moment; et cependant il fait tout ce que le désespoir peut faire, et dispute pied à pied son propre palais.

Myrr. Us ont donc pénétré ici? — Oui, leurs clameurs retentissent dans les salles antiques qui , avant cette nui! fatale, n’avaient jamais été profanées par des voix rebelles. C’en est fait de la race d’Assyrie! c’en est fait du sang de Nemrod! son nom môme va s’éteindre.

Pan. Venez avec moi, — venez!

Myrr. Non, je veux mourir ici! — Partez, et dites à votre roi que je l’ai aimé jusqu’au dernier moment.

SARDANAPALE entre avec SALÈMÈNE et scs soldats; Pania quitte

Myrrba et se joint à eux.

Sard. Puisqu’il en est ainsi, nous mourrons où nous sommes nés, — dans notre propre palais. Serrez vos rangs, — tenez ferme. J’ai dépêché un fidèle satrape à la garde commandée par Zamès ; c’est une troupe fraîche et dévouée, elle va arriver. Tout n’est pas perdu. — Pania, veille sur Myrrha. [Pania retourne prendre place auprès de Myrrha,)

Sal. Nous pouvons reprendre haleine. Mes amis, encore une charge pour l’Assyrie !

Sard. Dis plutôt pour la Bactriane ! Mes fidèles Baclricns, je veux désormais être roi de votre nation; et quant a ce royaume, nous en ferons une province. •

Sal. Écoulez ! Les voici , — les voici !

6ÉLÉSÈS et ARBACE entrent avec les rebelles.

Ard.' En avant ! nous les tenons dans le piège. Chargez! chargez !

Bél. En avant! en avant! Le ciel combat pour nous et avec nous. — En avant !

(Ils attaquent lo roi, SaWmèno, et leurs troupes, qui se défendent jusqu’à l’arrivée de Zamés avec les gardes déjà naentionnés; alors les rebelles sont repoussés et poursuivis par Saléméne; au moment oit le roi va aussi pour les poursuivre, il rencontre Itélcsès.)

Bél. Arrête, tyran! — je vais d’un coup terminer cette guerre.

Sard. En vérité ! mon prêtre belliqueux , mon généreux prophète, mon fidèle et reconnaissant sujet ! Rends-toi , je te prie ! au lieu de tremper mes mains dans un sang sacré, je le réserve un plus digne sort.

Bél. Ton heure est venue.

Sard. Non, c’est la tienne. — Quoique je ne sois qu’un astrologue novice, j’ai dernièrement consulté les étoiles, et , en parcourant le zodiaque, j’ai lu ton destin dans le signe du scorpion, ce qui veut dire que tu vas être maintenant écrasé.

Bél. Ce ne sera pas par toi

(lis combattent ; Bélésèsest blessé et désarmé.,)

Sard. {levant son épée pour le tuer, s'écrie ; ) Invoque maintenant tes planètes; s'élanceront-elles du ciel pour sauver leur prophète et leur réputation?

(Une troupe de rebelles entre et délivre Bélésès. Us attaquent le roi, qui, à son tour, est délivré par un détachement de ses soldats, qui chassent les rebelles.)

Le scélérat s’est montré prophète, après tout! Poursuivonsles, — allons ! — la victoire est à nous !

(Il sort à la poursuite des rebelles.)

Mtrr. {à Pania). Poursuis donc! Pourquoi restes-tu ici? Pourquoi quitles-lu les rangs de les compagnons d’armes, et les laisscs-tu vaincre sans toi ?

Pan. J’ai ordre du roi de ne pas vous quitter Mtrr. Moi ! ne t’occupe pas de moi. — 11 n’est pas un soldat dont le bras maintenant ne soit nécessaire; je ne demande pas de gardes, je n’en ai pas besoin. Quoi donc!» quand le destin du monde va se décider, veiller sur une

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femme! Pars, te dis-je, ou tu es déshonoré! Mais j’irai moimême, faible femme, me jeter dans la mêlée sanglante; et si tu veux me garder, que ce soit là du moins où ton bouclier pourra couvrir Ion souverain. (Myrrha sort.)

Pan. Arrêtez! — Elle est partie! Si quelque chose lui arrive, malheur à moi ! Elle est plus chère à Safrdanapale que son propre royaume, pour lequel cependant il combat ; et puis-je moins faire que lui qui manie un cimeterre pour la première fois? Revenez , Myrrha, et je vous obéis, dusséje désobéir au roi.

(Pania sort. — Altada et Sféro entrent par la porte opposée.)

Alt. Myrrha! Eh quoi ! elle est partie! pourtant elle était ici au moment du combat , et Pania avec elle. Que peut-il leur être arrivé?

Sf. Je les ai vus tous deux sains et saufs quand les rebelles ont pris la fuite ; ils sont probablement retournés au harem.

Alt. Si le roi est vainqueur, comme cela est maintenant probable, et qu’il ne retrouve plus son Ionienne, notre sort sera pire que celui des rebelles captifs.

Sf. Courons sur leurs traces; elle ne peut être lœn, et en la retrouvant, nous ferons à notre souverain un présent plus riche que son royaume reconquis.

Alt. Baal lui-même ne combattit jamais avec plus de courage pour conquérir l’empire que son fils voluptueux pour le conserver. Il défie tous les augures de ses amis ou de ses ennemis; pareil à l’air brûlant d’un soir d’été qui couve une tempête, il éclate, fait briller les éclairs de son épée foudroyante, et inonde la terre d’une pluie de sang. C’est un homme incompréhensible.

Sf. Pas plus que les autres hommes. Tous, noos sommes les enfants des circonstances. Parlons ! — Tâchons de retrouver celte esclave , ou préparons-nous à être lirrés à la torture, à cause de son fol amour, et à nous voir condamnés sans être coupables. (Àltada et Sféro sortent.)

SALÉMÈNE entre avec ses soldats.

. Sal. Le triomphe est flatteur ; ils sont repoussés du pa-

lais, et nous avons ouvert une communication régulière avec les troupes stationnées de l’autre côté de l’Euphrate; elles sont peut-être restées fidèles ; elles le seront sans aucun doute quand elles apprendront notre victoire. Mais où est le principal vainqueur? où est le roi ?

SARDANAPâLE entre accompagné de sa suite et de Myrrba.

Sard. Me voici, mon frère.

Sal. Sain et sauf, j’espère?

Sard. Pas tout a fait; mais n’en parlons pas; nous avons purgé le palais d’ennemis.

Sal. Et la ville également’, je pense. Notre nombre s’accroît; j’ai ordonné qu’un gros de Parthes, jusque-là tenu en réserve, et composé de troupes fraîches et braves, poursuivît l’ennemi dans sa retraite qui ne tardera pas à devenir une fuite.

Sard. C’en est déjà une; du moins ils courent plus vite que je n’ai pu les suivre avec mes Bactriens qui marchaient fort bon pas. Je n’en peux plus; que l’on me donne un siège !

Sal. Sire, voilà le trône.

Sard. Ce n’est pas un lieu de repos pour l’esprit ou pour le corps ; qu’on me donne un divan, une escabelle, peu m’importe, pourvu que je puisse reprendre haleine. {On approche un siège.)

Sal. Cette heure est devenue la plus brillante et la plus glorieuse de votre vie.

Sard. Et la plus fatigante. Où est mon échanson? qu’on m’apporte de l’eau !

Sal. {souriant). C’est la première fois que vous lui avez donné un pareil ordre ; moi-même, le plus austère de vos conseillers, je vous engage à prendre un breuvage plus pourpré.

Sard. Du sang, — sans doute ! mais il y en a eu assez de répandu. Quant au vin, j’ai appris aujourd’hui tout ce que vaut l’élément limpide : j’en ai bu trois fois, et, trois fois renouvelant mes forces mieux que n’eût pu faire le jus du raisin, il m’a mis à même de retourner à la charge. Où est le soldat qui m’a présenté de l’eau dans son casque?

Un des gardes. Il est mort, Sire ; une Qèche lui a percé

le crâne au moment où , secouant les dernières gouttes qui étaient dans son casque, il allait le replacer sur sa télé.

Sard. Il est mort! sans avoir été récompensé ! et mort pour avoir étanché ma soif! Pauvre esclave! cela est dur! S’il vivait, je l’aurais rassasié d’or; tout l’or de la terre ne pourrait payer le plaisir que m’a fait cette gorgée d’eau, car j’avais le gosier desséché comme maintenant. {On apporte de Veau, — Il boit,) Je commence à revivre; h dater de ce jour, je garde le vin pour l’amour et l’eau pour la guerre.

Sal. Sire, et ce bandage qui entoure votre bras?

Sard. C’est une égratignure du brave Bélésès.

Myrr. O ciel! il est blessé !

Sard, C’est peu de chose; cependant, h présent que je suis plus calme, j’éprouve une certaine douleur.

Myrr. Vous avez bandé votre blessure avec...

Sard. Avec le bandeau de mon diadème; c’est la première fois que cet ornement m’a servi à quelque chose.

Myrr. {aux serviteurs). Allez vite chercher le plus habile médecin; je vous en prie, retirez-vous! — Je déferai l’appareil et panserai votre blessure.

Sard. Je le veux bien, car le sang y bat avec force. Mais est-ce que lu te connais aux blessures?... Pourquoi fais-je celte demande ? Vous ne devineriez pas, mon frère, où j’ai trouvé cette enfant?

Sal. Réunie aux autres femmes comme une gazelle effrayée ?

, Sard. Non, comme la compagne du jeune lion ; dans sa rage féminine (et fémiRine veut dire furieuse, parce que dans la femme toutes les passions sont portées à l’extrême), elle ressemblait k la jeune lionne dont le chasseur a enlevé les lionceaux; et, les cheveux épars, les yeux étincelants, elle animait les soldats du geste et de la voix.

Sal. En vérité!

Sard. Tu vois que je ne suis pas le seul dont cette nuit ait fait un guerrier; je me suis arrêté pour la contempler, et ses joues enflammées, ses grands yeux noirs étincelants à travers le long voile de ses cheveux épars, ses veines azurées

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sur son front transparent, ses narines dilatées, ses lèTres cntr’ouTertes, sa voix qui résonnait à travers le tumulte du combat, comme un luth qu’on entend h travers les sons discordants des cymbales; ses bras étendus, effaçant par leur blancheur l’éclat de l’acier que tenait sa main, et qu’elle avait arraché à un soldat mort; tout cela la faisait apparaître aux yeux des soldats comme la propbétesse de la Victoire, ou la Victoire elle-même descendue parmi noos pour saluer ses enfants.

Sal. (à part). C’en est trop, voilà de nouveau l’amour qui s’empare de lui, et tout est perdu si nous ne donnons le change à ses pensées. (Tout haut.) Sire, je vous en conjure, songez à votre blessure ; vous disiez tout à l’heure qu’elle était douloureuse.

Sard. Cela est vrai; mais je ne dois pas y penser.

Sal. J’ai pris toutes les dispositions nécessaires; je vais maintenant voir comment ont été exécutés ks ordres que j’ai donnés; je reviendrai ensuite prendre les vôtres.

Sard. C'est bien.

Sal. [en se retirant). Myrrha!

Mtrr. Prince!

Sal. Vous avez montré cette nuit un courage qui, si le roi n’était l’époux de ma sœur... — Mais le temps presse; vous aimez le roi ?

Mtrr. J’aime Sardanapale.

Sal. Mais vous voudriez qu’il continuât à être roi?

Mtrr. Je ne voudrais pas qu’il fût moins qu’il ne doit être.

Sal. Eh bien donc ! pour qu’il soit roi, pour qu’il soit à vous, pour qu’il soit ce qu’il doit être, ou ne doit pas être, pour qu’il vive, faites en sorte qu’il ne retombe pas dans la mollesse. Vous avez plus d’empire sur son esprit que n’en a la sagesse dans ces murs, ou la rébellion au dehors. Veillez à ce qu’il n’y ait pas en lui de rechute.

Mtrr. Je n’avais pas besoin pour cela de la voix de Salémène; je n’y manquerai pas; tout ce que peut la faiblesse d’une femme...

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