‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 66 sur 133 · SAHDAKAPALE. ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

SAHDAKAPALE. ACTE III, SCÈNE I

Pan. Oui, Sire, du moins lorsque je l’ai quillé, el je n’ai pas de crainle ; nos soldats faisaient bonne contenance, el la phalange était formée.

Sard. Dis-lui d’épargner sa personne pour le moment; ajoute que je n’épargnerai pas la mienne, — et que je vais le rejoindre.

Pan. Ce mot décide la victoire. [Pania sort.)

Sard. Altada! — Zamès! — allons, armez-vous! Vous trouverez des armes dans l’arsenal. Qu’on mette les femmes en sûreté dans les appartements reculés, qu’une garde y soit placée avec l’ordre formel de ne quitter ce poste qu’avec la vie. — Zamès, lu en prendras le commandement. — Altada, va l’armer, el reviens. Ton poste est près de notre personne.

(Tous sortent, à l’exception du Roi et de Myrrha. — Sféro et d’autres ofllciers du palais arrivent portant les armes du roi.)

Sf. Roi, voici votre armure.

Sard. {s'armant). Donnez-moi ma cuirasse, — bien; mon baudrier; maintenant mon épée. J’oubliais le casque, — où est-il? C’est bien: — non, il est trop lourd; vous vous êtes trompé : ce n’est pas celui-ci que je voulais, mais l’autre qui porte un diadème.

Sf. J’ai craint que les pierreries dont il est orné n’atlirassenl trop les regards, et n’exposassent votre front sacré. — — Croyez-moi, celui-ci, quoique moins riche, est d’un métal plus solide. '

Sard. Tu as craint! Serais-tu devenu un rebelle? Ton devoir est d’obéir : retourne sur tes pas, et... — Non, — il est trop lard, — je m’en passerai.

Sf. Portez du moins celui-ci,

Sard. J’aimerais autant porter le Caucase! c’est une vraie montagne que j’aurais sur la tête.

Sf. Sire, il n’est pas un soldai qui voulût combattre exposé ainsi. Tout le monde vous reconnaîtra; car l’orage a cessé, el la lune brille de tout son éclat.

Sard. Je sors pour être reconnu, et par ce moyen, je le serai plus têt. Maintenant ma lance! je suis armé. (S{ir

le point de sortir, il s'arrête et se tourne vers S fera.) Sféro, -j’avais oublié ; donne-md un miroir.

Sf. Un miroir, Sire?

Sard. Oui, le miroir de bronze poli rapporté parmi les dépouilles de l’Inde; mais dépéche-toi. [Sféro sort.) Myrrha, relire-loi dans un lieu sûr. Pourquoi n’cs-lu pas avec les autres femmes?

Mtrr. Parce que ma place est ici.

Sard. Et quand je serai parti?

Mtrr Je te suis.

Sard. Toi, au combat!

Mvrr. Si cela était, je ne serais pas la première fille de la Grèce qui aurais pris ce chemin. J’attendrai ici ton retour.

Sard. Ce lieu est spacieux, c’est le premier où l’ennemi pénétrera s’il est vainqueur; si cela arrivait, et que je ne revinsse pas?

Myrr. Nous nous rejoindrons !

Sard. Où?

Mtrr. Dans le lieu où tous doivent se réunir un jour, au séjour des ombres, s’il est, comme je crois, un rivage par delà le Styx; et, s’il n’en est pas, dans le tombeau.

Sard. Oseras-tu?

Mtrr. J’oserai tout ! excepté de survivre à ce que j’ai tant aimé, et de consentir à devenir la proie d’un rebelle. Pars ! et déploie tout ton courage. (Sféro rentre avec le miroir.)

Sard. (5e mirant). Cette cuirasse me sied à ravir, le baudrier mieux encore, et le casque pas du tout. (B rejette le casque après l’avoir essayé de nouveoM.) Il me semble que je suis très bien sous celte parure; il s’agit maintenant de la mettre à l’épreuve. Altada! Où estÂltada?

Sf. Sire, il attend dehors, et tient votre bouclier, par droit de naissance transmis d’àge en âge.

Sard. Myrrha, embrasse-moi; — encore! — encore! — aime-moi, quoi qu’il advienne; ma principale gloire sera de me rendre plus digne de ton amour.

Mtrr. Pars, et reviens vainqueur! (Sardanapale et Sféro

sortent.) Maintenant me voilîi seule; tous sont partis; eombien peu reviendront! Qu’il soit vainqueur, dussé-je périr! S’il est vaincu, je meurs; car je ne veux pas lui survivre. Il s’est enlacé à mon cœur, je ne sais ni comment ni pourquoi; ce n’est pas parce qu’il est roi, car maintenant son royaume vacille sous son trône, et la terre s’ouvre pour ne lui donner d’elle qu’un tombeau; et cependant je l’en aime davantage O puissant Jupiter! pardonne-moi ce monstrueux amour pour un Barbare qui ne connaît pas l’Olympe ! Oui, je l’aime maintenant, maintenant, beaucoup plus que... — Écoutons! — j’entends les cris des combattants ! on dirait qu’ils s’approchent. S’il doit en être ainsi (elle tire une fiole), ce subtil poison de Colchide, que mon père apprit à composer sur le rivage de l’Euxin, et qu’il m’enseigna à conserver, ce poison me délivrera! 11 m’eût déjà délivrée depuis longtemps, si je n’avais aimé jusqu’à oublier presque que j’étais esclave ; — là où, hormis un seul, tous sont esclaves et fiers de leur servitude, pourvu qu’ils soient servis à leur tour par d’autres placés plus bas dans l’échelle de l’esclavage, on oublie que des chaînes portées comme parures n’en sont pas moins des chaînes. Encore des cris! et puis le cliquetis des armes! et maintenant, — et maintenant...

Entre ALTADA.

Alt. Holà !Sféro! holà!

Mtrr. Il n’est pas ici; que lui voulez-vous? Où en est le combat?

Alt. Il est douteux et terrible.

Mtrr. Et le roi?

Alt. Se conduit en roi. Je cherche Sféro pour lui procurer une nouvelle lance et son casque. Jusqu’à présent il combat nu-tête, et beaucoup trop exposé. Ses soldats l’ont reconnu , et l’ennemi aussi; et, à la clarté brillante de la lune, sa tiare de soie et sa chevelure flottante ont fait de lui un but par trop royal. Toutes les flèches sont dirigées sur son superbe visage, sur son beau front, et sur le large bandeau qui le ceint.

Mïrr. O vous, Dieux , qui lancez vos foudres sur la terre

OELVr.ES DE LORD BYRO.’I.

de mes aïeux, prok'gcz-le ! — Avez-vous élé envoyé par le roi ?

Alt. Par Salémène qui m’a expédié secrèlement , à l'insu de l’insouciant monarque. Le roi , le roi combat comme il s’amuse ! — Holà ! Sféro î Sféro ! — Je vais à l’arsenal ! il doit y être {Altada sort.)

Mïrr. Il n’y a pas de déshonneur, — non, — il n’y a pas de déshonneur à avoir aimé cet homme. Peu s’en faut même que je ne désire maintenant ce que je n’avais jamais désiré auparavant, qu’il soit Grec. S’il y eut de la honte à Alcide à porter les vêtements et la quenouille de la Lydienne Omphale, certes, celui qui depuis sa jeunesse jusqu’à l’àgc viril , élevé dans la mollesse, s’élève tout à coup au niveau d’IIercule, et passe du banquet au champ de bataille comme à une couche d’amour, celui-là mérite une fille grecque pour amante, un poète grec pour ménestrel, un tombeau grec pour monument.

ün Officier entre.

Mvrr. Où en est la bataille, seigneur?

L’Of. Perdue! perdue presque sans ressources. — Zamès! où est Zamès?

Myrr. a la tête des gardes qui veillent à l’appartement des femmes. (L’Officier sort.)

Il est parti; et il s’est borné à me dire que tout est perdu ! Qu’ai-je besoin d’en savoir davantage? Dans ces mots si courts sont submergés un royaume et un roi , une race de treize siècles, des vies innombrables, et la fortune de tous ceux qui survivront ; et moi aussi , dans ce naufrage je dois périr avec les grands de la terre, pareille à la bulle d’eau qui se brise avec la vague qui la portait. Du moins mon sort est dans mes mains ; nul insolent vainqueur ne me comptera au nombre de ses dépouilles.

PANIA entre.

Pan. Fuyez avec moi, fuyez avec moi, Myrrha; hàtonsnous, nous n’avons pas un moment à perdre; — c’est tout ce qui nous reste maintenant à faire.

Myrr. Le roi?

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