‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 80 sur 133 · GC · texte numérisé non relu

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auras tout mis en sûreté sur tes barques, au moment où tu quitteras le palais, fais retentir dans les airs le son prolongé de la trompette. Les bords du fleuve sont trop éloignés, le bruit de ses flots est trop grand maintenant, pour que le signal donné sur ses rives puisse être porté par l’écho jusqu’ici. Fuis alors avec tes compagnons, mais en détournant la tête de ce côté ; suis le cours de l’Euphrate : si lu arrives dans la Paphlagonie, où la reine est en sûreté avec ses trois fils à la cour de Cotta, dis, dis-lui ce que tu as vu en partant, et prie-la de se rappeler ce que j’ai dit lors d’une séparation encore plus douloureuse.

Pan. Donnez-moi votre main royale, que je la presse une fois encore sur mes lèvres, ainsi que ces pauvres soldats qui se pressent autour de vous, et qui voudraient mourir avec vous !

( Les soldats st Paois entonrent Sardsnapale, et baisent sa main ainsi que les pans de sa robe. )

Sard. Mes meilleurs et mes derniers amis! n’énervons pas mutuellement nos courages ! Partez sans délai ; les adieux doivent être prompts, quand c’est pour toujours, si l’on ne veut qu’ils changent les moments en éternité, et qu’ils trempent de larmes les derniers grains douloureux du sablier de la vie. Partez et soyez heureux ! Croyez-moi, je ne suis pas h plaindre maintenant; ou, si je le suis, c’est bien plus pour le passé que pour le présent; quant à l’avenir, il est entre les mains des dieux, s’il en existe : je le saurai bientôt. Adieu, — adieu! {Pania et les soldats sortent.)

Myrr. Ces hommes étaient fidèles ; c’est une consolation pour nous que nos derniers regards puissent tomber sur des visages amis.

Sard. Et sur des visages charmants, belle Myrrha! — Mais écoUle-moi ! le terme fatal s’approche : — si en ce moment tu éprouves une répugnance secrète à t’élancer dans l’avenir, h travers les flammes de ce bûcher, parle : pour avoir cédé à ta nature, je ne t’en aimerai pas moins, peutêtre même davantage; et tu as encore le temps de fuir.

6ARDANAPALE. ACTE V, SCÈNE I. 267

Myrr. Allumerai-je Tune des torches entassées sous la lampe qui brûle éternellement devant Taulel de Baal, dans la salle voisine ?

Sard. Oui. Est-ce là ta réponse?

Myrr. Tu vas voir. (Myrrha sort,)

Sard. {seul). Elle est inébranlable! O mes pères! vous que je vais rejoindre, purifié peut-être par la mort de quelques-unes des grossières souillures de la nature matérielle, je n’ai pas voulu que des esclaves révoltés déshonorassent par leur présence votre antique demeure. Si je n’ai pas conservé votre héritage tel que vous me l’avez légué, du moins ce palais, qui en contient une portion brillante, vos trésors, vos armes consacrées, vos archives, vos monuments, vos trophées, dont ils auraient paré leurs triomphes, tout cela, pour vous le rendre, je l’emporte avec moi dans cet élément destructeur, image la plus vraie de l’àme, en ce qu’il laisse le moins de traces des matières consumées par son action dévorante. — La clarté de ce grand bûcher funéraire de la royauté ne sera pas seulement une colonne de fumée et de flammes, on phare éphémère à l’horizon, pour n’offrir ensuite qu’un monceau de cendres. Non , non , ce séra une leçon pour les. siècles, pour les nations rebelles, pour les princes voluptueux. Le Temps couvrira de l’oubli les annales de plus d'un peuple, les exploits de plus d’un héros il anéantira plus d’un empire,, à l’instar de ce premier des empires; mais il respectera mon dernier acte, pour l’offrir comme un problème que peu oseront imiter, que nul n’osera mépriser; et peut-être cet exemple détournera-t-il plus d’un roi d’imiter une vie qui m’a conduit à une telle fin.

(Myrrha ravient avec une torche dans une main elune coupe

dans l’autre. )

Myrr. Vois, j’ai allumé le flambeau qui doit éclairer notre vol vers les astres.

Sard. Et la coupe ?

Myrr. Il est d’usage dans ma patrie de faire une libation aux dieux.

Sard. Et dans la mienne de faire une libation aux hom-

mes; c’est une coutume que je n’ai pas oubliée; et, quoique seul, je viderai une coupe en mémoire de tant de banquets joyeux.

(Sardanapale prend la coupe, qu’il renverse après avoir bu, ei s’écrie en voyant tomber une goutte;)

Celte libation est pour l’excellent Bélésès!

Myrr. Pourquoi le nom de cet homme se présente-t-il k ta pensée, plutôt que celui de son complice en scélératesse?

Sard. L’un n’est qu’un soldat, un instrument, une sorte d’épée vivante dans la main d’un ami; l’autre fait jouer les fils de celle marionnette guerrière; mais je les bannis de mon souvenir. — Un moment encore, ma Myrrha ! Est-ce librement et sans crainte que lu m’accompagnes?

Myrr. Crois-tu donc qu’une fille grecque n’osera pas faire pour l’amour ce que fait une veuve indienne pour obéir k l’usage?

Sard. Alors, nous n’attendons plus que le signal.

Myrr. 11 tarde bien k retentir.

Sard. Allons, adieu ! un dernier embrassement !

Myrr. Viens; mais ce n’est pas le dernier, il en reste un encore.

Sard. Il est vrai : le feu mêlera nos cendres.

Myrr. Oui , mes cendres se mêleront aux tiennes, pures comme mon amour pour loi , dégagées des souillures de la terre et des passions terrestres. Une seule pensée m’afflige.

Sard. Laquelle?

Myrr. C’est qu’aucune main amie ne recueillera nos deux poussières dans une urne commune.

Sard. Tant mieux; mieux vaut qu’elles soient dispersées dans l’air et jetées k tous les vents que d’être souillées par le contact des mains de traîtres et d’esclaves. Dans ce palais en flammes, dans les ruines fumantes de ces gigantesques murailles, nous laissons un monument plus imposant que l’Égypte n’en a construit dans ces montagnes de briques amoncelées par elle pour servir de tombeaux k ses rois ou k ses bœufs ; car on ne sait encore si ces pyramides orgueilleuses sont destinées k leurs monarques ou k leur bœuf-dieu Apis :

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étranges monuments, qui ont perdu le souvenir du motif qui les érigea !

Myrr. Adieu donc, ô terre! et toi, le plus beau lieu delà terre, adieu, Ionie! Puisses-tu toujours être libre et belle! et que jamais les calamités n’approchent tes rivages ! Ma dernière prière a été pour toi , tu as aussi mes dernières pensées, hormis une seule.

Sard. Et celle-là ?

Myrr. Elle est pour toi.

( La trompette de Panla se fait entendre. )

Sard. Écoute!

Myrr. Maintenant!

Sard. Adieu, Assyrie ! je t’aimais, ô ma terre natale! terre de mes aïeux ! je t’aimais plus comme ma patrie que comme mon royaume; je t’ai rassasiée de paix et de plaisirs; et voilà ma récompense ! A présent, je ne te dois rien, pas même un tombeau. (/{ monte sur le bûcher.) Maintenant, Hyrrha !

Myrr. Es-tu prêt?

Sard, Comme la torche que tu tiens.

(Myrrha met le fea au bûcher.)

Myrr. Le bûcher est allumé! Je viens.

(Au moment oh Myrrha s’élance dans les flammes, la toile tombe. )

NOTES

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