SARDANAPALE. ACTE V, SCÈNE I
Le Uèr. Et le satrape Ofratanès.
Sard. Comment! U est des vôtres?
Le IlÉR. (montrant un anneau). Acquiers la certitude qu’il est maintenant dans le camp des vainqueurs; tu vois la bague qui lui sert de sceau.
Sard. C’est la sienne. Digue trio, en effet! Pauvre Salé- • mène ! tu es mort à propos pour ne pas voir une trahison de plus ; cet homme était ton ûdèle ami et mon sujet le plus dévoué. — Poursuis.
Le Hér. Ils l’offrent la vie; tu seras libre de choisir ta résidence dans l’une des provinces éloignées ; tu seras gardé et surveillé sans être captif, et tu couleras tes jours en paix; mais à condition que les trois jeunes princes seront livrés comme otages.
Sard. (ironiquement). Les généreux vainqueurs!
Le Hér. J'attends ta réponse.
Sard. Ma réponse, esclave! Depuis quand les esclaves ont-ils décidé du sort des rois ?
Le Hér. Depuis qu’ils sont libres!
Sard. Organe de la révolte! loi, du moins, lu recevras le châtiment dû à la trahison, quoique tu n’en sois que le représentant.— Pania, que du haut des remparts sa tête soit jetée dans les rangs des rebelles, et son corps dans le fleuve ! Qu’on l’emmène !
(Paoia et les gardes saisissent le héraut d’armes. )
Pan. Jamais je n’ai obéi à aucun de vos ordres avec plus de plaisir qu’à celui-ci. — Soldats, emmenez-le! Ne souillez point du sang d’un traître ce séjour de la rojauté; mellez-lc h mort hors de celle enceinte.
Le Hér. Un mot seulement; roi, mes fonctions sont sacrées.
Sard. Et que sont donc les miennes, que tu oses me demander de les abdiquer ?
Le Hér. Je ne fais qu’exécuter les ordres que j’ai rerus. Le danger que me fait courir mon obéissance, un refus mo l’eût également attiré.
Sard. Ainsi, des monarques d’une heure de durée sont
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aussi despotiques que des souverains élevés dans la pourpre
et placés sur le tréne depuis leur naissance!
Le Hér. Ma vie dépend d’un mol de la bouche. La tienne (je le dis avec humilité), — il se peut que la tienne soit dans un danger non moins imminent; serait-il digne des derniers instants d’une race comme celle de Nemrod — d’ôlcr la vie à un héraut pacifique cl désarmé, dans l’exercice de * scs fonctions, et de fouler aux pieds, non seulement ce qu’il y a de plus sacré chez les hommes, mais ce lien plus saint encore qui nous unit aux dieux ?
Sard. Il a raison. — Qu’on le laisse libre ! — Le dernier acte de ma vie ne sera pas un acte de colère. — Approche, héraut; prends cette coupe d’or (il prend sur une table une coupe d’or qu'il lui donne ) ; mcts-y ton vin et pense h, moi en la vidant ; ou fonds-la en lingot, et ne songe qu’à son poids et à sa valeur.
Le Hér. Je te remercie doublement, et pour m’avoir conservé la vie, et pour m’avoir fait ce don magnifique qui me la rend encore plus précieuse. Mais porterai-je une réponse ?
Sard. Oui ; je demande une heure de trêve pour réfléchir au parti que je dois prendre.
Le Hér. Une heure seulement?
Sard. Une heure. Si à l’expiration de ce terme tes maîtres ne reçoivent pas d’autre réponse de moi, ils doivent en conclure que je repousse leurs conditions, et agir en conséquence.
Le Hér. Je ne manquerai pas de transmettre fidèlement ta volonté.
Sard. Écoute! encore un mot.
Le Hér. Quel qu’il soit, je ne l’oublierai pas.
Sard. Présente mes compliments à Bélésès, et dis-lui que dans un an je lui donne rendez-vous.
Le Hér. En quel lieu?
Sard. A Bahylone. C’est de là du moins qu’il viendra me rejoindre.
Le Hér. Tu seras ponctuellement obéi. {Le héraut sort.)
EinOAIUPALE. ACTE T, SCÈNE I. SGo
Sard. Pania! — c’est mainlenant, mon Adèle Pania! — • hâte-loi d’exécuter mes ordres.
Pan. Seigneur, — les soldais s’en occupent déjà; les voici qui viennent.
( Des soldats entrent et construisent un bûcher autour du trûne. )
Sard. Plus haut, mes braves; meltez-y plus de bois; faites que les fondements du bûcher soient tels qu’il ne s’éteigne pas faute d’aliments, et qu’aucun secours officieux ne puisse l’éteindre. Que le trôrfe en forme le centre : je ne veux le laisser aux nouveaux venus qu’embrasé d’un feu inextinguible. Arrangez-le tout comme s’il s’agissait d’incendier une forteresse de nos ennemis invétérés. Maintenant il prend quelque apparence! Qu’en dis-tu, Pania ? ce bûcher sera-t-il suffisant pour les funérailles d’un roi?
Pan. Oui, et pour celles d’un royaume. A présent, je vous comprends.
Sard. Et tu ne me blâmes pas?
Pan. Non. — Permettez seulement que je mette le feu au bûcher, et que j’y monte avec vous.
Mïrr. Ce devoir me regarde.
Pan. Une femme!
Mïrr. C’est le devoir d’un soldat de mourir pour son souverain ; c’est celui d’une femme de mourir avec celui qu’elle aime.
Pan. Voilà qui est étrange!
Mïrr. Moins rare, Pania, que lu ne l’imagines. Vis cependant. Adieu, le bûcher est prêt.
Pan. Je rougirais de laisser mon souverain avec une femme seulement pour partager sa mort.
Sard. Un trop grand nombre déjà m’ont précédé dans la tombe. Pars, va t’enrichir!
Pan. Et vivre misérable!
Sard. Songe à ton serment : — il est sacré et irrévocable.
Pan. Puisqu’il en est ainsi, adieu!
Sard. Cherebe bien dans mon appartement ; emporte sans scrupule tout l’or que tu y trouveras; rappelle-toi que ce que lu y laisseras sera pour les esclaves qui me tuent. Quand tu