‹ Œuvres complètes de Lord Byron PoëmesChapitre 13 sur 83 · A NAPOLÉON BONAPARTE. NOTES. 147 XVII I · texte numérisé non relu

A NAPOLÉON BONAPARTE. NOTES. 147 XVII I

Mais il faut absolument que tu sois roi et que tu revêtes la pourpre, comme si ce vêtement puéril pouvait, dans ton cœur, élouffer le souvenir. Où est-il ce costume fané? où sont les colifichets que tu aimais à porter, l'étoile, — le cordon, — le cimier? Orgueilleux! enfant gâté de l'empire! dis-moi, t'a-t-on enlevé tous tes joujoux?

En est-il un seul parmi les grands de la terre sur lequel l'œil fatigué puisse se reposer, qui, sans briller d'une coupable gloire, n'offre pas matière au mépris? Oui, il en est un, — le premier, le dernier, — le meilleur, le Cincinnatus de l'Occident, celui que l'Envie n'osait haïr, celui qui a légué a la postérité le nom de Washington, pour faire rougir l'homme de celte exception solitaire ».

NOTES

* On sait que le comte Neippcrg, gentilhomme de la suite de l'empereur d'Autriche, qui fut présenté pour la première fois à Marie-Louise quelques jours après l'abdication de Napoléon, devint dans la suite son chambellan, puis son mari. Il était, dit-on, fort laid. Le comte est mort en mi.

» Denys le jeune, qui passe pour avoir été encore un plus grand tyran que son père, ayant été banni à deux reprises de Syracuse, se retira à Corinthe, où il fut obligé de se faire maître d'école pour gagner sa vie,

» La cage où fut enfermé Bajazet par ordre de Timour.

♦Proraéthée.

• Quelques jours après avoir achevé l'Ode à Napoléon Bonapartt, lord Byron prit la résolution la plus bizarre qui puisse jamais entrer dans la tête d'un homme célèbre. Révolté de la violence avec laquelle ses enuemls,non contents de noircir sa moralité et sa vie privée, affectaient de dé* précier son talent; mortifié de voir que ses amis eux-mêmes craignaient que ces calomnies sans cesse renouvelées n'eussent un jour quelque influence sur le jugement de la postérité, il prit la résolution, non seulement de ne plus rien imprimer à l'avenir, mais de détruire tout ce qu'il avait imprimé. Dans ce but, le 29 avril il écrivit à son libraire en lui envoyant un mandat sur son banquier. « 11 est inutile, » ajoutait-il, « de justifier ma conduite ; mon seul motif, c'est que cela me plaît, et il ne s'agit pas de choses assez importantes pour que j'aie besoin de m'expliquer davantage. » Cependant M. Murray ayant fait un apoel à son bon naturel et à son bon sens,

il répondit quarante-huit heures après : « Si votre note est sérieuse et que cela vous causât réellement du dommage, il y a un moyen bien simple de tout terminer; déchirez mon mandat : c'est très sérieusement que je déaire supprimer tous mes ouvrages ; mais je ne voudrais nuire à qui que ce fût, et surtout à vous. »

L'extrait suivant de ses tablettes reproduit la situation d'esprit de lord Byron à cette époque: «M. Murray a eu une lettre de son confrère, libraire à Edimbourg, qui lui dit qu'il est bien heureux d'avoir un pareil poëte, comme on dirait un cheval de charge, un âne ou quelque autre objet, absolument comme M. Packwood, qui répondait à une demande de l'Ode sur les Rasoirs : » Oui, certes, nous avons un poëte à notre service. » Le môme illustre libraire écossais envoya l'autre jour une commande de livres de poésie et de livres de cuisine, avec cet agréable post- scriptum r « Le Harold et la Cuisinière sont beaucoup demandés. » Voilà la gloire ! C'est comme ai l'on partageait les acheteurs entre Hannah Glasse et Hannah More. »

« 47 mars. J'ai lu les Disputes littéraires, un nouvel ouvrage du savant et amusant d'Israëli. C'est une secte colère, et je désire fort en être dehors. — Je n'irai certainement pas avec eux dans Coventry. — Pourquoi diable aussi me suis-je fait écrivailleur? 11 est trop tard d'en rechercher les motifs, et tous les regrets sont en pure perte ; mais si c'était à recommencer — je recommencerais à écrire probablement. Telle est la nature humaine, au moins la mienne. Cependant j'aurais meilleure opinion de moi si je m'arrêtais maintenant. Si j'avais une femme et que cette femme eût un fils, je m'efforcerais de lui donner les goûts et les occupations les plus anti-poétiques; j'en ferais un avocat ou un pirate, je ne sais quoi enfin, excepté un poëte. S'il venait à écrire, je serais aûr alors que ce n'est pas mon fils, et je le deshériterais. »

« 17 avril. Je n'écrirai plus sur mes tablettes, et pour m'empôcher de retomber dans cette faute, je déchire le reste des pages blanches. O malheureux que je suis ! je deviendrai fou. »

Ces passages sont extraits des tablettes de mars et d'avril. Dans les derniers jours de mai il commença à écrire Lara, qui est regardé comme la suite du Corsaire. Lara fut publié sous le voile de l'anonyme dans le même volume que l'élégant poème de Rogers, Jacqueline. Ce rapprochement bizarre de deux ouvrages qui n'ont ensemble aucun point de ressemblance, donna lieu à plusieurs plaisanteries. — «Que pensez-vous, dit Byron dans une de ses lettres, de Jacquy et de Larry? Un de mes amis lisait Larry et Jacquy dans la diligence de Brighton. Un voyageur, ayant pris le livre, demanda qui était l'auteur. 11 lui fut répondu qu'ils étaient deux. — «Ah ! une association? quelque chose dans le genre de Sternhold et Hopkins?» — N'est-ce pas là une excellente remarque? Je serais désolé d'avoir échappé à la naïve comparaison • Arcades ambo et cantare pares. »

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