‹ Œuvres complètes de Lord Byron PoëmesChapitre 29 sur 83 · SAUL · texte numérisé non relu

SAUL

Toi dont la magie peut évoquer les morts, fais apparaître le prophète à mes regards. « Samuel, lève la tête du cercueil ! Roi, regarde le fantôme du prophète ! » La terre s'entr'ouvrit ; il était debout au milieu d'un nirage : s'écartant de son linceul, la lumière changeait de couleur. La mort était peinte dans ses yeux fixes et vitreux ; sa main était flétrie et ses veines desséchées; les os de ses pieds, réduits et décharnés, brillaient d'une effrayante blancheur. De ces lèvres immobiles, de ce corps qu'aucune respiration n'animait, sortit une voix creuse, semblable au bruit d'un vent souterrain. Saul, à cette vue, tomba à terre comme tombe le chêne soudainement frappé de la foudre.

a Qui trouble mon sommeil? Quel est celui qui évoque les morts? Est-ce toi, ô roi? Regarde ces membres dépourvus de sang et glacés : ils sont a moi; c'est ainsi que seront les tiens demain quand tu seras venu me rejoindre. Avant la fin du jour qui s'approche, ainsi seras-tu, ainsi ton fils. Adieu,

MÉLODIES HÉDRAlQUES. 11)3

mais seulement pour un jour, puis nous mêlerons nos poussières. Toi et ta race, vous serez gisants et percés par les flèches d'un grand nombre d'arcs ; et le glaive qui est à ton côté, ta main le tournera contre ton cœur. Sans couronne, sans vie, sans tête, tomberont le fils et le père, la maison de Saul.

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