VISION DE BALTHAZAR
Le roi était sur son trône ; les satrapes remplissaient la salle du festin. Mille lampes brillantes éclairaient le splendide banquet; mille coupes d'or, estimées divines dans Juda,— les vases de Jéhovah,— contenaient le vin du Gentil qui n'a pas de Dieu.
A cette mCmc heure, dans cette même salle, on vit apparaître sur le mur les doigts d'une main qui écrivait comme sur du sable; c'étaient les doigts d'un homme; — une main solitaire parcourait les lettres, et les traçait comme eût fait une baguette.
A cette vue, le monarque tressaillit et fit cesser les réjouissances-, son visage devint pale, et tremblante sa voix. « Qu'on fasse venir les hommes de science, les plus sages de la terre; qu'ils expliquent les paroles effrayantes qui troublent notre royale joie. »
Ils sont bons les prophètes de laChaldée; mais ici échoua leur habileté, et les lettres inconnues restèrent inexpliquées, terribles; et les vieillards de Babylone sont sages et savants, mais en celte occasion leur sagesse fut inutile; ils regardèrent — et restèrent confondus.
Un captif dans le pays, un étranger, un jeune homme, entendit les ordres du roi; il comprit le sens de ces mots mystérieux. Tout autour les lampes brillaient, la prophétie était là devant ses yeux; il la lut celte nuit-là; — le lendemain prouva qu'elle était vraie.
« La tombe de Balthazar est prête ; la fin de son royaume est venue ; lui-même a été pesé dans la balance ; argile méprisable, il a été trouvé trop léger. Le linceul sera son manteau royal, la pierre funèbre son dais; le Mède est à ses portes ! le Persan sur son trône ! x>
soleil Se ceux qui ne dorment pas.
Soleil de ceux qui ne dorment pas ! astre mélancolique f dont la tremblante clarté luit a travers les larmes, et nous fait voir les ténèbres que tu ne peux dissiper, comme tu ressembles au bonheur qui a laissé un profond souvenir!
Ainsi luit le passé, celle lumière des anciens jours, dont les rayons impuissants brillent sans échauffer; noclurne lumière que contemple la Douleur qui veille; lueur distincte, mais lointaine, — claire, — mais si froide!
si j'avais un coeur faux comme tu le penses.
Si j'avais un cœur faux comme tu le penses, je n'aurais pas eu besoin d'errer loin de la Galilée; je n'avais qu'à abjurer ma croyance pour effacer la malédiction qui est, dis-tu, le crime de ma race.
Si le méchant ne Iriomphe jamais, alors Dieu est avec toi ! Si l'esclave est le seul qui pèche», lu es libre et sans tache! Si l'exilé sur la terre est proscrit là-haut, vis dans ta foi'; moi, je veux mourir dans la mienne.
Pour cette foi j'ai perdu plus que tu ne peux me donner, comme le sait le Dieu qui permet que tu prospères ; dans sa main sont mon cœur et mon espérance, — et dans la tienne, la contrée et la vie que pour lui j'abandonne.