LA VALSE. — NOTES
que seront ou devraient être nos mœurs, qui désirez sagement vous approprier les charmes qui frappent vos regards, répondez : — ces beautés, vous convient-il de les voir ainsi prodiguées? Toutes chaudes du contact des mains qui ont librement palpé ou la taille légère ou le sein palpitant, quel charme pouvez-vous leur trouver encore au sortir de cette étreinte lascive, de cet attouchement coupable ? Renoncez h Pespoir le plus cher de l'amour, renoncez à presser une main que nul n'aura pressée avant vous, à fixer vos regards sur des yeux qui n'ont jamais rencontré, sans en souffrir, le regard ardent d'un autre que vous; votre bouche pourra-telle convoiter encore ces lèvres que d'autres ont pu approcher d'assez près, sinon pour les toucher, du moins pour les contaminer? S'il vous faut une beauté pure, n'aimez pas celle-là, ou du moins — faites comme elle, — et prodiguez vos caresses à un grand nombre ; son cœur s'en est allô avec ses faveurs, et avec lui le peu qui lui restait à accorder.
Valse voluptueuse ! quel blasphème osé-je prononcer! Ton poète a oublié que c'étaient tes louanges qu'il devait chanter. Pardonne-moi, Terpsichore ! — ma femme maintenant valse à tous les bals; — mes filles en font autant; mon fils... — (arrêtons-nous, — ce sont des investigations auxquelles il est inutile de se livrer; — ces petits accidents ne doivent jamais transpirer; dans quelques siècles notre arbre généalogique portera un rameau aussi vert pour lui que pour moi). — La Valse, pour faire réparation à notre nom, me donnera des petits-fils dans les héritiers de tous les amis de mon fils.
NOTES
Cette plaisanterie fut écrite à Cheltcnham dans l'automne de 4842, et publiée dans le printemps de Tannée suivante sous le voile de l'anonyme. Elle ne fut pas très bien reçue du public, et l'auteur ne chercha nullement à se faire connaître. « J'apprends, dit-il dans une lettre à un de ses amis, qu'on veut me faire passer pour l'auteur d'une certaine publication satirique sur la manie de valser. J'espère que vous ferez tous vos efforts pour détruire ce faux bruit. L'auteur lui-même, je suis sûr, serait désolé de mo voir usurper son chapeau et ses clochettes. » * Etat du poil le dernier jour î 5 voix.
* J'ai oublié mon latin, si l'on peut oublier ce qu'on n'a jamais su ; mais j'ai acheté mon épigraphe à un prêtre catholique au prix d'un billet de banque de trois schellings.
♦ Pour rivaliser avec lord Wellesley ou son neveu, selon que le lecteur l'aimera le mieux : l'un obtint une jolie femme, qu'il avait méritée en se battant pour elle; l'autre fit longtemps la guerre dans la Péninsule sans obtenir autre chose, dans ce pays, que le titre de grand lord.
* Parmi les discours d'ouverture envoyés au comité de Drury-Lane, il y en avait un du docteur Busby qui commençait par ces mots : — « Lorsque l'on poursuit un but énergique, quels sont les prodiges que l'on ne forait pas? »
• Danseuses qui font pour de l'argent ce que nos valseuses font gratis.
' On ne peut se plaindre aujourd'hui, comme au temps de lady Beau saières et du sieur de La Croix, qu'il u'y a pas de moustaches ; mais combien ces indices de courage militaire ou civil sont trompeurs! Il y a beaucoup à dire pour ou contre. Dans l'antiquité, les philosophes avaient des moustaches et les soldats point. Scipion lui-même se rasait. Annibal, avec son œil de moins, se croyait assez beau pour n'avoir pas besoin de barbe; mais l'empereur Adrien en portait une, ayant au menton des verrues qui déplaisaient à l'impératrice Sabine et aux courtisans eux-mêmes. Turenne avait des moustaches et Marlborough point. Bonaparte n'eu a pas, et le régent en porte. La grandeur d'âme et les moustaches ne s'excluent pas ; «nais elles ne sont pas forcément sœurs. Depuis qu'on les laisse pousser, la mode fait plus en leur faveur que les anatbèmcs d'Anselme contre les cheveux longs sous le règne de Henri I".
8 Anachronisme. On a dit plus haut que la valse et la bataille d'Austerlitx ouvrirent le bal. Le poète veut dire (si toutefois il a voulu dire quelque chose) que la valse ne fut complètement en vogue que lorsque le récent eut atteint l'apogée de sa popularité. La valse, la comète, les moustaches et le nouveau ministère, illuminèrent le ciel simultanément de leur gloire. De ces quatre gloires, la comète seule a disparu : les autres continuent à nous étonner. Plaisanterie nu compositeur.
• Entre autres une nouvelle pièce de neuf pence, monnaie très sûre qui vaut, selon l'évaluation la plus moderne, une livre sterling en papier.
10 « Nous avons changé tout cela, dit le Médecin malgré lui. Le cœur cstallé... Asmodée sait où. Après tout, pourquoi attacher de l'importance à la manière dont les femmes disposent de leur cœur? Elles tiennent de la nature le privilège de le donner aussi absurdement que possible. Mais il y a des hommes dont le cœur est tellement pervers, qu'il rappelle involon- * tairement ce phénomène, si souvent mentionné dans l'histoire naturelle, d'une pierre très dure, et qui ne peut être fendue qu'avec beaucoup de peine. Une fois ouverte, vous trouvez dedans un crapaud vivant, lequel a la réputation d'être un animal venimeux. »
"Cette question pertinente (nous dirions impertinente et inutile) fut ■adressée dans ces propres termes à Morier par un Persan qu : voyait une valse à Péra. ( Voir les Voyages de âloricr).