‹ Œuvres complètes de Lord Byron PoëmesChapitre 57 sur 83 · MAZEPPA. — NOTES · texte numérisé non relu

MAZEPPA. — NOTES

— L'hctman s'étendit sous l'ombrage du chêne, sur un lit de feuilles qu'il s'était préparé ; ce coucher n'avait rien d'incommode ni de nouveau pour un homme accoutumé a prendre son repos en tout lieu et à toute heure; le sommeil ne tarda pas à fermer ses paupières. Si vous êtes surpris que Charles ait oublié de le remercier de son récit, lui ne s'en étonna pas : depuis une heure le roi dormait.

NOTES

t Ce poème fut écrit à Ravenne dans l'automne de «818. * Pour de plus amples détails sur l'hetman Mazcppa, voyez YHistoire de Pierre le Grand, par M. Barrow.

0 Venise! Venise! quand tes murailles de marbre seront de niveau avec tes ondes, le cri des nations s'élèvera sur les ruines de tes palais, et sur les bords de la mer agitée il y aura une grande lamentation! Si moi, pèlerin du Nord, Je pleure sur toi, que doivent donc faire tes enfants ? — Tout, hormis de pleurer ; et cependant ils ne murmurent que dans leur sommeil. Comme ils diffèrent de leurs pères! ils sont à ceux qui furent ce qu'est le verdàtre limon que laisse la mer en se retirant a la vague impétueuse qui renvoie le matelot chez lui sans son navire ; et c'est ainsi qu'ils rampent lâchement comme des crabes dans leurs rues sur pilotis. 0 douleur ! faut-il que les siècles aient légué une pareille moisson ! De treize siècles de richesse et de gloire il ne reste que des cendres et des larmes ; tous les monuments que rencontre le regard de l'étranger, église, palais, colonne, portent une empreinte de deuil; le lion lui-même paraît dompté, et les bruits rauques du tambour des Barbares font entendre chaque jour leur dissonnance monotone; cet écho de la voix des tyrans résonne le long de ces suaves ondes qui, balancées autrefois sous une nuée de gondoles, à la lueur du flambeau des nuits, n'exhalaient que de doux concerts, — que le murmure confus d'une foule joyeuse dont le plus grand péché était dans le battement trop vif du cœur, dans le trop-plein du bonheur. Hélas! l'âge peut seul réprimer cette ardeur du sang, et détourner le cours de ce fleuve luxuriant et voluptueux de sensations douces. Mais ces erreurs sont préférables aux sombres saturnales des nations arrivées au terme de leur décadence, alors que le vice marche en montrant h découvert son front hideux, que la gaieté est de la démence, et ne sourit que pour égorger; que l'espérance n'est qu'un délai trompeur, cet éclair de vie qui luit au malade dans l'instant qui précède sa mort : alors la faiblesse, ce

dernier refuge morlel de la souffrance, et la torpeur des membres, triste commencement de la course froide et vacillante dont la mort remporte la palme, glacent peu à peu le sang dans les veines et amortissent les pulsations; toulefois c'est un soulagement pour la chair accablée de tortures; le moribond croit revenir à la vie, et U prend pour la liberté le silence de sa chaîne ; et le voilà qui parle encore de vivre, et de ses esprits qui renaissent, — malgré sa faiblesse, et de l'air pur qu'il voudrait respirer; et tout en parlant il ne s'aperçoit pas que l'haleine lui manque, que ses doigts maigres ne sentent pas ce qu'ils touchent ; cependant un nuage s'étend sur sa vue, — la chambre tourne autour de lui, — et des ombres fantastiques qu'il s'efforce en vain de saisir, voltigent et brillent devant lui, jusqu'à ce qu'enfin son cri ét/Hiffé expire dans un dernier râle, et tout n'est plus que glace et ténèbres, — et la terre, que ce qu'elle était dans le moment qui précéda notre naissance.

Plus d'espoir pour les nations! — Parcourez les annales du genre humain depuis des milliers d'années : — les vicissitudes journalières, le flux et le reflux des siècles qui se suivent, le présent, éternelle répétition du passé, tout cela ne nous a rien ou presque rien appris : nous continuons à nous appuyer sur des choses qui se brisent sous notre poids, et épuisons nos forces à frapper dans le vide; car c'est notre propre nature qui nous jette bas : nous ressemblons aux animaux dont nous faisons à toute heure des hécatombes pour alimenter nos festins, — il faut qu'ils aillent où les mène leur conducteur, fût-ce à la mort. Hommes qui pour les rois versez votre sang comme de l'eau, qu'ont-ils donné en retour à vos enfants ? un héritage de servitude et de malheurs, un aveugle esclavage avec des coups pour salaire. Eh quoi ! n'est-il pas fumant de sueur et de sang le soc de la charrue qui vous moissonne et sur lequel vous tombez à tour de rôle, heureux de donner cette preuve infaillible de loyauté, baisant la main qui vous conduit au trépas, et fiers de fouler les sillons ensanglantés? Tout ce que vos pères

vous ont transmis, tout ce que le temps vous a légué de libre, et l'histoire de sublime, provient d'une autre source ! — Vous j voyez et lisez, vous admirez et soupirez, et vous n'en allez pas moins vous faire immoler ! sauf un petit nombre d'esprits qui ne se sont point laissé ébranler dans leurs convictions par les crimes soudains accomplis au bruit des prisons tout à coup écroulées, quand chacun a soif de boire les eaux délicieuses qui jaillissent de la source de la liberté, — quand la foule, rendue furieuse par des siècles de servitude, fait entendre ses cris et se précipite pour obtenir la coupe qu'on lui présente; car les peuples doivent y boire l'oubli d'une chaîne pesante et douloureuse sous laquelle ils ont élé longtemps attelés pour labourer le sable ; — ou si leurs labeurs ont fait croître le grain doré, ce n'a pas élé pour eux, courbés qu'ils étaient sous le joug, et leurs palais affadis n'ont ruminé que l'herbe de la douleur; — oui, ce petit nombre d'esprits, — en dépit des forfaits qu'ils abhorrent, n'ont pas confondu avec leur sainte cause ces écarts passagers des lois de la nature, qui, de même que la peste et les tremblements de terre, frappent pour un temps et passent, laissant à la terre, à l'aide de ses saisons, le soin de réparer le dommage par quelques étés et d'enfanter encore des villes et des générations, — belles, parce qu'elles seront libres, car, ô tyrannie ! pas un seul bouton n'y fleurira pour toi !

Gloire, Puissance, Liberté, Trinité sainte ! comme vous planiez noblement sur ces remparts! Aux jours où Venise excita l'envie des peuples, une ligue formée des nations les plus puissantes put abattre, mais n'éteignit pas son génie. — Tous s'intéressèrent à sa destinée ; les monarques admis k ses banquets connurent et aimèrent leur hôtesse , et tout en l'abaissant ils ne purent apprendre à la haïr. — Les peuples sentirent comme les rois, car depuis des siècles elle était l'objet du culte des voyageurs de tous les pays; ses crimes même étaient d'un ordre plus doux — et produits par l'amour; elle ne s'abreuvait point de sang, ne s'engraissait pas sur des cadavres, mais portait la joie partout où s'éten-

daient ses inoffensives conquêtes ; car ses armes avaient fait triompher la croix, qui, du haut du ciel, sanctifiait ses bannières protectrices sans cesse interposées entre la terre et le croissant infidèle; et si Ton vit ce dernier pâlir et décroître, le monde le doit k la cité qu'il a chargée de chaînes dont le bruit résonne aujourd'hui aux oreilles de ceux qui doivent èi ses luttes glorieuses ce nom de liberté, dont ils se parent. Et néanmoins elle partage avec eux une douleur commune, et , devenue « royaume » sous la domination de ses vainqueurs, elle a appris ce que tous savent, et nous plus que personne, avec quels mots dorés les tyrans abusent les nations.

Le nom de république a disparu des trois quarts du globe gémissant : Venise est écrasée, la Hollande daigne accepter un sceptre et endurer la pourpre royale; si le Suisse libre encore parcourt ses montagnes indépendantes, ce n'est pas pour longtemps, car depuis peu la tyrannie est devenue avisée ; elle choisit ses moments nour mettre le pied sur les étincelles de nos cendres. Il est par delà, l'Océan un pays dont la population forle^est élevée dans le culte de la Liberté, pour laquelle ses pères ont combattu , et qui lui a été léguée comme un héritage d'affection et de courage, comme une distinction glorieuse du reste des nations qui s'inclinent k un signe du monarque, comme si son sceptre stupide était une baguette magique et donnait la science innée. Seul, ce grand peuple lève sur l'Atlantique un front libre et fier, indompté et sublime! — Il a appris k ses aînés, nouveaux Ésaus , que le pavillon orgueilleux, flottant rempart des rochers d'Albion, peut s'abaisser devant ceux dont les bras vaillants ont acheté leurs droits bon marehé en les payant avec du sang. Mieux vaut celte destinée;^ dût le sang des hommes couler k flots, qu'il coule, qu'il déborde, plutôt que de serpenter lâchement dans nos veines, k travers mille canaux oisifs, chargé d'entraves comme ces ondes que des digues emprisonnent , et pareil dans ses mouvements à un malade qui se lève pendant srn sommeil, fait

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trois pas el tombe ; — plutôt que de croupir dons nos marais, mieux vaut reposer dans le glorieux ossuaire des Thermopyles avec ces Spartiates expirés et libres encore, — ou franchir l'abîme des mers, ajouter un sillon de plus à l'Océan, une âme à celles qui animaient nos pères, un homme libre à l'Amérique.

LA PROPHÉTIE DU DANTE

• Les feux d'an mystique lavoix D« me» jours éclairent le toir ; Devant mon erépuseale iombr« L'arenir projette «on ombre.»

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