‹ Œuvres complètes de Lord Byron PoëmesChapitre 79 sur 83 · PROMÉTHÉE · texte numérisé non relu

PROMÉTHÉE

Titan ! a tes yeux immortels les souffrances de la race humaine, vues dans leur douloureuse réalité, ne furent pas, comme pour les dieux, un objet de dédain. Quelle fut la récompense de ta compassion ? une souffrance muette et intense, le rocher, le vautour et la chaîne, lout ce que les cœurs fiers peuvent ressentir d'angoisses, les tourments qu'ils dissimulent, l'intolérable sentiment de la douleur, qui ne parle que dans la solitude, craignant encore que le ciel ne l'écoute , et attend pour gémir que sa voix n'ait point d'échos.

Titan ! tu as connu la lutte entre la souffrance et la volonté, celte lutfe qui torture quand elle ne tue pas ; et le Ciel inexorable , l'aveugle tyrannie du Destin , le Principe de Haine qui gouverne le monde , qui crée pour son plaisir des êtres qu'il pourrait anéantir, t'a refusé jusqu'à la faveur de mourir : le don malheureux de l'éternité fut ton partage,— et tu l'as noblement supporté. Tout ce que le maître du tonnerre put arracher de loi, fut la menace qui lui renvoyait les tourments de ton supplice, résultat prévu par toi, et que tu ne voulus pas lui révéler pour le fléchir ; et ton silence fut son arrêt; et dans son âme s'éleva un repentir inutile, et un douloureux effroi si mal dissimulé, que les foudres tremblèrent dans sa main,

Ton crime divin fut d'être bon, de diminuer par tes préceptes la somme de l'humaine misère, et d'apprendre à l'homme à puiser sa force dans son âme; mais bien qu'arrêté dans ton œuvre par le Ciel, ton énergie patiente, ta fermeté et la résistance de ton esprit invulnérable nous ont légué une grande leçon : tu es pour les mortels le symbole

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et le signe de lèurdeslin et de leur force; commetoi, l'homme ,'j est en partie divin, onde trouble dont la source est pure;- et l'homme peut partiellement prévoir sa funèbre destinée, /'/ connaître sa misère, sa force de résistance, et le malheur /// sans mélange de sa triste existence. Mais a tous les maux l'àrae humaine peut opppser elle-même, aussi forte que toutes i tes douleurs, une volonté ferme, une conscience intime et I profonde qui, au sein des tortures, trouve en elle sa propre ' récompense, triomphe alors qu'elle ose délier, et fait de la mort une victoire.

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