ST AS CES
ET Tü N’ES FLÜS.
« lieu ! quant» minus est cum reliquis versât!, quam tul memmisso ! •
Et tu n’es plus, toi jeune et belle comme mortelle ne le fut jamais, avec des formes si suaves, des charmes si rares, trop tôt rendus à la terre ! Bien que la terre les ait reçus dans son sein, et que la foule peut-être marche insouciante et joyeuse sur le gazon qui te recouvre, il est quelqu’un dont les regards ne pourraient se fixer un seul instant sur celte tombe.
Je ne demanderai pas où tu reposes, je ne'regarderai pas la place ; qu’il y croisse des fleurs ou des herbes parasites , pourvu que je ne les voie pas. C’est assez pour moi de savoir que ce que j’ai aimé, que ce que je devais aimer longtemps encore, pourrit comme l’argile la plus commune ; je n’ai pas besoin qu’une pierre me dise que l’objet de tant d’amour n’était rien.
Et pourtant, jusqu’à la fin ma tendresse fut aussi fervente
que la tienne, toi que le passé n’a point vue changer, et qui ne peux plus changer maintenant. Quand la Mort a mis son sceau h l’amour, l’àge ne peut le refroidir, un rival l’enlever, l’imposture le désavouer; et ce qui serait plus cruel encore, lu ne peux plus voir en moi de torts, de défauts ou d’inconstance. ,
Les beaux jours de la vie ont été à nous; les jours mauvais demeurent mon partage. Le soleil qui vivifie, l’orage qui gronde, tout cela n’est plus rien pour loi. Le silence de ce sommeil sans rêve , je l’envie trop pour le déplorer ; et je ne me plaindrai pas que la mort ait ravi tout d’un coup ces charmes dont peut-être mes regards eussent suivi le lent dépérissement.
La fleur dont l’incarnat est le plus brillant a le plus court destin ; si elle n’est point détachée de sa tige dans l’éclat de sa beauté, ses feuilles tombent une à une; et c’est un spectacle moins douloureux de la voir cueillir aujourd’hui que de la regarder demain se flétrir et s’effeuiller lentement. Nul oeil mortel ne peut suivre sans déplaisir le passage de la beauté à la laideur.
Je ne sais si j’aurais pu supporter la vue du déclin de tes charmes ; la nuit eût été plus sombre qui eût suivi une telle aurore. Mais le jour s’est passé sans un nuage, et lu fus belle jusqu’à la fin ; tu l’es éteinte, et non flétrie, comme ces étoiles qu’on voit se détacher des cieux, et qui ne sont jamais plus brillantes que dans leur chute.
Si je pouvais pleurer comme je pleurais autrefois, mes larmes couleraient en pensant que je n’étais pas à ton chevet pour te veiller à tes derniers moments, pour contempler (avec quelle tendresse ! ) tes traits si doux, pour te serrer affectueusement dans mes bras, pour soutenir ta tête mourante, pour te témoigner, bien qu’inutilement , cet amour que ni toi ni moi ne devons plus éprouver.
Bien que tu m’aies laissé libre, aux objets les plus doux que la terre possède encore combien je préfère ton souvenir! Tout ce qui de toi ne peut mourir au sein de l’éternité terrible et sombre, tout cela revient à moi ; et rien, rien n’égale l’a-
mour que, morte, je te voue, si ce n’est celui dont je t’entourais vivante. Février 4818.
STANCES
si PARFOIS.
Si parfois, au milieu du monde, ton image s’efface de mon cœur, je retrouve dans la solitude ton ombre adorée : c'est à celte heure de tristesse et de silence que j’évoque ton souvenir, et que ma douleur peut exhaler en secret la plainte qu’elle dérobe h tous les regards.
Oh ! pardonne si pour un moment j’accorde h la foule une pensée qui t’apparlient tout entière ; si, tout en me condamnant moi-même, je semble sourire et parais infidèle à ta mémoire ! Ne crois pas qu’elle me soit moins chère, parce que je fais semblant de gémir moins ; je ne voudrais pas que les sots entendissent un seul des soupirs qui ne sont adressés qu’à toi.
Si je vide la coupe du festin, ce n’est pas pour bannir mes chagrins; elle doit contenir un breuvage plus redoutable, la coupe destinée à verser au désespoir le bienfait de l’oubli. Et si l’ondç du Lélhé pouvait affranchir mon âme de toutes .ses visions orageuses, je briserais contre terre la coupe la plus délicieuse qui t’enlèverait une seule de mes pensées.
Car, si tu étais bannie de ma pensée, qui pourrait remplir le vide de mon cœur ? Et qui resterait ici-bas pour honorer ton urne abandonnée? Non, non, ma douleur se fait gloire de remplir ce cher et dernier devoir ; dût le reste des hommes l’oublier, il est juste que je garde ton souvenir.
Car je sais que tu en aurais fait autant pour celui que nul maintenant ne pleurera lorsqu’il quittera cette scène mortelle, où il n’était aimé que de loi seule. Hélas ! je sens que c’était là un bienfait qui ne m’était point destiné ; tu ressemblais trop à une vision céleste pour qu’un terrestre amour pût te mériter. <4 mars 1812.
SFR UN COEUR EN CORNALINE BRISÉ PAR ACCIDENT. Cœur malheureux! se peut-il que tu te sois ainsi brisé!
Tant d’années de sollicitude pour Ion maitre et pour toi ontelles donc été employées en vain ?
Mais chacun de les fragments me semble précieux, et la moindre parcelle m’est chère ; car celui qui te porte sait que tu es un fidèle emblème de son propre cœur.
46 mors 4813.