‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 99 sur 201 · EUTHANASIA · texte numérisé non relu

EUTHANASIA

Quand le temps , tôt ou tard , amènera'ce sommeil sans rêve qui berce les habitants de la tombe, Oubli ! puisses-tu balancer doucement tes ailes languissantes sur mon lit de mort !

Point d’amis ou d’héritiers qui pleurent ou appellent mon dernier soupir! point de femme, les cheveux épars, qui éprouve ou simule une douleur récente!

Mais que je descende silencieux dans la tombe , sans être accompagné d’un deuil officieux : je ne veux pas interrompre un seul instant de joie, ni causer un seul mouvement d’inquiétude à l’amitié.

L’amour seul, si toutefois l’amour dans un pareil moment pouvait noblement étouffer d’inutiles soupirs, pourrait une dernière fois signaler sa puissance dans celle qui survit et dans celui qui meurt.

Il me serait doux, ma Psyché, de contempler jusqu’au dernier instant tes traits toujours sereins : oubliant alors ses convulsions passées, la douleur elle- même pourrait te sourire.

Mais ce vœu est inutile; le cœur de la beauté se resserre h mesure que s’approche notre dernier souffle ; et les larmes que la femme répand à volonté, nous trompent dans la vie et nous énervent au moment de la mort.

Que solitaire soit donc mon heure suprême, sans un regret, sans un gémissement! pour des milliers d’hommes la mort a été douce, la douleur passagère ou nulle.

Oui, mais mourir, et aller, hélas ! où tous sont allés, où tous iront un jour ! redevenir le rien que j’étais avant de naître à la vie et h la douleur vivante !

Comptez les heures de joie que vous avez connues, comptez les jours que vous avez passés sans souffrir, et sachez, quoi que vous ayez été, qu’il vaut encore mieux ne pas être.

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