‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 102 sur 201 · LA CHAINE QUE JE TE DONNAI · texte numérisé non relu

LA CHAINE QUE JE TE DONNAI

IHITÉ DU TURC.

La chaîne que je te donnai était belle; le luth que j’y joignis avait des sons harmonieux; le cœur qui offrit l’un et l’autre était sincère, et ne méritait pas le sort qu’il a éprouvé.

A ces dons un charme secret était attaché pour me faire deviner ta fidélité en mon absence; et ils ont bien rempli leur devoir : — hélas ! ils n’ont pu t’apprendre le tien.

La chaîne était formée d’anneaux solides , mais qui ne devaient pas résister au contact d’une main étrangère ; le luth devait être mélodieux , jusqu’au moment où lu le croirais tel aux mains d’un autre.

Que celui qui a détaché de ton cou celte chaîne tombée en morceaux sous sa main , qui a vu ce luth lui refuser ses sons, que celui-là remonte les cordes et réunisse les anneaux.

j Quand tu changeas ils changèrent aussi ; la chaîne est i brisée, le luth est muet. Tout est fini. — Adieu à eux et h toi, — adieu au cœur faux, à la chaîne fragile, au luth silencieux.

VERS ÉCRITS SUR UN FEUILLET BLANC DU POÈME DE ROGERS : « LES PLAISIRS DE LA MÉMOIRE. » '

Absent ou présent, mon ami, un charme magique s’attache h toi; c’est ce que peuvent certifier tous ceux qui, comme moi , jouissent tour h tour de ta conversation et de la lecture de tes chants.

Mais quand viendra l’heure redoutée, toujours trop tôt venue pour l’amitié; quand la mémoire, pensive sur la tombe de son poète , pleurera la perte de ce qu’il y a de mortel en loi.

Avec quel amour elle reconnaîtra l’hommage offert par toi sur ses autels , et dans les siècles à venir unira pour jamais son nom au tien !

ADRESSE PRONONCÉE A L’OUVERTURE DU THÉÂTRE DE DRURY- LANE, LE SAMEDI 10 OCTOBRE 1812.

Dans une nuit terrible, notre cité vil en soupirant réduire en poussière ce palais que le drame était fier d’habiter; une heure suffit pour livrer l’édifice aux flammes, détrôner Apollon et mettre fin au règne de Shakspeare.

Vous avez contemplé dans l’admiration et le deuil ce spectacle , dont l’éclat semblait parer ces ruines d’une insultante auréole; ces nuages de feu s’élevant du sein des décombres, et, pareils à la colonne lumineuse d’Israël, chassant la nuit de la voûte des deux; ces tourbillons de flamme reflétant leur ombre rougeâtre dans la Tamise épouvantée, pendant que des milliers de spectateurs, amoncelés autour de l’édifice embrasé, reculaient pâles d’effroi et tremblaient pour leurs propres foyers , en voyant l’incendie dérouler ses flammes , et le ciel horriblement sillonné par des éclairs aussi terribles que les siens, jusqu’au moment où des cendres noircies et quelques murs solitaires annoncèrent la défaite de la Muse et prirent possession de son empire écroulé. Dites, ce nouvel édifice, qui aspire h la gloire du premier, élevé au môme lieu où s’élevait le plus majestueux théâtre de notre lie, lui accorderez-vous vos suffrages

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comme h son prédécesseur ? ce temple de Shakspeare scra-til digne de lui et de vous?

Oui , — il le sera; — la magie de ce nom brave la faux du Temps et la torche enflammée ; c’est lui qui veut que la scène reparaisse dans ce lieu consacré , et que le drame soit où il a été : la création do cet édifice atteste la puissance du charme. — Pardonnez à notre honnête orgueil, et joignez-y votre approbation!

Puisque ce théâtre s'élève pour rivaliser avec celui qu’il remplace , puisse le passé être pour nous un garant de l’avenir! Un destin propice à nos prières peut nous envoyer des noms tels que ceux qui ont fait la gloire de l'édifice détruit. C’est h Drury que notre Siddons lit éclater pour la première fois celte puissance d’émouvoir qui enivrait les cœurs tendres, et touchait les plus insensibles. A Drury, Carrick vit croître ses derniers lauriers; ici, Roscius, prêt à rentrer dans la retraite, fit couler vos dernières larmes, soupira ses derniers remerciements, et pleura son dernier adieu; mais, pour des génies vivants peuvent fleurir ces couronnes qui n’exhalent maintenant leurs parfums que sur des tombeaux. Ces hommes, Drury les a réclamés et les réclame encore. — Ne lui refusez pas vos suffrages qui réveilleront sa muse endormie; préparez des couronnes pour en orner la tête de votre Ménandre, et ne réservez pas aux seuls morts d’inutiles hommages.

Us sont chers h notre souvenir ces jours qui ont rendu nos annales brillantes , avant que Garrick nous eût quittés, ou que Brinsley eût cessé d’écrire. Héritiers de leurs travaux , nous sommes vains de nos ancêtres comme le sont des fils de haut lignage. Pendant que la Mémoire emprunte le miroir de Banquo pour signaler h leur passage les ombres couronnées , et que nous tenons la glace fidèle où viennent se réfléchir les noms immortels qui brillent sur notre écusson, arrêtez-vous; avaut de condamner leurs faibles rejetons , songez combien il est difficile de rivaliser avec eux !

Amis de la scène , dont l’indulgence et les éloges sont

humblement sollicités par les acteurs et les pièces , dont la voix et le regard condamnent ou absolvent en dernier ressort, si la frivolité a conduit h la gloire, si nous avons rougi de vous voir suspendre votre blâme , si le théâtre , dans sa décadence , s’est ravalé jusqu’à flatter le mauvais goût qu’il ne pouvait corriger, que les travaux actuels effacent les reproches du passé, et que le Blâme, levant la voix avec sagesse , se taise avec justice! Puisque dans le drame votre volonté fait loi , abstenez-vous de nous donner des applaudissements ironiques et déplacés; une noble fierté doublera les facultés de l’acteur, et notre voix sera l’écho de celle de la raison.

Après ce respectueux prologue, conforme à l’antique usage, après cet hommage du Drame, présenté par l’organe de son héraut, recevez aussi nos compliments de bienvenue; ils partent de nos cœurs, et voudraient nous concilier les vôtres. Le rideau se lève. — Puissions-nous offrir à vos regards des scènes dignes des beaux jours de Drury ! avec des Bretons pour tribunal, la nature pour guide, puissions-uous longtemps plaire , — et vous , rester longtemps nos juges*.

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