SONNET A LA MÊME
La rêverie et non le chagrin a donné k la joue celte pâleur pensive; telle qu’elle est, elle est si belle, que si l’incarnat de la joie venait en colorer les lis, cet éclat trop vif, mon cœur le verrait avec peine : ils n’éblouissent pas, tes yeux d’azur, — mais, hélas ! des yeux moins tendres ne peuvent les contempler sans larmes; et moi-même, je sens les miens s’emplir de ces pleurs puisés k la mamelle d’une mère, doux comme les dernières gouttes qui accompagnent l’arc céleste d’iris. Car k travers tes longs cils noirs brille une mélancolie charmante, comme un Séraphin qui descendrait du ciel, et qui, au-dessus de toutes les douleurs, aurait pitié de toutes les infortunes; en voyant tant de douceur unie k tant de majesté, je sens que je t’adore davantage sans pouvoir l’aimer moins. 47 décembre <815.
* Cet impromptu fut fait à l’occasion d’un on-dit : on prétendait que la princesse Charlotte avait versé des larmes en apprenant qu’à la mort de M. Perceval les wighs n’avaient pu réussir à former un ministère.
* Le théâtre de Drury-Lane, brûlé en 4 84 1, fut rouvert l’année suivant». Un concours fut établi pour l'adresse, ou discours d’inauguration. A la prière de lord Holland, lord Byron écrivit la pièce qu’ou vient de lire, au risque de déplaire mortellement aux auteurs de plus de cent adresses rejetées.
•. * Parmi les adresses envovées au comité du théâtre de Drury-Lane,
11 y en avait une du docteur Busby, intitulée Monologue, dont la pièce qu’on va lire est une parodie. Les mots guillemctés sont textuellement extraits de l’adresse du docteur.
* Voir les vers de Catulle, intitulés In Cœsarem.
ŒUVRES DE LORD BÏROIf.
l’adieu.
n* ■'•im.imt dm lnn Jeencs »• ;
, !»•- U calomnie a de, polioni cuiianU ;
Lft constance ni ,a ciel ; |» Tie et épmetwe, La jeunesse présomptueuse ;
Pnle le courroux centra an objet ainsi Jette dans r&me on délire enflammé.
Mai. Jaraaia plan ils ne trourérent De quoi remplir le ride on leurs etnura déchirés. Et. eomme deux rochers qu'un choc a séparés. Isolée tons deux demeureront.
Entre eux un abtme a grandi ;
Mais es qui fut laisse nue trace Qui demeure et que rien a'effaoe,
Ni les frimas du nord, ni les feux du midi.
COLEIUDCE, CKri&tabel.
Adieu! et quand ce devrait être pour toujours, eh bien! pour toujours adieu! Quoique tu sois inexorable, jamais mon cœur ne se révoltera contre toi.
Que ne peux-tu lire dans ce cœur, où si souvent reposa ta tête, alors que descendait sur toi ce sommeil paisible que tu ne connaîtras plus désormais !
ni.
Que ne peut ce cœur dévoiler à tes regards ses plus intimes pensées! Tu avouerais alors que ce n’était pas bien de le dédaigner ainsi.
Dût le monde t’approuver en cela, — dût-il sourire aux coups que tu me portes, c’est une offense pour toi que des louanges fondées sur les douleurs d’autrui.
Bien des défauts, sans doute, ont vicié ma'Tnature ; mais, pour m’infliger une blessure incurable, ne pouvait-on eboi-
sir un autre bras que celui qui naguère me pressait d’une douce étreinte?
Cependant ne t’abuse pas : l’amour peut s’affaisser par un lent déclin; mais ne crois pas qu’on puisse, par un brusque effort, arracher ainsi deux cœurs l’un h l’autre.
vit.
La vie anime encore le tien ; — le mien, quoique saignant, est condamné à battre encore, torturé par celte éternelle pensée que nous pouvons ne plus nous revoir.
Il y a plus de douleur dans ces paroles que dans les larmes versées sur les morts. Tous deux nous vivrons, mais chaque aurore nous réveillera sur une couche veuve.
Et quand tu chercheras des consolations, quand les premiers accents s’échapperont de la bouche de notre enfant, lui apprendras- lu h dire « Mon père! » alors que les soins d’un père lui sont interdits?
Quand ses petites mains te presseront, quand ses lèvres toucheront les tiennes, pense à celui dont la prière te bénira; pense à celui dont ton amour eût fait le bonheur.
Si ses traits ressemblent h celui que tu ne dois peut-être plus revoir, alors tu sentiras doucement trembler ton cœur, et ses battements seront pour moi.
Tuconnais peut-être tous mes torts : nul ne peut connaître tout mon délire. Quoique flétries, toutes mes espérances t’accompagnent.
Tous mes sentiments ont été ébranlés : ma fierté, que le monde entier n’eût pu faire plier, plie devant toi. — - Il n’est pas jusqu'à mon âme qui, abandonuée par toi, ne m’abandonne.
Mais c’en est fait, — toutes les paroles sont inutiles; — de ma part, elles sont plus vaines encore; mais nous ne pouvons brider la pensée : elle se fait jour malgré nous.
Adieu ! — Ainsi séparé de loi, ayant vu briser mes liens les plus chers, brûlé au cœur, solitaire, flétri, je ne puis mourir davantage.