‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 126 sur 201 · FAIT LITTÉRAL · texte numérisé non relu

FAIT LITTÉRAL

J’étais près de la tombe d’un homme qui, comète passagère, n’a brillé qu’une saison ; je vis la plus humble des sépultures, et néanmoins je contemplai avec un sentiment de douleur et de respect ce gazon négligé, cette pierre silen-

rieuse, où était gravé un nom confondu avec les noms inconnus épars autour de lui; et je demandai au jardinier de ce lieu pourquoi les étrangers venaient, à l’occasion de cette plante, mettre à contribution sa mémoire, et l’obliger à remonter b travers l’épaisse nuit d’un demi-siècle; et il me répondit: — « Ma foi, je ne sais pas comment il arrive si souvent que les voyageurs se font pèlerins; il est mort avant mon entrée en fonctions, et ce n’est pas moi qui ai creusé sa tombe. * Est-ce donc là tout? me dis-je. Et nous déchirons le voile de l’immortalité ; et nous ambitionnons je ne sais quel honneur et quel éclat dans les âges à venir pour essuyer cet affront, et si tôt encore! et voilà tout le succès qui attend nos efforts ! Pendant que je parlais , l’architecte de tout ce que foulent nos pas, car la terre n’est autre chose qu’un marbre funéraire, essaya d’extraire quelque souvenir de cette argile dont le mélange pourrait embarrasser la pensée d’un Newton, n’était que toute vie doit aboutir à une vie unique, dont celle-ci n’est qu’un rêve; — soudain, comme si le crépuscule d’un ancien soleil eût lui dans sa mémoire, il parla ainsi : — « Je crois que l’homme dont vous parlez, et qui repose dans cette tombe à part, fut dans son temps un écrivain fameux ; c’est pourquoi les voyageurs se détournent de leur route pour lui rendre honneur, — et me donner, à moi, ce qu’il plaira à votre seigneurie. » Sur quoi, on ne peut plus satisfait, je tirai d’un coin avare de ma poche certaines pièces d’argent que, malgré moi, je donnai à cet homme, quoique cette dépense me gênât. — Je vous vois sourire, ô profanes ! parce que je vous dis tout simplement la vérité. Riez de vousmêmes, et non de moi, — car j’écoutai avec un intérêt profond, elles larmes aux yeux, cette homélie naturelle du vieux fossoyeur, dans laquelle se trouvaient réunies l’obscurité et la renommée, la gloire et le néant d’un nom.

Diodati, 1816.

FRAGMENT

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