ÉPITRE A M. MURRAY
Cher Murray, qui diable vous presse De mettre incontinent mon dernier chant * sous presse P Hobhouse vous l’apporte en toute sûreté.
Dans son porte-manteau fort bien empaqueté;
Et si nul en chemin d’ici là ne le vole,
Vous l’allez recevoir bientôt, sur ma parole.
Quant au journal que vous nous promettez.
Et que déjà vous nous vantez,
C'est bien ; pour moi, maintenant Je termine Mon Deppo, que je vous destine.
Pour vous au net je le mettrai,
Et puis je vous l’expédîrai.
De Galt vous avez le voyage ;
C’est peu de chose, assurément,
Et vous ne pouviez décemment Commencer par un moindre ouvrage.
L'auteur, emphatique vaurien,
Ignorant le français comme l'italien,
Pour écrire son sot grimoire,
Sans doute possédait le don divinatoire.
Quelles pertes, d’ailleurs, ne répareraient pas Spence et son commérage! on le lira, je pense.
Puis, vous avez Marie et sa correspondance ;
Cela, joint à Beppo, pourra faire fracas Et du public vaincre l'indifférence.
Puis vous avez, par-dessus le marché,
Gordon, général émérite,
Aidant son maître moscovite A décrasser son peuple, ours du Nord mal léché,
Pour qui faire sa barbe est un affreux péché.
Quant à l’écrivain, pauvre diable.
Au personnage habile et sans argent Avec qui vous voulez conclure au préalable,
En fait de mérite indigent,
Venise pourrait bien vous présenter votre homme ;
Mais veuillez, s’il vous plaît, me préciser la somme.
Venise, 8 janvier! 81 8.
A M. MURRAY
Strahan, Tonson, Linlot de noire époque, patron et publicateur des rimes, pour toi le poète gravit péniblement le Pinde, mon Murray.
A toi, son manuscrit en main, se présente, muet d’espoir et de crainte, l’auteur qui demande h prendre son essor; tu imprimes tout, — tu vends quelquefois, — mon Murray.
Sur le tapis vert de ta table je vois le dernier numéro du Quarterly; — mais où est ton nouveau Magazin, mon Murray ?
Sur les rayons les plus élégants brillent les livres que tu estimes les plus divins, l'Art de la Cuisine, et mes ouvrages, mon Murray.
Excursions, voyages, essais, sermons, tout cela, je pense, amène de la farine à ton moulin; et puis lu as encore VAlmanach de la Marine royale, mon Murray.
Et Dieu me garde de terminer sans mentionner le Bureau des longitudes , quoiqu’il me reste à peine de la place sur cet étroit papier, mon Murray.
Venise, 25 mars <818.