‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 131 sur 201 · LE ROI DES TISSERANDS · texte numérisé non relu

LE ROI DES TISSERANDS

CHANT DES LDDDISTES ».

Comme nos frères de là-bas»,

Payons avec du sang; c'est le sang qui délivrer Sachons mourir dans les combats Si libres nous ne pouvons vivre.

Faisons tomber tous les tyrans Devant le roi des tisserands.

Quand la trame sera complète,

Enfants, contre le glaire échangeons la navette:

Jetons sur le despote à nos pieds renversé Un linceul teint du sang que lui-même a versé.

Aussi noir que la boue en ses veines stagnante.

Ce sang est la rosée utile et bienfaisante Qui doit faire fleurir l'arbre par nous planté,

L'arbre des tisserands et de la Liberté.

STANCES

Nos nocturnes promenades, nous ne les prolongerons plus si tard, quoique le cœur soit toujoursaussi aimant, et la lune aussi brillante.

Car le glaive use le fourreau, et l’àme use la poitrine; et il faut que le cœur s’arrête pour reprendre haleine, et l’amour lui-même a besoin de repos.

in.

Quoique la nuit ait été faite pour l’amour, et que le jour revienne trop tôt, nous ne les prolongerons plus si tard, nos nocturnes promenades.

SUR LE BUSTE d’hÉLÈNE, PAR CANOVA.

Dans ce marbre charmant, supérieur aux œuvres et à la pensée de l’homme, tu vois ce que la nature pouvait, mais n’a pas voulu faire, et ce que peuvent le génie du beau et Canova ! La puissance de l’imagination est dépassée, 1 art du poëte est vaincu; voilà V Hélène du cœur, avec l’immortalité pour douaire.

1 Vous m’avez demandé une chanson, et je vous envoie un essai qui m’a coûté beaucoup de peine et qui est loin cependant de faire votre affaire; s’il en est ainsi, jctez-le au feu sans phrase. B.

s Les journaux se sont procuré, je ne sais comment, V Adresse de condoléance d lady Jersey sur le renvoi de son portrait par le regent, et l’ont publiée avec mon nom sans môme me le demander ou a infor-

2G4 oeuvres de lord dyron.

mer si la pièce était authentique. Maudite soit leur impudence! elle a mis à bout ma patience, tellement que je ne veux rien ajouter sur ce sujet. B.

* Ce brave officier mourut en août 1814, dans sa vingt-neuvième année, à la tête d’une brigade de gens de son vaisseau (le Ménéla»), au moment où il les excitait à s’emparer du camp américain, près de Baltimore. 11 était cousin germain de lord Byron, mais ils ne s'étaient jamais rencontrés depuis leur enfance.

* Ces vers furent donnés par lord Byron à M. Power du Strand, qui les publia avec une fort belle musique par sir John Stewenson.

« Je suis plaisant, en vérité, de vous envoyer une chanson mélancolique ; mais un événement malheureux, la mort du pauvre Dorset, et le souvenir de l’amitié que j’ai eue pour lui, ne me laissaient guère en état d’écrire ce qui vous aurait convenu. J’ai composé ces vers pour vous, et cnmme un cadeau pour Power, s’il veut les accepter. Ne vous croyez pas déshonoré en les mariant avec la musique. Je ne m’inquiète pas de ce que dira Power, il est généralement peu complimenteur à mon égard et ne fait pas de concession au noble auteur lorsque les phrases sont viles, comme dit Polonius. » D.

8 Sur le manuscrit de ces vers, lord Byron a écrit : « Le poème suivant, comme toutes mes compositions en général, est fondé sur un événement réel. J’ai cherché à imiter le style d’un grand poète dans ses beautés et dans ses défauts; je dis le style, car je n’ai pas la prétention d'égaler ses idées. Si l’on y trouve quelque ridicule, il faut me l’attribuer au moins autant qu’à M. Wordsworth, qui n’a pas de plus grand admi râleur que moi. J’ai mélangé ce que j’appelle les défauts et les beautés de son style, et on peut dire qae, dans pareille occasion, quelles que soient la part de l’éloge et celle du blâme, il y a toujours quelque chose de flatteur pour l'écrivain original. »

® Dans ce morceau, comme dans beaucoup d’autres, on peut voir combien Byron imite les livres saints, et quelle perfection il atteint dans ce qu'on appelle le style biblique. Ce fragment, entre autres, ressemble à une leçon de Job.

1 Genève, Ferney, Copet, Lausanne. — « J’ai traversé, » dit lord Byron, « tout le pays que décrit Rousseau, VHèloïse à la main, et je suis frappé au-delà de tout ce que l’on peut dire de la beauté et de l’exactitude des descriptions. Je vous envoie une branche de l’acacia de Gibbon, et quelques feuilles des roses de son jardin que je viens de visiter ainsi que sa maison. Vous trouverez dans sa vie une mention honorable de cet acacia, sous lequel il se promenait la nuit qu’il acheva son histoire. Madame de Staël a rassemblé à Copet la plus agréable société de toute l’Europe. » B.

8 Les Luddistes, ou briseurs de métiers, ainsi appelés du nom de Lvdd, leur chef.

8 Les Américains.

ÎC3

VERSICULES.

J’ai lu Christabel tout d'un trait.

— Parfait,

Et le Missionnaire aussi.

— Merci.

J'ai feuilleté Marguerite un moment.

— Vraiment?

D ’llderim une page ou deux.

— Grands dieux!

Puis j'ai lu ce que Scott a fait sur Waterloo. — Oh! oh!

J’ai fini par Wordsworlh, pofite au petit lait. — Laid ! laid !

Etc., etc., etc.

A M. MURRAY

Pour allécher le lecteur, John Murray, vous avez publié Marguerite d’Anjou, qui ne se vendra pas de sitôt (du moins vous n’en avez pas vendu encore); et puis, pour ajouter h nos étonnements, vous avez, sans remords, imprimé llderim; or, prenez garde de faire de mauvaises affaires, parce que, voyez-vous, s’il vous arrivait de faillir, ces livres-là seraient pour vous une fort mauvaise caution.

Surtout ne communiquez pas ces vers au Morning-Post ou à Perry; ce serait une trahison qui me mettrait dans une situation critique : car, d’abord, il me faudrait, dans mon batelet, soutenir l’abordage d’une galère1; et, supposé que je fusse vainqueur du champion d’Assyrie, j’aurais ensuite à rompre une lance avec le chevalier femelle *.

23 mars 4817.

ÉPITRE DE M. MURRAY AU DOCTEUR POLIDORI J'ai lu, sans perdre temps, votre pièce, docteur,

Et vraiment, dans son genre, elle vous fait honneur ; Elle humecte les yeux ; son artifice habile Donne des pâmoisons et purge de la bile.

J'en aime la morale ainsi que l’action ;

Le nœud n'est pas trop mal, le dialogue est bon;

Votre héros mugit, votre héroïne pleure;

Sur la fin tout le monde expire. A la bonne heure.

En un mot, votre drame est, je crois, ce qu’il faut. Quant à le publier, si je vous fais défaut,

Ce n’est pas, croyez-moi, que je ne sois sensible A tout ce qu’il contient de mérite ostensible;

Mais — c’est que, — voyez-vous, — dans ce siècle maudit, Les drames imprimés sont de mauvais débit :

Manuel m'a fait perdre un argent fou; I ’Oreste de Sotheby (ce drame est son meilleur, au reste,)

Est demeuré chez moi si longtemps invendu Que maintenant, ma foi, c'est de l’argent perdu.

J’ai fait plus d'une annonce habile, décevante;

Mais voyez mon commis et mon livre de vente;

Ivan, Ina, parmi cent autres brimborions,

De l'arrière-boutique encombrent les rayons.

Et puis, voilà-t-il pas Byron qui m’eipédie,

Plié dans une lettre, un bout de tragédie Qui n'en est pas plus une, ainsi qu'on le verra.

Que Darnley, Kehama, qu 'Ivan et cetera !

Depuis un an il baisse, et son talent s'épuise:

Il faut qu’il ait perdu son esprit à Venise.

Enfin, Monsieur, s’il faut nettement m’expliquer.

Dans de nouveaux périls je n'ose m’embarquer.

Je vous écris en hâte, excusez les ratures ;

Cette lettre est tracée au fracas des voitures.

Ma chambre est pleine : ici le critique Gifford Discute d’un article et le faible et le fort,

Et, glosant sur les noms et sur les particules.

Corrige doctement des points et des virgules.

Le Quarterly. — Peut-Être auriez- vous ce talent!

Faites pour la Revue un article excellent:

Par exemple, prenez pour sujet Sainte-Hélène ;

Ou bien, si vous vouliez, Monsieur, prendre la peine, Aussi brièvement qu’on pourra l’exprimer,

De nous dire comment... — Mais, pour me résumer,

Je disais — que ma chambre en beaux esprits abonde, Crabbe, Campbell, Croker, Frère, Ward, tout le monde; Tout homme comme il faut, pourvu qu’il soit bien mis, Dans mon humble retraite est poliment admis.

Je reçois aujourd’hui plus d’un auteur notable:

Crabbe, Hamilton, Chantrey, paraîtront à ma table ; lis sont là, maintenant, parlant du coup fatal Qui vient de nous ravir celte pauvre de Staël.

Son livre sur la France avançait ; quel dommage!

Puisse la vérité briller dans cet ouvrage 1 Ainsi notre temps passe ; ainsi nous caquetons. —

Mais revenons un peu, docteur, à nos moutons.

J’en suis vraiment lâché, mais, d’honneur, sur mon âme, Voyez-vous, je ne puis imprimer votre drame,

A moins qu’O’Neill n’y joue ; alors on pourrait voir.

Je ne respire pas du matin jusqu’au soir;

Je suis mort, ma cervelie est pleine jusqu'au faite.

Et je ne sais vraiment où donner de la tête.

Sur ce, docteur, je suis, d’un cœur sincère et vrai,

Votre humble et très pressé serviteur,

John Morrat.

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