‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 137 sur 201 · STANCES COMPOSÉES SUR LA ROUTE DE FLORENCE A PISE · texte numérisé non relu

STANCES COMPOSÉES SUR LA ROUTE DE FLORENCE A PISE

Ob ! ne me parlez plus d’un grand nom dans l’histoire ; les jours de notre jeunesse sont les jours de notre gloire; le myrte et le lierre sur un front de vingt-deux ans valent tous vos lauriers, quel qu’en soit le nombre.

Que sont des guirlandes et des couronnes pour un front sillonné de rides? c’est la rosée printanière sur une fleur morte. Loin d’une tête blanchie de pareils ornements ! que m’importent des lauriers qui ne peuvent donner que la gloire?

ni.

O renommée “! si jamais j’ai pris plaisir à les louanges, c’est moins U cause de les phrases sonores que pour lire dans les yeux brillants de celle ,qui m’est chère qu’elle ne me jugeait pas indigne de l’aimer.

OEUVRES DE LOl'.D EYRO.N.

1 C’est là surtout que je te cherchais, c’est là seulement que je te trouvais; le plus beau des rayons de ton auréole, c’était son regard; quand quelque chose brillait en moi dont l’éclat se reflétait dans ses yeux, alors je connaissais l’amour, et je sentais la gloire.

STANCES1*

SI LE FLEUVE DE L’àMOUR,

Si le fleuve de l’Amour pouvait couler toujours, si le temps ne pouvait rien sur lui, — nul autre plaisir ne vaudrait celuilà, et nous chéririons notre chaîne comme un trésor. Mais puisque nous cessons de soupirer avant de cesser de vivre, puisque, fait pour voler, l’Amour a des ailes, eh bien, aimons pendant une saison, et que celle saison soit le printemps.

Quand des amants se quittent, leur cœur se brise de douleur; tout espoir est perdu pour eux; ils croient n’avoir plus qu’à mourir. Quelques années plus tard, oh! comme ils verraient d’un œil plus froid celle pour laquelle ils soupirent ! Enchaînés l’un à l’autre dans toutes les saisons, ils dépouillent plume à plume les ailes de l’Amour; — dès lors il ne s’envole plus; mais, privé de son plumage, il grelotte tristement après que le printemps est passé.

ni.

Comme un chef de faction, le mouvement est sa vie. — Tout pacte obligatoire qui contrôle sa puissance obscurcit sa gloire; il quitte dédaigneusement un territoire où il ne règne plus en despote. Il ne peut rester stationnaire; il faut qu’enseignes déployées, ajoutant chaque jour à son pouvoir, rl marche sans cesse en avant ; — le repos l’accable, la retraite le tue : l’Amour ne souffre point un trône dégradé.

Amant passionné, n’attends pas que les années s’écoulent pour t’éveiller ensuite comme d’un songe, alors que, vous

reprochant avec des paroles de raillerie et de colère vos imperfections mutuelles, vous serez hideux aux jeux l’un de l’autre. — Quand la passion commence à décliner, mais subsiste encore, n’attends pas que les contrariétés aient achevé de la flétrir : dès que l’Amour décroît, son règne est terminé. — Séparez-vous donc de bonne amitié, — et ditesvous adieu.

C’est ainsi que votre affection aura laissé en vous des souvenirs pleins de charmes : vous n’aurez point attendu que, fatigués ou aigris, vos passions se soient émoussées dans la satiété. Vos derniers baisers n’auront pas laissé de froides traces; — les traits auront conservé leur expression affectueuse, et les yeux, miroir de vos douces erreurs, réfléchiront un bonheur qui, pour avoir été le dernier, n’en fut pas moins suave.

Il est vrai que les séparations demandent plus que de la patience; quels désespoirs n’ont-elles point fait naître! Mais, en s’obstinant à rester, que fait-on , sinon enchaîner des cœurs qui, une fois refroidis, se heurtent contre les barreaux de leur prison? Le temps engourdit l’Amour, la continuité le détruit; l’Amour, enfant ailé, veut des cœurs jeunes comme lui; il y a pour nous une douleur plus cuisante, mais plus courte, à sevrer nos joies qu’à les user.

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