‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 15 sur 201 · FRAGMENT ÉCRIT PEU DE TEMPS APRÈS LE MARIAGE DE MISS · texte numérisé non relu

FRAGMENT ÉCRIT PEU DE TEMPS APRÈS LE MARIAGE DE MISS

CHAWORT.

Collines d’Annesley , retraite froide et sombre, où erra tant de fois mon insouciante enfance , comme les tempêtes du nord combattent et mugissent au-dessus de vos touffus ombrages !

Maintenant je ne vais plus, trompant le cours des heures, visiter mes sites favoris ; le sourire de Marie ne fait plus pour moi un paradis de ces lieux10.

CRANTA11.

8ALM IGONDI.

Ap^ftst; XyyyawL pâ^ou «al «avra K?7.rr'oatî.

Oh ! que n’ai-je le talisman du démon de Le Sage ! Cette nuit même mon corps tremblant serait transporté sur le clocher de Sainte-Marie.

Là, découvrant les toits des édifices de la vieille Cranta, ses pédantesques habitants m’apparaîtraient sans voile; ces hommes qui rêvent de prébendes et de bénéfices, salaire de leur vote vénal.

Là je verrais les deux candidats rivaux, Pelty et Palmerston, qui vont à la récolte des voix pour le jour des élections prochaines.

Mais, candidats et électeurs, la sainte phalange dort d’un profond somme : gens célèbres pour leur piété, et dont la conscience ne trouble pas le sommeil.

Lord Hawke peut être tranquille sur le résultat; les membres de l'université sont gens sages et qui réfléchissent : ilssavent que les promotions sont choses rares, qui n’arrivent qu’k de longs intervalles.

Ils savent que le chancelier a de bons bénéfices à donner: chacun espère en obtenir un, et, en conséquence, accueille d’un sourire le candidat qu’il propose.

Maintenant, comme la nuit s’avance, quittons ce tableau soporifique, et examinons, invisibles, les fils studieux de l’université.

HEURES DE PARESSE

Là, dans des chambres étroites et humides, l’aspirant aux prix universitaires travaille à la lueur (le la lampe nocturne, se couche tard et se lève matin.

Certes, il a bien mérité ces prix, ainsi que tous les honneurs de son collège, celui qui pour les obtenir se condamne à amasser des connaissances îm profitables;

Qui sacrifie les heures destinées au repos pour scander des mètres attiques, ou se tourmente à résoudre des problèmes mathématiques;

Qui cherche dans Scale 13 de fausses quantités, ou se morfond sur un triangle, et se prive de plus d’un repas salutaire pour ergoter en latin barbare;

Renonçant au charme des lectures historiques, et préférant aux chefs-d’œuvre littéraires le carré de l’hypolhénuse.

Toutefois , ce sont là des occupations innocentes qui ne font de mal qu’à l’infortuné étudiant, comparées aux récréations qui rassemblent ces jeunes imprudents.

Dont les audacieuses orgies blessent la vue, alors que le vice s’unit à l’infamie, que l’intempérance et le jeu sollicitent, et que tous les sens sont plongés dans l’ivresse du vin.

Telle n’est pas la coterie des méthodistes, qui rêvent des plans de réforme : ceux-là prennent une attitude d’humilité et prient pour les péchés des autres;

Oubliant que leur esprit d'orgueil, l’étalage qu’ils font de leurs épreuves, diminuent beaucoup le mérite de leur désintéressement si vanté.

Voici venir le jour : — portons ailleurs notre vue. Quelle scène devant moi se présente? Quelle est cette foule, vêtue de blanc l3, qui fuit à travers les campagnes verdoyantes?

La cloche de la chapelle résonne dans les airs ; elle se lait : — quels accords maintenant lui succèdent? L’orgue fait entendre à l’oreille attentive et charmée sa douce et céleste harmonie.

A ces sons se joint le chant sacré, l’hymne du Roi- Prophète; mais celui qui aura pendant quelque temps

20 OEUVRES DE l.OIID EÏRON.

entendu ccUe musique ne sera pas tenté de l’entendre de

nouveau.

Nos chantres sont plus que médiocres, même pour des novices. Point de grâce à ce ramas de pécheurs à la voix croassante.

Si David, quand il eut fini son œuvre, avait entendu chanter devant lui ces lourdauds, ses psaumes ne seraient point arrivés jusqu’à nous; — dans son dépit, il les eût mis en pièces.

Les infortunés Israélites, captifs d'un tyran inhumain, reçurent l’ordre de chanter, dans leur tristesse, sur les rives du fleuve de Babylone.

Oh ! si le stratagème ou la crainte leur eût inspiré d’aussi effroyables accords, ils n’eussent pas eu besoin de se gêner; personne ne fût resté là pour les entendre.

Mais, pour peu que je continue encore à écrire, je crains bien de mettre les lecteurs en fuite : ma plume est émoussée ; mon encre est presque épuisée ; je pense qu’il est grandement temps de finir.

Vieille Granta, je te dis adieu ainsi qu’à tes clochers. Je

ne veux plus voyager en l’air comme Cléophas; tu n’inspires

plus rien à ma muse; le lecteur est las et moi aussi.

me.

SUR UNE VUE LOINTAINE DU VILLAGE ET DU COLLÈGE. d’hakrow SUR LA COLLINE.

O mihi pncUritoi référât ai Jupiter anno* î VllAIlt.

Scènes de mon enfance, dont le souvenir aimé rend le présent amer par le contraste du passé, de cette époque où la science éveilla pour la première fois en moi la puissance de la réflexion, où je formai des amitiés trop romanesques pour être durables 14 ;

Où l’imagination me retrace encore les traits de camarades unis à moi par l’amitié et l’espièglerie; combien m’est cher votre souvenir toujours vivant, qui repose là dans ce cœur d’où l’espérance est bannie 1

HEURES DE PARESSE

Si

Je revois par la pensée les collines témoins de nos jeux, les ondes dans lesquelles nous nagions, les champs qui ont vu. nos combats JS, la classe où nous rappelait la cloche bruyante, et où nous méditions avec ennui les préceptes des pédagogues.

Je revois la tombe où j’avais coutume de m’asseoir et de passer des heures entières à rêver le soir 1#, et le cimetière où je me rendais pour jouir des derniers rayons du soleil couchant.

Je revois encore la salle où , entouré de spectateurs , je servais d’interprète aux fureurs de Zanga 1T, et foulais à mes pieds Alonzo, pendant que mon jeune orgueil, enivré du doux bruit des applaudissements , s’imaginait surpasser Mossop 18 lui-même;

Où, dans le rôle de Léar, dépouillé par mes filles de mon royaume et de ma raison, j’exhalais mes imprécations douloureuses; k tel point qu’exalté par l’approbation bruyante de l’auditoire et lia propre vanité, je me regardais comme un nouveau Garrick.

O rêves de mon enfance! combien je vous regrette! Votre souvenir conserve dans ma mémoire toute sa fraîcheur; dans ma tristesse et mon isolement, je ne puis vous oublier: je jouis encore de vos plaisirs par la pensée.

Ida, puisse le souvenir me reporter souvent vers loi, pendant que le destin déroulera mon sombre avenir! Puisque devant moi je n’ai que des ténèbres, le rayon du passé n’cn est que plus cher h mon cœur.

Mais si, dans le cours des années qui m’attendent, une nouvelle perspective de plaisirs vient a m’apparallre, alors, dans mon enthousiasme, je m’écrierai : « Oh! tels étaient ces jours qu’a connus mon enfance. »

Oh ! si tes yeux avaient, au lieu de flamme, l’expression d’une tendresse vive mais douce, peut-être allumeraient -ils

moins de désirs, mais un amour plus que mortel serait ton

partage;

Car le ciel te créa si divinement belle, qu’cn dépit de ton regard indomptable nous t’admirons sans espoir; mais'cc fatal regard nous interdit l’estime.

Quand la nature te fit naître, tant de perfection brillait en toi, qu’elle craignit que, trop divine pour la terre, le ciel ne réclamât ta possession.

Pour protéger son plus bel ouvrage, et de peur que les anges ne te disputassent à son empire, elle plaça un éclair secret dans ces yeux naguère célestes.

Dès lors ils brillèrent de tous les feux du midi, et tinrent en respect le sylphe le plus audacieux. Il n’est personne que ta beauté ne charme. Mais qui oserait affronter ton ardent regard ?

On dit que la chevelure de Bérénice, changée en constellation, orne la voûte céleste; mais on ne t’admettrait pas dans ce séjour : tu éclipserais les sept planètes.

Car si tes yeux brillaient là-haut comme des astres, on distinguerait à peine la clarté des étoiles, tes compagnes; et les soleils eux-mêmes, dont chacun préside à un système planétaire, ne jetteraient plus dans leurs sphères qu’une clarté douteuse.

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