XL VIII
Monastique Zitza*0, sur ta colline ombreuse, petit coin de terre favorisée et sainte ! Partout où s’étend la vue, en haut, en bas, autour, quelles teintes de l’arc-en-ciel ! quel tableau magique! Rochers, rivières, forêts, montagnes, ici tout abonde, et un ciel du plus beau bleu vient harmoniser le tout. Au-dessous, la voix mugissante du torrent m’indique le lieu où roule l’immense cataracte, entre ces rocs menaçants dont la vue effraie et charme a la fois.
A travers les arbres qui couronnent cette colline touffue, qui paraîtrait élevée sans les montagnes voisines dont la chaîne s’élève graduellement plus haut encore, on voit briller les blanches murailles du monastère. C’est là qu’habile le caloyer; il n’a rien de farouche, et sa table est au service de l’étranger. Le voyageur accueilli par lui emporte de ces lieux un souvenir durable, pour peu que son âme s’ouvre aux charmes de la belle nature.
Au milieu des chaleurs de l’été , qu’il se repose sous le frais ombrage de ces arbres séculaires; là les plus doux zéphyrs agiteront autour de lui l’éventail de leurs ailes, et son haleine aspirera la brise du ciel ; la plaine est bien loin audessous de lui. — Oh ! pendant qu’il le peut, qu’il goûte une volupté pure; ici ne pénètrent pas les rayons brûlants drun soleil pestilentiel; qu’ici l’insouciant pèlerin étende en liberté ses membres nonchalants , et laisse couler sans fatigue les malins, les jours et les soirs.
De gauche à droite s’étendent les Alpes de la Chimère, amphithéâtre volcanique 11 dont la masse sombre et gigantesque semble grandir à la vue. Au-dessous se déploie une vallée vivante dont les mille bruits arrivent jusqu’à vous; les troupeaux bondissent, les arbres se balancent, les ondes coulent, le pin des montagnes incline sa tête. Voilà, voilà le noir Achéron **, jadis consacré à la tombe ! O Plulon, si ce
LE PÈLERINAGE DE CU1LDE-HAR0LD. CU. II. 337 que je vois est l’enfer, tu peux fermer les portes de ton pâle Elysée ; mon ombre n’en demandera point l’entrée.