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Ni cités, ni remparts ne viennent gâter ce charmant coup d’œil; Janina est à peu de distance, mais on ne la voit pas, trachée qu’elle est derrière un rideau de collines : ici les hommes sont en petit nombre, les hameaux clair-semés, et les cabanes rares ; mais la chèvre broute sur le penchant du précipice; et le petit berger, vêtu de sa blanche capote*5, appuyé contre un roc, surveille, tout pensif, son troupeau au loin éparpillé, ou attend dans la caverne la fin de l’orage passager.
LUI
Dodone! où sont ton bois antique, ta fontaine sacrée, les divins oracles? Quelle vallée redit encore les paroles du maître des dieux ? Où sont les traces du temple de Jupiter Tonnant ? Tout, tout est oublié ! et l’homme se plaindrait de voir rompre les liens qui l’attachent h une fugitive existence! Insensé, tais-toi ! La destinée des dieux peut bien être la tienne : voudrais-tu donc vivre plus que le marbre ou le chêne, et te soustraire à la loi qui frappe les nations, les langues et les mondes ?
Les frontières de l’Épire s’éloignent; les montagnes décroissent; fatigué de mesurer leur hauteur, l’œil se repose avec joie sur une vallée, la plus belle que jamais le printemps ait couverte de scs teintes verdoyantes. Même dans une plaine, les beautés de la nature ne sont pas sans grandeur, alors qu’une rivière majestueuse en coupe la monotonie, que de hauts arbres se balancent sur ses rives, dont l’ombre se joue dans le miroir des eaux , ou dort, à la clarté de la lune, à l’heure solennelle de minuit.
Le soleil venait de disparaître derrière le vaste Tomerit**; près de là mugissait le Laos 15 au cours large et rapide ; déjà l’ombre de la nuit commençait à descendre ; Childe-Harold marchait avec précaution le long de la rive escarpée, lorsque soudain il aperçut, comme des météores lumineux, les mit. i. 22
narels resplendissants de Tépalen, dont les murs dominaient le fleuve. A mesure qu’il s’approchait, la brise qui soufflait dans la vallée apporta à son oreille un bruit confus d’armes et de guerriers
Il passa devant la tour silencieuse du harem sacré ; et, arrivé sous les vastes arceaux de la porte, il contempla l’habitation de ce chef redouté, dont tout ce qu’il voyait proclamait la puissance. Une pompe extraordinaire entourait le despote; la cour retentissait de préparatifs empressés; esclaves, eunuques, soldats, convives et santons y attendaient ses ordres. En dedans c’est un palais, à l’extérieur c’est un fort; lii se trouvent réunis des hommes de tous les climats.
En bas, des coursiers richement harnachés, des faisceaux d’aruies, s’étendaient tout autour de la vaste cour. En haut, des groupes bizarres ornaient le corridor, et de temps à autre un cavalier tartare, couvert de sa haute coiffure, s’élançait au galop de la porte sonore. Là, le Turc, le Grec, l’ Albanais, le Maure, avec leurs costumes bigarrés, se mêlent et se confondent, tandis que les sons graves du tambour annoncent la fin de la journée;
L’Albanais farouche, si beau à voir, avec son court vêtement qui vient jusqu’au genou , la tête enveloppée d’un schall, un fusil ciselé à la main, et dans son costume pittoresque bordé d’or; le Macédonien, ceint d’une écharpe rouge ; le Delhi, avec son bonnet redoutable et son glaive recourbé ; le Grec, vif et souple ; l’enfant mutilé de l’aride Nubie, et le Turc barbu, qui daigne h peine parler, maître de tout ce qui l’entoure, trop puissant pour être affable ;
Sont confondus pêle-mêle : quelques-uns assis en groupe 6’occupent à contempler la scène changeante et variée qui les entoure, ici un grave Musulman fait sa prière. Les uns fument, les autres jouent. L’Albanais foule orgueilleusement la terre. Le Grec cause à demi-voix. Silence !... Entendez-
LE PÈLERINAGE DE CD1LDE-HAR0LD. CH. II. 339 vous dans la mosquée ces accents solennels et nocturnes ? C'est la voix tonnante du muezzin, qui fait retentir le minaret : « il n’y a d’autre Dieu que Dieu ! Priez ! Dieu est grand ! »
C’était précisément l’époque du ramazan ; la journée entière s’écoulait dans le jeûne et la pénitence; mais dès que l’heure du crépuscule était passée , la joie et les festins régnaient de nouveau saDs partage. Alors, tout était en mouvement, et la foule des domestiques s’occupait à préparer et h servir le repas abondant ; la galerie était déserte , mais des chambres intérieures s’élevait un bourdonnement confus, et on voyait entrer et sortir les pages et les esclaves.
Ici la voix de la femme ne s’entend jamais ; reléguée h part, c’est à peine si on lui permet de sortir gardée et voilée; elle livre h un maître sa personne et son cœur, s’accoutume h sa prison, et ne désire point la quitter. Heureuse de l’affection de son époux, elle met sa joie à remplir les doux devoirs de mère, devoirs délicieux, bien au-dessus de tous les autres sentiments! L’enfant que $es flancs ont porté ne quitte pas son sein, et, absorbée par l’amour maternel, elle reste étrangère à des passions moins nobles.
Dans un pavillon de marbre, du centre duquel s’élance un jet d’eau vive et pure dont le murmure répand tout autour une délicieuse fraîcheur, sur une couche voluptueuse qui invite au repos, est étendu Ali 17 , homme de guerre et de calamités. Dans les traits de ce vieillard, sur ce visage vénérable que la douceur tempère de ses rayons, vous chercheriez vainement la trace des crimes que son âme recèle, ces crimes qui ont laissé sur sa vie une tache ineffaçable.