‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 178 sur 201 · I.IV · texte numérisé non relu

I.IV

Dans l’enceinte sacrée de Santa-Croce reposent des cendres qui la rendent plus sacrée encore, et qui seraient à elles seules un gage d’immortalité, quand même il ne resterait que le souvenir du passé et cette poussière, reste d’esprits sublimes maintenant rentrés dans le chaos : ici sont déposés les ossements de Michel-Ange, d’Alfieri et les tiens, ô Galilée ! amant malheureux des étoiles ; ici l’argile de Machiavel retourna a la terre d’où elle avait été tirée.

Voilà quatre génies qui, comme les quatre éléments, suffiraient à la création d’un monde. Italie ! le temps qui a déchiré en mille endroits ton manteau impérial, refusera et a refusé à toute autre contrée la gloire d’enfanter des grands hommes du sein même de ses ruines. Il y a jusque dans ta décadence je ne sais quelle divinité qui la dore et la rajeunit de ses rayons; ce qu’étaient autrefois les grands hommes, Canova l’est aujourd’hui.

Mais où reposent les trois enfants de l’Étrurie, le Dante, Pétrarque, et, presque leur égal, le barde de la prose, le génie créateur qui écrivit les Cent Nouvelles d’amour ? Où ont-ils déposé leurs ossements, ces hommes qui ont mérité d’être distingués dans la mort, comme ils l’ont été dans la vie, de l’argile du commun des mortels? Sont-ils réduits en poussière, et les marbres de leur patrie n’ont- ils rien à nous apprendre sur leur compte? Ses carrières n’ont-elles pu fournir la matière d’un buste ? N’ont-ils pas conüé à son sein le dépôt de leur cendre Gliale?

Ingrate Florence ! le Dante repose loin de toi , et comme Scipion, il a refusé sa cendre au rivage qui l’outragea. Tes factions , dans la fureur des discordes civiles , proscrivirent le barde dont le nom adoré sera 'a jamais et vainement environné des regrets de leurs enfants et de remords séculaires. Le laurier qui couronna le front vainqueur de Pétrarque à son heure suprême, avait grandi au loin sur un sol étranger; lu ne peux revendiquer ni sa vie, ni sa gloire , ni sa tombe vainement violée.

Mais sans doute Boccace a légué sa cendre 'a sa patrie ! elle repose à côté de celle de ses grands hommes, et des voix harmonieuses et graves chantent l’hymne des morts sur celui à qui la Toscane doit sa langue de sirène, cette musique dont les intonations sont des chants , celte poésie parlée ? Non; — l’hyène du bigotisme a renversé sa tombe; une

place lui est môme refusée parmi les morts obscurs : on ne veut pas que le passant l’honore d’un soupir qui s’adresserait à lui.

ux.

Leur cendre illustre manque à Santa-Croce ; mais ils y brillent par leur absence même, comme autrefois , dans le cortège triompbal de César, l’image absente de Brutus n’en rappelait que mieux A Rome le plus vertueux de ses fils. Combien ta es plus heureuse, ô Ravenne! sur ton vieux rivage, dernier rempart de l’empire croulant, repose la cendre révérée de l’immortel exilé; — Arqua aussi conserve avec un noble orgueil et un soin jaloux ses poétiques vestiges, pendant que Florence, les yeux en pleurs, redemande en vain les morts qu’elle a proscrits.

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