‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 183 sur 201 · IX XIV · texte numérisé non relu

IX XIV

Les anciens monls Acrocérauniens ; j’ai vu sur le mont Parnasse voler les aigles, qui semblaient les génies de ce lieu, prenant leur essor vers la gloire, tant était grande la hauteur à laquelle ils s’élevaient; j'ai contemplé l’Ida avec les yeux d’un Troyen : l’Athos, l’Olympe, l'Etna, l’Atlas, ont diminué à mes regards l’importance de ces collines, à l’exception des cimes solitaires du Soracte, qui maintenant n’a point de neige, et a grand besoin de la lyre d’Horace

EXXV.

Pour le recommander à notre souvenir; il s’élève du milieu de la plaine comme une vague partie de Ibin , et qui , sur le point de se briser, reste un instant suspendue. Que d’autres interrogent leur mémoire, en exhument avec ravissement des citations classiques, et fassent redire aux échos des sentences latines; j’ai trop abhorré dans mon enfance l’ennuyeuse leçon apprise a contre-cœur, récitée mot pour mot, pour me plaire aux vers du poète, et répéter avec plaisir

Ce qui me rappelle la potion nauséabonde infligée chaque jour à ma mémoire. Vainement le progrès des années m’a enseigné depuis à méditer ce que j’avais appris; l’impatience de mon jeune âge a enraciné mes premiers dégoûts; ces chefs-d'œuvre ont perdu pour moi leur fraîcheur et leur charme avant que mou esprit pût goûter ee qu’il eût peutêtre recherché de lui-méme si on lui eût laissé la liberté de choisir; il est trop tard maintenant pour guérir mes antipathies, et ce qu’alors je détestais, aujourd’hui je l’abhorre.

Adieu donc, Horace, toi que j’ai tant haï , non par ta faute, mais par la mienne; c’est un malheur que de comprendre, sans les goûter, tes chants lyriques , que de connaître tes. vers sans les aimer. Et pourtant nul moraliste ne nous révèle avec plus de profondeur notre vie courte et chétive; nul poète ne nous enseigne mieux les secrets de son art; nul ne manie avec plus d’enjouement les traits de la satire, pénétrant la conscience, et, sans blesser notre cœur, y éveillant une

LE PÈLERINAGE DE CBILDE-EaROLD. CH. IV. 4J5 émotion salutaire. Et cependant adieu. Je te quitte sur la cime du mont Soracte.

txxvin.

O Rome! ô ma patrie! ô cité de l’âme! les orphelins du cœur doivent se tourner vers toi, mère solitaire d’empires expirés ! ils apprendront alors à renfermer dans leur sein leurs chétives douleurs. Que sont nos maux et nos souffrances ? Venez voir les cyprès, entendre le hibou , et frayer votre chemin à travers tes débris des trônes et des temples, vous dont tes tourments sont des malheurs d’un jour ! — un monde est à vos pieds, aussi fragile que votre poussière!

La Niobé des nations ! la voilà debout ! Mère sans enfants, reine découronnée, muette dans sa douleur, ses mains flétries tiennent une urne vide dont tes siècles ont dispersé au loin la cendre sacrée; la tombe des Scipions ne renferme point maintenant leur poussière ; les sépulcres mêmes sont veufs de leurs héroïques habitants. Vieux Tibre ! tu continues à eonler à travers un désert de marbre; lève-toi! et de tes vagues jaunes fais un voile à sa détresse.

LÏIÏ.

LeGoth, le chrétien, le temps, la guerre, l'inondation, l’incendie, ontabaissé tour à tour l’orgueil de la cité aux sept collines; elle a vu les étoiles de sa gloire s’éteindre une à une, et les rois barbares fouler sous les pieds de leurs chevaux la route par laquelle le char des triomphateurs montait au Capitole; temples et tours se sont écroulés sans laisser de trace : — chaos de ruines ! qui se reconnaîtra au sein de ce vide, et , éclairant d’un pâle rayon ees fragments obscurs, dira : « Là était, là est, » alors que partout règne une double nuit?

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