CLXXX1V
Et je l’ai aimé. Océan! Dès mon jeune âge, mes plaisirs étaient de me sentir sur ton sein, bercé au mouvement de tes vagues ; enfant, je jouais déjà avec tes brisants : — j’y trouvais un secret délice ; et si, dans la fraîcheur de ton onde, j’éprouvais un sentiment de terreur, c’était une crainte pleine de charme : car j’étais comme ton enfant; de près ou de loin, je me confiais h tes flots, et ma main jouait avec ton humide crinière comme je fais maintenant.
Ma tâche est achevée, — mon chant a cessé, — ma voix a fait entendre son dernier son : il est temps de rotapre le charme de ce rêve prolongé. Je vais éteindre la torche qui allumait la lampe de mes veilles, — et ce qui est écrit est écrit : — que n’ai-je mieux fait ! Mais je ne suis plus ce que j’ai été; — mes visions voltigent moins palpables devant moi, — et la flamme qui vivait dans mon intelligence est pâle, faible et vacillante.
Adieu! Ce mot doit être prononcé: il l’a déjà été; — il prolonge l’instant de la séparation. — Cependant, — adieu ! O vous qui avez suivi le pèlerin jusque dans sa dernière excursion, si l’une de ses pensées vous revient en mémoire. 6’il vous reste de lui le moindre souvenir, il n’aura pas en vain porté les sandales et le bourdon ! Adieu! que les douleurs, s’il en fut, soient pour lui seul ! — que pour vous soit la morale de ses chants!
iii OEUVRES DE LORD BYRON.
NOTES