DU CHANT QUATRIÈME DU PÈLERINAGE DE CHILDE-HAROL
* C’est la réponse de la mère de Brasidas , général lacédémonieo, i ceux qui louaient devant elle la mémoire de son fils.
* C’est-à-dire le Lion de Saint-Marc, l’étendard de la république. De
lanta Leone, ou Planteur du Lion, on a fait Pantaléon ou Pantalon, nom
un personnage grotesque de la comédie italienne.
s Venise sauvée, les Mystères d'Udolphe, l'Arménien, le Marchand de Venise, et Othello.
* Il y a dans l’anglais tannen; pluriel de tanne; c’est une espèce de sapin des Alpes, qui ne croit que dans les parties les plus rocailleuses. 11 s’élève à une grande hauteur. N ■ du Trad.
* La lutte peut s’établir avec les démons tout aussi bien qu’avec nos bonnes pensées. Satan a choisi le désert pour la tentation de notre Sauveur, et notre John Locke, dont l’àme était si pure, a préféré la présenco d’un enfant à une solitude complète. B.
6 Les stances XL11 et XL1 11 sont, à peu d’exceptions près, une traduction du fameux sonnet de Filicaja : — « llalia, Italia, 6 tu cui feo la sorte ! »
1 Voir la lettre célèbre de Servius Sulpicius à Cicéron sur la mort do sa fille.
* C’est Poggio qui , du haut du Capitole, jetant les yeux sur les ruines de Rome, s’écrie : — «Ut nunc omni décor» nu data, prostrata jacet instar gigantei cadaveris corrupti algue undique exesi! »
* * Otp8xXu.cù{ loTtâv.
• Alque oculos patcat marqua suo». •
OVID., Amor., 11b. II.
to Orosius porte à trois cent vingt le nombre des triomphes. Ce témoignage est adopté par Panvinius, et celui de ce dernier par M. Gibbon et autres écrivains modernes.
u Allusion au tombeau de Cæcilia Métella, appelé Capo di Bote. Voir à ce sujet les illustrations historiques.
i* Entre les stances CXXXV et CXXXVI nous trouvons dans le manuscrit original celle qui suit :
« Si pardonner c’est entasser des charbons ardents sur la tète de ses ennemis, comme Dieu lui-même l’a dit, mon pardon à moi sera un volcan qui s’élèvera plus haut que l’Olympe sur les Titans fondroyés, plus haut que l’Athos ou que l’Etna enflammé. — 11 est vrai que ceux qui m’ont piqué n’étaient que des reptiles, mais qui infligent des blessures plus douloureuses que la dent du serpent? Le lion peut être tourmenté par le moucheron. — Qui suce le sang de ceux qui dorment? — L’aigle? — Non ; la chauve-souris. »
îs „ La mort de la princesse Charlotte a été ressentie même ici (Venise); l’Angleterre doit en avoir été ébranlée jusque dans ses fondements, a B.
Lors de la seconde lecture, dans la chambre des lords, du bill sur les briseurs de métiers, le 27 février 4812, lord Byron se leva et dit:
Milords, le sujet soumis en ce moment, pour la première fois, aux délibérations de Vos Seigneuries, quoique nouveau pour la chambre, ne l’est certainement pas pour le pays. Cette question avait occupé l’attention sérieuse d’un grand nombre d’hommes avant qu’elle se présentât à la législature, dont l’intervention en cette matière pouvait seule être vraiment utile. Bien qu’étranger, non seulement à cette chambre en général, mais h la presque totalité de ceux dont j’ose solliciter l’attention, la connaissance personnelle que j’ai des malheurs du comté en question m’engage à réclamer une portion de l’indulgence de Vos Seigneuries pour le petit nombre d’observations que j’ai k présenter sur une matière k laquelle, je l’avoue, je prends l’intérêt le plus vif.
Il serait superflu d’entrer dans des détails au sujet des troubles qui ont eu lieu : la chambre sait déjà qu’à l'exception de l’effusion du sang, des outrages et des actes d’hostilité de tout genre ont été accomplis, et que l’insulte et la violence ont atteint les propriétaires des métiers pfoscrits par les perturbateurs, ainsi que toutes les personnes ayant avec eux quelque rapport. Pendant le peu de temps que j’ai passé récemment dans le Noltinghamshire, douze heures ne s’étaient pas écoulées que de nouveaux actes de violence avaient été commis ; et le jour où je quittai le comté j’appris que, dans la soirée précédente, quarante métiers avaient été brisés , comme d’ordinaire, sans résistance et sans que les malfaiteurs fussent signalés.
Tel était alors l’état de ce comté, et tel il est encore maintenant, j’ai tout lieu de le croire; mais tout en admettant dans une proportion alarmante l’existence de ces actes de violence, on ne saurait nier qu’ils ont leur origine dans
un état de détresse auquel on ne saurait rien comparer. La persévérance de ces malheureux dans leur conduite coupable prouve qu’il n’a rien moins fallu qu’un dénuement absolu pour pousser une population nombreuse, honnête et laborieuse jusqu’à ce jour, à commettre des excès si périlleux pour eux-mêmes, leur famille et le pays. A l’époque dont j’ai parlé, la ville et le comté étaient encombrés de nombreux détachements de soldats; la police était en mouvement, les magistrats assemblés ; néanmoins toute cette activité des autorités civiles et militaires n’aboutissait à rien. Il n’avait pas été possible d’arrêter en flagrant délit un seul délinquant véritable, contre lequel il fût possible de réunir les témoignages nécessaires pour obtenir une condamnation. Ce n’est pas à dire, néanmoins, que la police fût restée oisive ; on avait signalé plusieurs délinquants notoires, des hommes évidemment coupables du crime capital de pauvreté , des hommes coupables d’avoir légitimement mis au jour plusieurs enfants que, grâce aux malheurs des temps, ils étaient incapables de nourrir.
Un tort considérable a été causé aux propriétaires des métiers perfectionnés. Ces machines leur étaient avantageuses, en ce sens qu’elles rendaient inutile l’emploi d’un certain nombre d’ouvriers qui, en conséquence, n’avaient plus qu’à mourir de faim. Par l’adoption d’une espèce de métier, en particulier, un seul homme faisait l’ouvrage de plusieurs, et l’excédant des travailleurs était laissé sans emploi. Remarquons, toutefois, que l’ouvrage ainsi exécuté était d’une qualité inférieure, que ses produits ne pouvaient trouver de débouchés dans le pays, et n’étaient fabriqués que dans un but d’exportation. Ces articles s’appelaient, dans le commerce, du nom de toiles d’araignées. Les ouvriers sans ouvrage, dans l’aveuglement de leur ignorance, au lieu de se réjouir de ces perfectionnements dans les arts, si avantageux au genre humain, se regardèrent comme des victimes sacrifiées à des améliorations mécaniques. Dans la folie de leur cœur, ils s’imaginèrent que l’existence et le bien-être de la classe laborieuse et pauvre étaient un objet de plus grande
importance que l’enrichissement de quelques individus, par suite de perfectionnements dans les instruments de travail, perfectionnements qui laissaient l’ouvrier sans emploi et sans ressource. Et l’on doit avouer que s’il est vrai que l’adoption d’un vaste système de machines, dans l’état où se trouvait notre commerce il n’y a pas longtemps encore, a pu être utile au maître sans nuire à l’ouvrier, néanmoins, dans la situation actuelle de nos fabriques, alors que les produits manufacturés pourrissent dans les magasins sans perspective d’exportation, alors qu’il y a diminution égale dans les demandes de travail et d’ouvriers, des métiers de cette espèce ont pour résultat d’aggraver matériellement la détresse et le mécontentement des malheureux désappointés. Mais celle détresse et les troubles qui en résultent ont une cause plus profonde. Quand on nous dit que ces hommes se liguent, non seulement pour détruire leur propre bien-être, mais encore leurs moyens mêmes d’existence, pouvons-nous oublier que c’est la politique funeste, la guerre destructive des dix-huit dernières années, qui ont détruit leur bien-être, le vôtre, celui de tout le monde? Cette politique, ouvrage de a grands hommes d’État qui ne sont plus, » a survécu aux ' morts, pour être le fléau des vivants jusqu’à la troisième et quatrième génération! Ces hommes n’ont brisé les métiers que lorsqu’ils sont devenus inutiles, pire qu’inutiles, que lorsqu’ils sont devenus un obstacle réel à ce qu’ils gagnassent leur pain quotidien. Pouvez-vous donc vous étonner que dans un temps comme le nôtre, où la banqueroute, la fraude prouvée, la félonie imputée, se rencontrent dans des rangs peu au-dessous de celui de Vos Seigneuries, la portion inférieure, et toutefois la plus utile de la population, oublie ses devoirs dans sa détresse, et se rende seulement un peu moins coupable que l’un de ses représentants? Mais tandis que le coupable de haut parage trouve les moyens d’éluder la loi, il faut que de nouvelles offenses capitales soient créées, que de nouveaux pièges de mort soient dressés pour le malheureux ouvrier que la faim a poussé au crime ! Ces hommes ne demandaient pas mieux que de bêcher, mais la
bêche était dans d’autres mains. Ils n’auraient pas eu honte de mendier, mais il ne se trouvait personne pour les secourir. Leurs moyens de subsistance leur étaient enlevés; aucune autre nature de travail ne s’offrait h eux, et leurs excès, tout condamnables et déplorables qu’ils sont, ne doivent pas nous surprendre.
On a dit que les personnes en possession temporaire des métiers sont de connivence dans leur destruction. Si une enquête parvient h prouver ce fait, il importe que de tels complices soient punis comme auteurs principaux du délit. Mais j’espérais que les mesures proposées par le gouvernement de Sa Majesté à la décision de Vos Seigneuries auraient la conciliation pour base; ou, si c’était trop espérer, qu’une enquête préalable, une délibération quelconque serait jugée nécessaire. Je ne croyais pas que, sans examen, sans investigation, on nous demanderait de rendre des sentences en gros, et de signer des arrêts de mort les yeux fermés. Mais, en supposant que ces hommes n’eussent aucun motif de plainte, que leurs griefs et ceux de leurs maîtres lussent également sans fondement, qu’ils ne méritassent aucune grâce, quelle insuffisance, quelle imbécillité ont présidé aux mesures employées pour réprimer le désordre! Si l’on voulait faire intervenir les troupes, fallait-il rendre cette intervention ridicule? Autant que la différence des saisons l'a permis, on s’est borné à parodier la campagne d’été du major Sturgeon ; et, en effet, toutes les opérations civiles et militaires semblent avoir été calquées sur le modèle de celles du maire et de la corporation de Garratt. Que de marches et de contre-marches! de Notlingham à Bullwell, de Bullwell à Banford, de Banford a Mansfield; et lorsqu’enfin les détachements sont arrivés à leur destination, dans tout l’appareil de la pompe guerrière, ils sont tout juste venus à temps pour être témoins du mal qui avait été fait, constater l’évasion des délinquants, recueillir les dépouilles opimes dans les fragments des métiers brisés, et rentrer à leurs quartiers au milieu des rires des vieilles femmes et des huées des enfants. Or, quoique dans un pays libre on puisse dé-
sirer que nos soldats ne soient jamais un objet d’effroi, du moins pour nous-mêmes, je ne vois pas la nécessité de les placer dans des positions où ils ne peuvent être que ridicules. Comme le glaive est le pire instrument qu’on puisse employer, ce doit être aussi le dernier. En celle occasion, ç’a été le premier; mais heureusement qu’il est resté dan3 le fourreau. Il est vrai que la mesure actuelle va l’en faire sortir. Cependant, si des meetings convenables avaient été tenus h l’origine de ces troubles, si les griefs de ces hommes et de leurs maîtres (car ces derniers avaient aussi leurs griefs) avaient été impartialement pesés et équitablement examinés, je crois qu’on eût trouvé des moyens pour rendre ces hommes à leurs travaux, et rétablir l’ordre dans le comté. En ce moment, le comté souffre du double fléau de troupes oisives et d’une population affamée. Dans quel état d’apathie avons-nous donc été plongés si longtemps, que ce soit maintenant pour la première fois que la chambre ait été officiellement informée de ces troubles? Tout ceci se passait à cent trente railles de Londres, tandis que nous, k bonnes gens, dans la sécurité de notre grandeur, » nous nous occupions tranquillement h jouir de nos triomphes h l’étranger, au milieu des calamités domestiques. Mais toutes les villes que vous avez prises, toutes les armées qui ont battu en retraite devant vos généraux, sont de tristes sujets de félicitation, si la discorde divise votre pays, et s’il vous faut envoyer des dragons et des bourreaux contre vos concitoyens. — Vous appelez ces gens une populace effrénée, dangereuse et ignorante, et vous semblez croire que le seul moyen de faire taire le « bellua multorum capitum 1 » est d’abattre quelques-unes de ces têtes superflues! Mais la populace elle-même est plus facilement ramenée h la raison par le mélange de la conciliation et de la fermeté, que par une irritation additionnelle et une aggravation de châtiments. Savons-nous toutes les obligations que nous avons h la populace? C’est la populace qui laboure vos champs, et fait le service de vos maisons; — qui manœuvre votre marine et recrute votre armée* — - qui vous a mis à t. i. 29
même de tenir tôle au monde entier, et vous tiendra tète h vous-mêmes quand l’abandon et le malheur l’auront poussée ail désespoir. Vous pouvez donner au peuple le nom de populace ; mais n’oubliez pas que souvent c’est le peuple qui parle par la voix de la populace, et, ici, je ne puis m’empêcher de remarquer avec quel empressement vous volez au secours de vos alliés malheureux, abandonnant les malheureux de votre patrie à la sollicitude de la Providence, ou — de la paroisse. Lors des calamités que fit éprouver aux Portugais la retraite des Français, tous les bras furent tendus, toutes les mains s’ouvrirent; depuis la largesse du riche jusqu’à l’obole de la veuve, tout fut prodigué pour les mettre à même de rebâtir leurs villages et de regarnir leurs greniers; et, en ce moment où des milliers de vos compatriotes égarés, mais en proie à la plus affreuse détresse, luttent contre tout ce que le malheur et la faim ont de plus hideux, votre charité, qui a commencé au loin, doit finir chez vous. Une somme beaucoup moindre, un dixième des bienfaits prodigués au Portugal, lors même que ces hommes (ce que je ne puis admettre sans enquête) n’auraient pu être rendus à leurs travaux , aurait rendu inutile le charitable emploi de la baïonnette et de la potence. Mais, sans doute, nos amis les étrangers ont des litres trop nombreux à notre bienveillance, pour admettre la possibilité de secours domestiques; et, cependant, jamais des besoins plus pressants ne les ont réclamés. J’ai traversé le théâtre de la guerre dans la Péninsule ; j’ai visité quelques-unes des provinces les plus opprimées de la Turquie; mais sous le plus despotique des gouvernements infidèles, jamais je n’ai vu de misère plus hideuse que depuis mon retour au cœur même d’un pays chrétien. Et quel remède apportez-vous à cet état de choses? Après des mois entiers d’inaction, ou d’une action pire encore, arrive, à la fin, le grand spécifique, l’infaillible recette de tous les docteurs de l’État, depuis les jours de Dracon jusqu’à notre époque. Après qu’on aura tâté le pouls aux malades en secouant la tête, après qu’on aura ordonné l’eau chaude et la saignée habituelle, l’eau chaude de votre
police et la lancette de vos soldats, ces convulsions doivent se terminer par la mort, résultat inévitable des prescriptions de tous les Sangrado politiques. Sans parler de l’injustice palpable et de l’inefficacité certaine du bill, la peine capitale n’est-elle pas assez prodiguée dans vos statuts? N’y a-t-il pas assez de sang dans votre code pénal ? faut-il en répandre encore, pour qu’il monte vers le ciel et crie contre vous? Comment mettrez-vous ce bill à exécution? Pouvez-vous mettre en prison tout un comté ? Élèverez-vous une potence dans chaque champ, et y pendrez-vous des hommes en guise d’épouvantails? ou bien (et il le faudra), pour exécuter cette mesure, procéderez-vous par voie de décimation? Placerez-vous le pays sous l’empire de la loi martiale? Voulez-vous dépeupler tout le pays, et le transformer en une vaste solitude? Voulez-vous offrir, comme apanage à la couronne, la forêt de Sherwood, et la rétablir dans sa première condition de chasse royale et d’asile pour les brigands? Sont-ce là vos remèdes aux maux d’une populace affamée et furieuse? Le malheureux à qui la faim a fait braver vos baïonnettes, croyez-vous l'effrayer par le gibet? Alors que la mort est un soulagement, le seul à ce qu’il paraît que vous consentiez à lui accorder, vos dragons le ramèneront-ils à l’ordre? Ce que vos grenadiers n’ont pu faire, vos bourreaux le feront-ils? Si vous procédez par les formes légales, où seront vos preuves? Ceux qui ont refusé d’accuser leurs complices quand la peine encourue n’était que la déportation, ne consentiront certes pas à déposer contre eux quand la peine sera la mort. Avec tout le respect que je dois aux nobles lords des bancs opposés, je pense que quelques investigations, quelques enquêtes préalables, changeraient leurs résolutions. Ce recours, si cher aux hommes d’étal, si merveilleusement efficace en mainte occasion récente, la temporisation, ne serait pas ici sans avantages. Quand on vous propose une mesure d’émancipation ou de redressement, vous hésitez, vous délibérez pendant des années entières; vous temporisez, vous ayez recours à mille ménagements; mais une loi de mort doit être votée d’urgence.
sans songer aux conséquences. J’ai la certitude, d’après ce que j’ai vu et entendu, que dans les circonstances actuelles, voter ce bili sans enquête, sans délibération, ce serait joindre l’injustice a l’irrilalion, et la barbarie à l’inditlerence. Les auteurs d’un tel bill doivent se résigner aux honneurs de ce législateur d’Athènes dont les lois étaient, dit-on, écrites, non avec de l’encre, mais avec du Sang. Mais supposons que ce bill soit adopté; supposons l’un de ces hommes tels que j’en ai vu, — maigri par la faim, plongé dans un sombre désespoir, insoucieux d’une vie que Vos Seigneuries sont sans doute sur le point d’évaluer au prix d’un métier ; — supposons cet homme entouré de ses enfants auxquels il ne peut procurer du pain même au péril de sa vie, prêt à se voir arraché pour jamais à une famille que sa paisible industrie avait jusqu’alors soutenue, et pour laquelle il ne peut plus rien faire, sans qu’il y ait de sa faute; — supposez cet homme, et il y en a des milliers de semblables, parmi lesquels vous pouvez choisir vos victimes ; supposons-lc traîné devant un tribunal afin d’y être jugé pour ce délit nouveau, en vertu de cette loi nouvelle ; eh bien ! il manquera encore deux choses pour le juger et le condamner, à savoir, dans mon opinion, douze bouchers pour jury, et un Jefferies pour juge.
Le 21 avril <812, lord Dononghraore ayant proposé la nomination d'un comité pour l’examen des griefs des catholiques, lord Byron prit la parole et dit :
Milords, la question portée en ce moment devant la chambre a été si souvent, si pleinement, si habilement discutée, et dans cette séance plus qu’à aucune autre époque, qu’il serait difficile de trouver de nouveaux arguments pour ou contre. Mais à chaque discussion nouvelle, des obstacles ont été écartés, des objections ont été examinées et réfutées, et quelques-uns des anciens adversaires de l’émancipation catholique ont enfin reconnu l’opportunité de faire droit aux demandes des pétitionnaires. Cependant, tout en faisant ces concessions, on soulève une objection nouvelle ; il n’est pas temps, dit- on, ou l’époque est inopportune, ou nous
avons le temps. Sous un certain rapport, je suis de l’avis de ceux qui disent que l’époque n’est pas opportune ; et, en effet, celte époque est passée; il eût mieux valu, pour le pays, qu’en ce moment les catholiques possédassent leur part de nos privilèges, que leurs nobles exerçassent dans nos conseils l’influence h laquelle ils ont droit, et que nous ne fussions pas maintenant assemblés pour discuter leurs réclamations. Il vaudrait mieux, en effet,
Non tempore tali
Cogéré concilium cum muros obsidet bostis *.
L’ennemi est au-dehors et la détresse au dedans. Ce n’est pas le temps d’épiloguer sur des points de doctrine , quand notre devoir est de nous réunir pour la défense de choses plus importantes que de simples cérémonies de religion. Chose étrange, en eflet : nous sommes ici réunis pour délibérer, non sur le Dieu que nous adorons , car en cela nous sommes tous d’accord ; non sur le roi auquel nous obéissons, car nous sommes tous sujets fidèles: mais il s’agit de savoir jusqu’à quel point une différence dans les cérémonies du culte, jusqu’à quel point l’action de croire, non trop peu, mais trop (c’est la plus grande accusation élevée contre les catholiques), jusqu’à quel point un excès de dévotion à leur Dieu peut être un obstacle à ce que nos concitoyens puissent efficacement servir leur roi.
Dans cette enceinte, ainsi qu’au- dehors, on a beaucoup parlé de l’Église et de l’État; et, bien que ces mots vénérables aient été trop souvent prostitués aux plus méprisables intérêts de partis, nous ne saurions les entendre trop souvent. Tout le monde, je présume, est ici partisan de l’Église eide l’État: l’Église du Christ, et l’État de la Grande- Bretagne -, mais non un État d’exclusion et de despotisme ; non une Église intolérante; non une Église militante, prêtant elle-même le flanc aux objections présentées contre la communion romaine, et à un degré plus grand; car l’Église catholique se borne à nous priver de sa bénédiction spirituelle, et cela même est douteux ; mais notre Église, ou plutôt notre clergé, refuse aux catholiques, non seulement sa grâce spi-
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rituelle, mais tous les avantages temporels quelconques. On se rappelle l’observation faite par le grand lord Peterborough, dans celte enceinte, ou dans celle où les lords s’assemblaient à celte époque : « Je suis, » disait-il, a pour un roi parlementaire et une constitution parlementaire , mais non pour un Dieu parlementaire et une religion parlementaire. »
L’intervalle d’un siècle n’a point affaibli la force de celte remarque. 11 est bien temps, en effet, que nous renoncions à ces chétives subtilités sur des points frivoles, k ces sophismes lilliputiens, pour savoir ce qui vaut mieux de casser les œufs par la pointe ou par le flanc.
Les adversaires des catholiques peuvent se diviser en deux catégories; ceux qui affirment que les catholiques ont déjà trop obtenu, et ceux qui prétendent que leurs classes inférieures, du moins, n’ont plus rien à demander. Les premiers nous disent que les catholiques ne seront jamais contents; les derniers, qu’ils sont déjà trop heureux. Ce dernier paradoxe est suffisamment réfuté par les pétitions actuelles et antérieures ; autant vaudrait dire que les nègres ne désiraient pas être émancipés; mais c’est une mauvaise comparaison, car vous les avez délivrés de l’esclavage sans aucune pétition de leur part, et malgré de nombreuses pétitions de leurs maîtres; et véritablement, quand je considère ceci, je plains les paysans catholiques de n’avoir pas eu le bonheur de naître noirs. Hais, nous dit-on, les catholiques sont contents, ou du moins doivent l’être ; je vais donc indiquer légèrement quelquesunes des circonstances qui contribuent si merveilleusement, à leur excessif contentement. On ne leur permet pas, dans l’armée régulière, le libre exercice de leur religion; le soldat catholique est obligé d’assister au service du ministre protestant; et, à moins d’être cantonné en Irlande ou en Espagne, où trouvera-t-il des occasions convenables d’assister au service de son propre cultePDes aumôniers catholiques ne furent accordés aux régiments de la milice irlandaise que comme une faveur spéciale, et il fallut pour cela des années de remontrance, bien qu’une loi, promulguée eu 1793, en eût fait un droit. Mais les catholiques sont-ils convenablement
protégés en Irlande? L’Église peut-elle acheter une verge de terre pour y bâtir une chapelle? Non; tous les édifices du culte ont été construits en vertu de baux a volonté ou de tolérances que les propriétaires laïques peuvent facilement résilier et rompre. Du moment où le moindre vœu déraisonnable, le moindre caprice futile du bienveillant propriétaire, rencontre quelque opposition, les portes sont fermées h la congrégation. Cela arrive continuellement; mais jamais il n’y en eut un exemple plus frappant que dans la ville de Newtown-Barry, dans le comté de Wexford. Les catholiques, n’ayant pas de chapelles régulières, louèrent temporairement deux granges qui , ayant été réunies, servirent d’église. A celte époque, logeait en face de ce lieu un officier dont l’esprit était profondément imbu de ces préjugés qui heureusement, nous le voyons par les pétitions protestantes déposées sur le bureau , semblent avoir été déracinés dans la portion la plus rationnelle de la population. Au moment donc où les catholiques étaient assemblés le dimanche, comme à l’ordinaire, dans des sentiments de paix et de bienveillance , pour adorer leur Dieu et le vôtre, ils furent surpris de voir la porte de lachapelle fermée; en même temps un officier delà milice etun magistrat leur déclarèrent que, s’ils ne se retiraient à l’instant, la loi sur les émeutes allait être lue, et que l’assemblée serait dispersée par les baïonnettes. Il fut porté plainte de ce fait à l’intermédiaire du gouvernement, au secrétaire du château , en 4806 * ; ce fonctionnaire se borna, pour tout remède , a répondre qu’il serait écrit au colonel pour empêcher, à l’avenir, le renouvellement de pareils désordres. On ne saurait tirer de ce fait de grandes conséquences; mais il tend à prouver que , taat que l’Église catholique n’aura pas le pouvoir d’acheter des terrains pour y construire ses chapelles, les lois faites pour la protéger seront comme non avenues. Dans l’état actuel des choses, les catholiques sont à la merci de tout fonctionnaire subalterne â qui il peut passer par la tête d’insulter à son Dieu et d’outrager ses semblables.
Tout écolier, tont laquais (car on en a vu porteurs de
4oG oeuvres de lord btron.
commissions 4 dans noire armée) , tout laquais qui peut échanger ses aiguillettes contre une épaulette peut faire tout cela, et plus encore, contre les catholiques, en vertu de cette autorité même que lui a déléguée son souverain, dans le but exprès de défendre ses concitoyens jusqu’à la dernière goutte de son sang, sans acception de catholiques ou de protestants.
Les catholiques irlandais jouissent-ils pleinement du jugement par jury? Non, et ils n’en jouiront jamais, tant qu’ils ne seront pas admis au privilège de servir comme shériffs et sous-shériffs. Un exemple frappant de cette nature s’est présenté aux dernières assises d’Enniskillen. Un fermier fut mis en accusation pour le meurtre d’un catholique nommé Mac Vournagh. Le juge, dans son résumé, fit sur le crime un commentaire convenable ; mais, à l’étonnement du barreau et à l’indignation de la cour, le jury protestant acquitta l’accusé. Celte partialité était si criante que le juge Osborne crut de son devoir de faire donner forte caution à l’assassin acquitté, mais non absous, lui enlevant ainsi temporairement le privilège qu’il s’attribuait de tuer des catholiques.
Les lois mêmes promulguées en leur faveur sont-elles observées? Elles sont de nul effet dans les cas futiles ou importants. Une loi récente a autorisé les aumôniers catholiques dans les prisons ; mais dans le comté de Fermanagh, le grand juré a récemment persisté à présenter, pour ce poste, un ministre anglican, éludant ainsi la loi, malgré les remontrances pressantes d’un magistral respectable, nommé Fletcher. Voilà la loi ! voilà la justice pour le catholique heureux, libre et satisfait!
On a demandé, dans l’autre chambre, pourquoi les catholiques opulents ne dotaient pas des fondations pour l’éducation de leur clergé. Pourquoi ne leur permettez-vous pas de le faire ? Pourquoi ces dotations sont-elles sujettes à l’intervention vexatoire, arbitraire et péculatoire des commissaires orangistes préposés aux donations charitables ?
Quant au collège de Maynooth 5, si l’on en excepte l’épo-
DISCOURS PARLEMENTAIRES. toi
que de sa fondation, alors qu’un noble lord (Camden), alors h la tâte de l’administration irlandaise, parut s’intéresser à ses progrès ; si l’on en excepte aussi le gouvernement d’un noble duc (Bedfort) qui, comme ses ancêtres, s’est toujours montré l’ami de la liberté et du genre humain , et n’a pas adopté la politique égoïste du jour au point d’exclure les catholiques du nombre de ses semblables; h ces deux exceptions près, celle institution n'a jamais été convenablement encouragée. Je sais qu’il fut un temps où l’on mettait tout en usage pour se concilier le clergé catholique : c’était lorsque la question de l’union était pendante, cette union qui ne pouvait être obtenue sans leur concours, alors que leur coopération était nécessaire pour provoquer les adresses des comtés catholiques; alors ils se virent cajolés, caressés, craints, flattés, et on leur donna à entendre que « l’union ferait tout; » mais du moment où la loi fut passée, on les repoussa avec mépris dans leur première obscurité.
Dans la conduite tenue a l’égard du collège de Maynooth, tout semble fait h dessein d’irriter et de tourmenter. — On semble vouloir tout faire pour effacer de l’esprit des catholiques la plus légère impression de gratitude; il n’est pas jusqu’au foin, à la graisse et au suif dont le payement et l’inscription sur les livres ne doivent être faits sur serment. Il est vrai qu’on ne saurait trop louer celte économie en miniature, surtout à une époque où les insectes concussionnaires du trésor, les Hunt, les Chinnery, sont les seuls qui échappent à l’œil clairvoyant des ministres; mais lorsqu’il faut à chaque session vous arracher, pour ainsi dire, une misérable pitance, et que vous vous pavanez de votre libéralité , les catholiques n’ont-ils pas le droit de s’écrier avec Prior :
Jean m’a rendu service, & tous il le débite ;
Jean s’est payé lui-même ; avec lui je suis quitte.
Certaines personnes ont comparé les catholiques au mendiant de Gil Hlas. Qui en a fait des mendiants? Qui s’est enrichi des dépouilles de leurs ancêtres? Ne pouvez-vous secourir le mendiant quand ce sont vos pères qui l’ont rendu
4o8 -OEUVRES DE LORD BYROX.
tel ? Si vous êtes disposés à le soulager, ne pouvez-vous le faire sans lui jeter vos liards au visage ? Cependant, comme contraste avec celte bienfaisance d’aumônes, jetons les yeux sur les écoles protestantes privilégiées ; vous leur avez récemment accordé 41,000 livres sterling; voilà comme elles sont soutenues; et comment sont-elles recrutées? Montesquieu observe, à propos de la constitution anglaise, qu’on peut en trouver le modèle dans Tacite, à l’endroit où l’historien décrit la politique des Germains ; il ajoute : a Ce magnifique système a été pris dans les bois; » de même, en parlant des écoles privilégiées, on peut dire que ce magnifique système nous vient des bohémiens. Ces écoles sont recrutées comme le corps des janissaires sous Amurat et comme les bohémiens de nos jours, par des enfants volés, dérobés à leurs parents catholiques par leurs riches et puissants voisins protestants : ceci est notoire, et un exemple suffira pour montrer comment on procède. La sœur d’un M. Carthy (propriétaire catholique fort opulent) mourut, laissant deux filles qui furent sur-le-champ désignées comme prosélytes, et envoyées à l’école privilégiée de Coolgreny. Leur oncle , en apprenant ce fait , qui s’était passé en son absence, réclama ses nièces, offrant de leur allouer un revenu fixe et suffisant; sa demande fut repoussée, et ce ne fut qu’après cinq années de lutte, et l'intervention d’une autorité des plus hautes, que ce catholique put retirer ses plus proches parentes d’une école privilégiée. Ainsi s’obtiennent les prosélytes, mêlés aux enfants des protestants qui ont la faculté de profiter des avantages de l’institution. Et que leur enseigne-t-on? On leur met dans les mains un catéchisme contenant, je crois, quarante-cinq pages, dans lesquelles se trouvent trois questions relatives à la religion protestante; voici l’une de ces demandes : « Où était la religion protestante avant Luther? » Réponse : « Dans l’Évangile. » Les autres quarante-quatre pages et demie sont relatives à l’idolâtrie damnable des papistes. Qu’il me soit permis de demander à nos maîtres et pasteurs spirituels, si c’est là mettre un enfant dans la direction qu’il doit suivre. Est-ce
là la religion de l’Évangile avant l’époque de Luther, celte religion qui proclame : « Paix à la terre et gloire à Dieu? » Cette manière d’élever les enfants n’est-elle pas plus propre à en faire des diables que des hommes ? Mieux vaudrait les envoyer partout ailleurs que de leur enseigner de telles doctrines ; mieux vaudrait les envoyer dans les lies de la mer du Sud , où ils apprendraient avec plus d’humanité à devenir cannibales; il serait moins odieux de les élever à dévorer les morts qu’à persécuter les vivants. Appelezvous cela des écoles? Appelez-les plutôt des fumiers où la vipère de l’Intolérance dépose ses petits, afin que quand leurs dents seront poussées et que leur poison sera mûr, ils s’élancent infects et venimeux pour percer le3 catholiques. Mais sonl-ce là les doctrines de l’Église d’Angleterre ou du clergé ? Non ; les ecclésiastiques les plus éclairés sont d’une opinion bien différente. Que dit Paley? « Je ne vois pas pourquoi des hommes de communions différentes ne siégeraient pas sur les mêmes bancs, ne délibéreraient pas dans le même conseil, ou ne combattraient pas dans les mêmes rangs, de même que les hommes de religions diverses discutent des matières d’histoire naturelle, de philosophie ou de morale. » On dira peut-être que Paley n’était pas strictement orthodoxe ; je ne sais rien sur son orthodoxie ; mais qui osera nier qu’il ne fût un ornement pour l’Église, pour la nature humaine, pour le christianisme ?
Je ne m’arrêterai pas sur le grief des dîmes, si péniblement ressenti parles paysans; seulement il n’est pas inutile d’observer qu’il faut ajouter à ce fardeau une commission de tant pour cent pour le collecteur qui, par conséquent, est intéressé à l’élévation de cet impôt ; et nous savons que dans un grand nombre de riches bénéfices, en Irlande, les seuls résidents protestants sont les collecteurs des dîmes.
Parmi beaucoup de causes d’irritation , trop nombreuses pour que je les énumère, il en est une dans la milice que je ne dois pas passer sous silence : je veux parler des loges orangistes organisées parmi les soldats; les officiers peuventils nier ce fait? Et, s’il est vrai que ces loges existent , sont-
4G0 ccuvues de loed bybon.
elles propres h entretenir l’barmonie parmi ces hommes qui, bien que réunis dans les rangs, sont ainsi tenus, individuellement séparés dans la société? Ce système général de persécution doit-il être permis, ou croit on que les catholiques peuvent ou doivent en être satisfaits? S’ils le sont, ils mentent à la nature humaine; ils sont en effet indignes d’être autre chose qu’esclaves, ainsi que vous les avez faits. Je n’ai rien avançé que sur les autorités les plus incontestables, sans quoi je n’eusse jamais osé, ici ou ailleurs, hasarder de telles assertions. Si les faits sont exagérés , il ne manque point de gens disposés à les démentir, s’ils en étaient capables. Si l’on m’objecte que je n’ai jamais été en Irlande, voici ma réponse : Pourquoi ne connaîtrait-on pas l’Irlande sans y avoir été, puisqu’il est des gens qui y sont nés, qui y ont été élevés, et qui , cependant , sont dans une ignorance complète de scs véritables intérêts?
Mais il en est qui prétendent qu’on a déjà fait trop de concessions aux catholiques ; voyez, s’écrient-ils, ce qu’on a fait pour eux : nous leur avons donné un collège en propre; nous leur accordons la nourriture et le vêtement, la pleine jouissance des éléments, et la permission de combattre pour nous aussi longtemps qu’ils ont dans les veines du sang h répandre; et cependant ils ne sont pas contents encore! Généreux déclamateurs, voilà toute la somme de vos arguments, si on les dépouille de leurs sophismes ! Ces gens-là me rappellent l’histoire d’un certain tambour qui avait été appelé par ses fonctions à administrer un châtiment à un ami attaché aux hallebardes ; le patient le pria de frapper le plus haut possible : ce qu’il fit; on lui demanda alors de frapper plus bas : il le fit; de frapper entre deux : il le lit; mais qu’il frappât haut, bas, ou entre deux, c’était toujours en vain , le patient continuait ses plaintes avec une intolérable obstination; enfin, le tambour, épuisé et en colère, jeta son fouet en s’écriant : Le diable vous brûle! en quelque endroit qu’on frappe on ne saurait vous plaire! » Il en est ainsi de vous : vous avex fustigé les catholiques, haut, bas, entre deux, partout, et vous vous étonnez qu'ils
ne soient pas contents ! Il est vrai que le temps, l’expérience et la fatigue qu’amène l’exercice de la cruauté, vous ont appris U frapper un peu moins fort ; mais vous n’en continuez pas moins yos fustigations, et vous les continuerez peut-être jusqu’à ce que la verge échappe de vos mains et soit tournée contre vous-mêmes et votre postérité. Dans une séance antérieure, quelqu’un a dit (j’ai oublié qui, et ne me soucie pas de me le rappeler) : Si on émancipe les catholiques, pourquoi pas aussi les juifs? Si ce sentiment était dicté par la compassion pour les juifs, il pourrait mériter quelque attention ; mais, considéré comme un sarcasme contre les catholiques, qu’est-ce autre chose, sinon le langage de Shylock transporté du mariage de sa fille à l’émancipation catholique, langage mieux placé dans la bouche d’un membre de la tribu de Barabas que dans celle d’un chrétien!
Je présume qu’un catholique est chrétien, même dans l’opinion de celui dont la prédilection pour les juifs n’est sans doute qu’une affaire de goût.
Il est une observation souvent citée du docteur Johnson (que je regarde comme une autorité presque aussi bonne que le doux apôtre de l’intolérance, le docteur Duigenan) : c’est que l’homme capable aujourd’hui de concevoir des craintes sérieuses pour l’Église aurait « crié au feu pendant le déluge. » C’est plus qu’une métaphore; car on dirait que les restes de ces antédiluviens sont venus jusqu’à nous, du feu dans la bouche et de l’eau dans le cerveau, pour troubler et effrayer le genre humain de leurs bizarres clameurs. Un symptôme infaillible de la douloureuse maladie dont je crois ces gens-là affligés (comme le premier docteur venu pourra en informer Vos Seigneuries), c’est de croire voir une flamme voltiger perpétuellement devant leurs yeux, surtout quand leurs yeux sont fermés (comme le sont ceux des personnes auxquelles je fais allusion) ; et il est impossible de persuader à ces pauvres gens que le feu, contre lequel ils ne cessent de se précautionner ainsi que nous, n’est autre chose qu’un feu follet de leur impuissante imagination. Quelle rhubarbe, quel séné, quelle drogue purgative peut
éclaircir leur cerveau? Non, cela ne se peut; ils sont inguérissables; on peut dire d’eux :
Caput insanabilc tribus Antlcyris.
Voilà vos vrais protestants; comme Bayle, qui protestait contre toutes les sectes indistinctement , de même ils protestent contre les pétitions catholiques, les pétitions protestantes, tout redressement, tout ce que la raison, l’humanité, la politique, la justice et le sens commun peuvent opposer aux égarements de leur absurde délire. Ces gens-là offrent la contre-partie de la fable de la montagne qui accouche d'une souris; ce sont des souris qui se croient grosses de moutagnes.
Mais revenons aux catholiques; supposons les Irlandais satisfaits des incapacités dont la loi les frappe; supposonsles assez absurdes pour ne pas désirer leur libération ; ne devons-nous pas la désirer pour eux ? N’avons-nous rien à gagner à leur émancipation ? Que de ressources n’a pas gaspillées, que de talents n’a pas perdus l’égoïste système d’exclusion ! Vous connaissez déjà ce que vaut la coopération irlandaise; en ce moment, la défense de l’Angleterre est confiée à la milice d’Irlande ; en ce moment, tandis que l’Angleterre se soulève dans l’indignation du désespoir, les Irlandais sont restés fidèles. Mais tant que vous n’aurez pas, par l’extension de la liberté, communiqué à ce vaste corps une égale somme d’énergie, vous ne pourrez profiter de toute la force que vous êtes heureux d'interposer entre vous et la destruction. L’Irlande a beaucoup fait , et peut faire encore davantage. En ce moment, le seul triomphe obtenu après de longues années de désastres sur le continent, est l’œuvre d’un général irlandais ; il est vrai qu’il n’est pas catholique ; s’il l’était nous aurions été privés de ses services; mais certes nul ne pensera que sa religion eût fait tort à ses talents ou diminué son patriotisme, quoique, dans cette hypothèse, le vainqueur eût dû se borner au rôle de simple soldat; car jamais il n’eût pu être appelé au commandement d’une armée.
Mais pendant qu’à l’étranger il conduit des catholiques à
la victoire, son noble frère 8 a, dans cette séance, défendu leur cause avec une éloquence que je ne chercherai pas à déprécier par l’humble tribut de mes éloges; pendant qu’un troisième membre de la famille, ne leur ressemblant pas plus qu’il ne les égale, n’a cessé de combattre ses frères catholiques h Dublin, a grand renfort de circulaires, d’édits, proclamations, arrestations, et autres instruments vexatoires de cette petite guerre que peuvent faire les guérillas mercenaires du gouvernement, couvertes de l’armure rouillée d’une législation surannée. Sans doute que Vos Seigneuries partageront de nouveaux honneurs entre le sauveur du Portugal et le disperseur des délégués. Il est singulier, en effet, d’observer la différence entre notre politique extérieure et intérieure ; si l’Espagne catholique, le Portugal fidèle, ou le non moins catholique et non moins fidèle roi d’une unique Sicile (dont, pour le dire en passant, vous l’avez récemment dépouillé), ont besoin de secours, à l’instant on fait partir une flotte et une armée, un ambassadeur et un subside, parfois pour livrer de rudes combats, en général pour négocier pitoyablement, et toujours pour payer fort cher nos alliés papistes; mais si l’on vous présente la pétition de quatre millions de vos concitoyens, qui combattent, payent et travaillent pour vous, vous les traitez en étrangers, et « quoi qu’il y ait place dans la maison de leur père, » il n’en est pas où ils puissent reposer leur tête. Permettez-moi de vous le dire, ne combattez-vous pas pour l’émancipation de Ferdinand VII, qui est certainement un imbécile, et, conséquemment, selon toutes les probabilités, un bigot? Avez-vous donc plus d’égard pour un souverain étranger que pour vos concitoyens qui ne sont pas des imbéciles , car ils connaissent vos intérêts mieux que vous-mêmes ; qui ne sont pas des bigots, car ils vous rendent le bien pour le mal ; mais qui gémissent dans une captivité plus dure que la prison d’un usurpateur, en ce sens que les entraves de l’âme sont plus intolérables que celles du corps ?
Je ne m’étendrai pas sur les conséquences de votre relus
4Gi ŒUVRES DE LORD BÏROI».
d’accéder U la demande des pétitionnaires; ces conséquences, vous les connaissez, vous les ressentirez, ainsi que les enfants de vos enfants, quand vous ne serez plus. Adieu h cette Union ainsi appelée comme « lucus à non lucendo! » union n’unissanl rien, qui, pour première opération, a donné le coup de mort à l’indépendance de l’Irlande, et dont la dernière amènera peut-être son éternelle séparation de ce pays. Si l’on peut appeler cela union, c’est l’union du requin avec sa proie; le requin avale sa victime, et dès lors ils deviennent un et indivisibles; c’est ainsi que la Grande-Bretagne a avalé le parlement , la constitution , l’indépendance de l’Irlande, et refusé de dégorger un seul privilège, quoique cela fût dans l’intérét de son corps politique boursouflé et malsain.
Et maintenant, Milords, avant que je reprenne ma place, les ministres de Sa Majesté veulent-ils bien me permettre de dire quelques mots, non sur leurs mérites, mais sur le degré d’estime que leur accorde la population de ces royaumes ? 11 n’y a pas longtemps que, dans cette enceinte, on a fait sonner bien haut la considération qu’on leur porte, et une comparaison a été établie entre leur conduite et celle des nobles lords qui siègent de ce côté-ci de la chambre.
Quelle portion de popularité peut être échue en partage h mes nobles amis (s’il m’est permis de leur donner ce nom), c’est ce que je ne chercherai pas à examiner ; mais, quant à celle dont jouissent les ministres de Sa Majesté, il serait inutile de la nier. 11 est vrai qu’elle tient un peu de la nature du vent : — nul ne sait d’où elle vient et où elle va; mais ils la sentent, ils en jouissent, ils en font gloire. En effet, modestes et sans ostentation, comme ils sont, dans quelle partie lointaine du royaume peuvent-ils se réfugier pour se dérober au triomphe qui les poursuit? S’ils se plongent dans les comtés de l’intérieur, ils y seront accueillis par les ouvriers des manufactures, ayant à la main leur pétition dédaignée, et au cou ces harts récemment votés en leur faveur, appelant les bénédictions du ciel sur ceux qui inventèrent un moyen si simple et si ingénieux de les envoyer dn théâtre
de leurs misères dans un monde meilleur. S’ils parcourent l’Écosse, depuis Glasgow jusqu’à Johnny-Groals, partout ils recevront de semblables témoignages d’approbation. S’ils font une tournée de Porlpatrick à Donaghadee, là ils se trouveront précipités dans les embrassements de quatre millions de catholiques, à l’affection desquels leur vole de ce jour va leur donner des droits indélébiles. Quand ils reviendront dans la capitale, s’ils peuvent passer sous Temple-Bar1, sans éprouver une sensation désagréable à la vue de cette porte sinistre, ils ne pourront échapper aux acclamations de la livery 8, ainsi qu’aux applaudissements fébriles, mais sincères, aux bénédictions, non bruyantes, mais profondément senlies, des marchands en faillite et des agioteurs sur les épines. S’ils jettent les yeux sur l’armée, quelles couronnes, non de lauriers, mais de cyprès, se préparent pour les héros de Walcheren • ! Il est vrai qu’il reste bien peu de témoins pour déposer à leur louange en cette occasion; mais heureusement qu’ils ont eu soin de dépêcher, généreusement et pieusement, une foule de témoins détachés de celle vaillante armée, pour aller recruter là-haut la noble phalange des martyrs.
Qu’importe que, dans le cours de celle marche triomphale (dans laquelle ils recueilleront autant de cailloux que l’armée de Caligula dans un semblable triomphe, prototype du leur), ils n’aperçoivent aucun de ces monuments qu’un peuple reconnaissant érige en mémoire de ses bienfaiteurs ? Qu’importe que pas une enseigne de cabaret ne condescende à déposer la tête du Sarrasin pour lui substituer le portrait des vainqueurs de Walcheren ? lis peuvent se passer d’un tableau ceux qui ont toujours sous la main une caricature ; ou regretter l’omission d’une statue, ceux qui se sont vus si souvent exaltés en effigie. Mais leur popularité n’est pas restreinte aux étroites limites d’une lie; il est d’autres pays où leurs mesures, et surtout leur conduite envers les catholiques, doivent les rendre éminemment populaires. S’ils sont aimés ici, en France on doit les adorer. 11 n’est pas de mesure plus contraire aux desseins et aux senliments de Bonaparte quo t. r. 30
1’émancipalion catholique; pas de ligne de conduite plus favorable à scs projets que celle que l’on a suivie, que l’on suit, et, je le crains, que l’on suivra encore à l’égard de l’Irlande. Qu’est-ce que l’Angleterre sans l’Irlande, et qu’estce que l’Irlande sans les catholiques? C’est sur la base de votre tyrannie que Napoléon compte ériger la sienne. L'oppression des catholiques lui doit être si agréable que, sans nul doute (comme il a récemment permis le renouvellement de quelques relations), nous verrons prochainement arriver, de sa part, dans ce pays, des cargaisons de porcelaines de Sèvres et de rubans (objets très recherchés, et d’une grande valeur pour le moment), de rubans de la Légion-d’Honneur, destinés au docteur Duigenan et à ses disciples ministériels. Voilà donc cette popularité si bien acquise, le résultat de ces expéditions extraordinaires si coûteuses pour nous, et si inutiles à nos alliés ; de ces étranges enquêtes si exculpatoires pour l’accusé, si peu satisfaisantes pour le peuple ; de ces victoires paradoxales si honorables, nous dit-on, pour le nom britannique, et si destructives des plus chers intérêts de la nation britannique ! Surtout telle est la récompense de la conduite tenue par les ministres à l’égard des catholiques!
J’ai à m’excuser auprès de la Chambre, qui, sans doute, pardonnera à un de ses membres, peu habitué à abuser de son indulgence, d’avoir si longtemps essayé de fixer son attention. Mon opinion est irrévocablement fixée, et mon vote sera donné en faveur de la motion.
En présentant la pétition du major Cartwriglit, le4« juin 4813, lord Byron prit la parole en ces termes :
Milords, la pétition que j’ai maintenant l’honneur de présenter à la chambre mérite , je le crois , l’attention particu- . lière de Vos Seigneuries ; car, bien qu’elle ne soit signée que par un seul individu, elle contient des faits qui (s’ils ne sont pas contredits) demandent l’investigation la plus sérieuse.
Le grief qu’allègue le pétitionnaire n’est ni personnel ni imaginaire. Il ne s’applique pas à lui seul, car il a afiecté
et affecte encore un grand nombre d’individus. Il n’est personne, hors de cette chambre, ou même dans son enceinte, qui ne puisse être demain l’objet des mêmes insultes et des mêmes empêchements dans l’accomplissement d’un impérieux devoir, dans l’intérêt du rétablissement de la vraie constitution de ces royaumes, en demandant, par voie de pétition, la réforme parlementaire. Le pétitionnaire, Milords, est un homme dont la longue vie s’est consumée dans une lutte continue pour la liberté du sujet, contre cette influence indue qui s’est accrue, s’accroît encore, et doit être diminuée; et, quelque différence d’opinions qui puisse exister sur ses croyances politiques, nul ne contestera l’intégrité de ses intentions. Aujourd’hui même encore, accablé par les années, et non exempt des infirmités qui accompagnent la vieillesse, mais jeune encore de talent, et doué d’un courage inébranlable, — a frangas , non flectes » — t0, il a reçu plus d’une blessure en combattant contre la corruption ; et le nouveau grief, la nouvelle insulte dont il se plaint, pourra lui laisser une autre cicatrice, mais point de déshonneur. La pétition est signée par John Cartwright11, et c’est pendant qu’il agissait dans l’intérêt du peuple et du parlement, c’est dans la légitime poursuite de la réforme parlementaire, le meilleur service h rendre et au parlement et au peuple, qu’il a essuyé le scandaleux outrage qui forme l’objet de sa pétition h Vos Seigneuries. Elle est conçue dans un langage ferme et respectueux : c’est le langage d’un homme qui n’oublie pas sans doute ce qui lui est dû, mais qui en même temps, je le crois, se rappelle la déférence qu’il doit à celte chambre. Entre autres matières d’une importance égale, sinon plus grande pour tous ceux qui sont Anglais de cœur, aussi bien que de sang et de naissance, le pétitionnaire établit que, le 21 janvier 1813, h Huddersfield, lui et six autres personnes qui, sur la nouvelle de son arrivée, étaient venues à sa rencontre en témoignage de respect, furent saisis par une force civile et militaire, et retenus prisonniers pendant plusieurs heures, en butte aux grossières et insolentes insinuations de l’officier commandant contre le
caractère du pétitionnaire; que le pétitionnaire fut, h la lin, conduit devant un magistral, et ne fut mis en liberté que lorsque, l’examen de ses papiers eut prouvé que non seulement aucune accusation juste, mais môme aucun fait punissable, n’était allégué contre lui; et que, malgré la promesse des magistrats qu’il serait délivré copie du mandat décerné contre le pétitionnaire, cette copie a, plus tard, été refusée, et n’a pu encore être obtenue. Les noms et conditions des parties se trouvent dans la pétition. Quant aux autres matières traitées dans la pétition, je n’en dirai rien maintenant, dans la crainte d’abuser des moments de la chambre ; mais j’appelle vivement l’attention de Vos Seigneuries sur l’objet principal de son contenu ; c’est dans la cause du parlement et du peuple que les droits d’un homme vénérable, d’un homme libre, ont été violés; et c’est, dans mon opinion, la plus haute marque de respect qu’il puisse donner à la chambre que de s’adresser h votre justice, plutôt que d’en appeler b un tribunal inférieur. Quel que soit le résultat de sa remontrance, c’est une satisfaction pour moi, bien que môlée, en celte circonstance, de quelques regrets, que de pouvoir saisir cette occasion de déclarer publiquement les empêchements qu’on oppose aux citoyens dans l’accomplissement du plus légitime et du plus impérieux de leurs devoirs : celui d’obtenir, par voie de pétition, la réforme parlementaire. J’ai rapidement exprimé l’objet de la plainte ; le pétitionnaire l’a développée plus longuement. Vos Seigneuries, je l’espère, adopteront quelques mesures pour lui accorder pleinement protection et justice, et, non seulement à lui, mais encore k toute la masse du peuple insulté et lésé dans sa personne, par l’interposition d’une force civile abusive, et d’une force militaire illégale, entre la nation et son droit de pétition à ses représentants.
(Sa Seigneurie présenta alors la pétition du major Cartwight, dont il fut donné lecture; le pétitionnaire}- racontait les faits survenus k Huddersfield, el. s’y plaignait des obstacles apportés au droit de pétition en plusieurs villes du nord
du royaume; Sa Seigneurie demanda que celle pélilion fût déposée sur le bureau. Plusieurs lords ayant pris la parole sur cette question, Lord Byron, dans sa réplique, dit qu’il avait considéré comme un devoir de présenter cette pétition à Leurs Seigneuries.)
On a dit, ajouta-t-il, que ce n’était pas une pétition, mais un discours, et que, ne contenant pas de prière, elle ne devait pas être accueillie. Où est la nécessité d'une prière? Si l’on prend ce mot dans son acception propre, Vos Seigneuries ne doivent pas s’attendre qu’un homme en prie d’autres. Tout ce qu’il me reste h dire, c’est que cette pétition, bien qu’en quelques endroits elle soit conçue en termes énergiques, ne contient rien d’inconvenant, mais que le langage en est respectueux envers Vos Seigneuries; j’espère donc que Vos Seigneuries permettront que la pétition soit déposée.
I Le monstre aux cent têtes. N. du Trad.
* 11 vaudrait mieux, en pareille circonstance, n’avoir pas à délibérer quand l’ennemi assiège nos remparts. N. du Trad.
* Le château de Dublin est la résidence du vice-roi d’Irlande et du Secrétaire, fonctionnaire chargé du gouvernement civil. N. du Trad.
* En Angleterre, les grades d’ofTiciers sont des commissions qui s’achètent. Le soldat ne peut s’élever au-delà du grade de sous-officier. N. du T
* Collège catholique, aorte de séminaire entretenu aux frais de l’État. N. du Trad.
* Le ducdeWellington commandait alors l’armée anglaise dans laPéninsule. On sait que son frère, lord Wellesley, était whig, et que Wellington est tory. N. du Trad.
7 Temple Bar est la porte de la Cité de Londres du cêté de Westminster ; c’est en quelque sorte la limite des privilèges de la Cité. N. du Trad-
* Ce mot désigne tous les citoyens de Londres ayant droit de bourgeoisie et jouissant du privilège d’élire le conseil municipal. N. du Trad.
* Ou se rappelle l’inutile et meurtrière expédition de Walchcren, entreprise en <808 par le ministère anglaia. N. du Trad.
*• On le brise, on ne le courbe pas. N. du Trad.
II Le major Cartwright, mort il y a quelques années, daDS un âge très avancé, était regardé comme le père des radicaux; ce fut lui qui formula le premier et soutint pendant cinquante ans le programme politique de ce parti, le parlement annuel, le vote au scrutin, le suffrage universel. N • du Trad.
FRAGMENT’
47 juin 4846.
En l'année 17 — , ayant depuis quelque temps formé le projet d’un voyage dans des contrées jusqu’alors peu fréquentées des voyageurs, je partis accompagné d’un ami, que je désignerai sous le nom d’Auguste Darvell; il avait quelques années de plus que moi; c’était un homme d’une fortune considérable, et d’une ancienne famille : — avantages que sa grande capaeité l’empêchait d’apprécier trop ou trop peu. Certaines circonstances spéciales de l’histoire de sa vie privée en avaient fait pour moi un objet d’attention, d’intérêt et même d’estime, que ne pouvaient étouffer ni la réserve de ses manières, ni les manifestations occasionnelles d’une inquiétude qui semblait parfois toucher aux limites de l’aliénation.
J’étais jeune encore dans le monde, où j’avais fait mon entrée de bonne heure; mais mon intimité avec lui était d’une date récente ; nous avions été élevés aux mêmes écoles et dans la même université, mais il les avait traversées avant moi, et était déjà profondément initié dans ce qu’on appelle le monde, que j’en étais encore à mon noviciat. Pendant que j’étais encore sur les bancs, j’avais entendu beaucoup parler de sa vie passée et présente ; et, bien que dans ces récits il y eût des contradictions inconciliables, il m’était cependant facile de voir qu’au total c’était un être d’un ordre supérieur, un homme qui, malgré tout le soin qu’il prenait pour éviter d’être remarqué, n’en était pas moins remarquable. Plus tard, j’avais cultivé sa connaissance et essayé d’obtenir son amitié ; mais ce dernier point paraissait inréalisable; quelles que pussent avoir été ses affections, elles semblaient maintenant, les unes éteintes, les autres concentrées. J’avais eu fréquemment l’occasion d’observer qu’il sentait avec force, et pouvait dominer ses sentiments, mais non les cacher complètement; toutefois il avait la faculté de donner à une passion l’apparence d’une autre, de telle ma-
FRAGMENT
nière qu’il élait difficile de définir la nature de ce qui sc passait au-dedans de lui; et l’expression de ses traits variait d’une manière si rapide, bien que légère, qu’on eût inutilement cherché à remonter à la source de ses émotions. 11 était évident qu’il était en proie à quelque inquiétude incurable; mais si elle provenait de l’ambition, de l’amour, du remords, de la douleur, de toutes ces causes réunies ou d’une seule, ou simplement d’un tempérament morbide et maladif, c’est ce que je ne pus découvrir; des circonstances connues permettaient d’assigner tour h tour chacune de ces causes diverses; mais, comme je l’ai déjà dit, elles avaient quelque chose de si contradictoire, qu’elles ne permettaient à aucune opinion de se fixer. Là où il y a mystère, on suppose généralement le mal; je ne sais comment cela se faisait, mais il y avait certainement en lui du mystère, et pourtant je ne pouvais constater l’étendue du mal ; je répugnais même, en ce qui le concernait, de croire à son existence. Mes avances étaient reçues avec assez de froideur ; mais j’étais jeune, peu facile à décourager, et à la fin je réussis à obtenir, à un certain degré, ces relations banales, cette confiance médiocre dans les choses de tous les jours, créée et cimentée par l’homogénéité d’occupations et la fréquence des réunions, qui s’appelle intimité ou amitié, selon les idées qu'on attache à ces termes.
Darvell avait déjà beaucoup voyagé, et ce fut à lui que je m’adressai pour les renseignements nécessaires à mon voyage projeté. Je désirais secrètement qu’il consentît à m’accompagner. C’était aussi une espérance que semblaient justifier la sombre agitation que j’avais observée en lui, l’animation qu’il paraissait ressentir sur ces sortes de sujets , et son apparente indifférence pour tout ce qui l’entourait d’une manière plus immédiate. Je mis d’abord en avant ce désir d’une manière détournée; puis je l’exprimai formellement. Sa réponse, bien que je l’eusse en partie prévue, me causa toute la joie de la surprise: — il consentit, et, après les arrangements nécessaires, nous commençâmes nos voyages. Après avoir parcouru diverses con-
trées du raidi de l’Europe, noire attenlion se tourna vers l’Orient, conformément à notre destination primitive; et ce fut pendant notre passage dans ces régions qu’arriva l’incident qui fait le sujet de celle histoire.
La constitution de Darvell, qui, à le voir, devait, dans sa jeunesse, avoir été extrêmement robuste, avait, depuis quelque temps, graduellement baissé, sans l’intervenliou d’aucune maladie apparente. Il n’avait ni toux ni phthisie; pourtant il devenait de jour en jour plus débile. Ses habitudes étaient tempérantes; il ne se refusait point aux fatigues, et ne s’en plaignait jamais. Et, pourtant, il se consumait d’une manière évidente. U devint de plus en plus silencieux et sujet aux insomnies; et enfin l’altération effectuée en lui fut si grave, que mes alarmes se proportionnèrent à ce que je considérais comme son danger.
A notre arrivée h Smyrne, nous avions résolu de faire une excursion aux ruines d’Êphèse et de Sardes; j’essayai de l’en dissuader, dans l’état actuel de sa santé ; — mais ce fut en vain. 11 semblait y avoir sur son esprit je ne sais quel poids oppressif, dans ses manières, je ne sais quelle solennité qui s’accordait peu avec son empressement h faire ce que je regardais comme une partie de plaisir peu convenable à un valétudinaire; mais je ne m’opposai plus à son vœu, et, au bout de quelques jours, nous partîmes, accompagnés seulement d’un serrugi et d’un janissaire.
Nous étions parvenus h moitié chemin des ruines d’Éphèse, nous avions derrière nous les environs fertiles de Smyrne, et nous entrions dans ces lieux sauvages et déserts qui, à travers les marais et les défilés, conduisent aux quelques huttes qu’on voit encore sur les colonnes brisées de Diane, — les murs sans toiture du christianisme expulsé, et la destruction plus récente encore, mais complète, de mosquées abandonnées , — quand l’affaissement soudain et rapide de la santé de mon compagnon de voyage nous obligea de faire halte dans un cimetière turc, dont les tombes, surmontées de turbans, étaient la seule indication de vie humaine ayant séjourné dans ce désert. Nous avions laissé a
FRAGMENT
quelques heures derrière nous le seul caravansérail que nous eussions rencontré ; on n’apercevait nulle part le moindre vestige de village ou même de cabane, et « la cité des morts » semblait être le seul asile offert à mon malheureux ami, qui paraissait devoir devenir bientôt le dernier de ses habitants.
Dans celte situation, je cherchai autour de moi un emplacement où il pût reposer convenablement. Contrairement a l’aspect ordinaire des champs de repos mahométans, dans celui-ci les cyprès étaient peu nombreux et disséminés à de longs intervalles; les lombes étaient, pour la plupart, abattues et usées par le temps. Sur l’une des plus considérables de ces dernières, et sous l’un des cyprès les plus vastes, Darvell se soutint avec difficulté dans une attitude à, moitié penchée. Il demanda de l’eau ; je doutais qu’on pût en trouver, et me préparai à en chercher avec un sentiment d’hésitation et de découragement; mais il exprima le désir que je restasse, et, se tournant vers Suleiman, notre janissaire, qui était à côté de nous, fumant sa’ pipe le plus tranquillement du monde, il dit: a Suleyman, verbana su » (c’est-àdire, apportez-moi de l’eau). Puis, il décrivit dans le plus grand détail l’endroit où l’on pourrait en trouver : dans un petit puits pour les chameaux, à quelques centaines de pas, sur la droite. Le janissaire obéit. Je dis à Darvell : — « Comment saviez-vous cela ?» — 11 répondit : — « D’après la nature du lieu où nous nous trouvons, vous devez voir que cet endroit a été autrefois habité, et il n’aurait pu l’être sans eau. D’ailleurs, j’ai été ici auparavant. »
« — Vous avez été ici auparavant ! Comment se fait-il que vous ne m’en ayez jamais parlé? Et que pouviez-vous faire dans un lieu où nul ne reste un moment de plus qu’il n’y est obligé ? »
A cette question je ne reçus point de réponse. En ce moment, Suleiman revint avec l’eau, laissant le serrugi et les chevaux h la fontaine. Lorsqu’il eut étanché sa soif, il parut se ranimer un instant , et je conçus l’espoir de pouvoir poursuivre notre route, ou, du moins, revenir sur nos pas, et ce
fut cc que je conseillai. Il garda le silence, et parut réunir ses forces et ses idées pour parler. Il commença :
« C’est ici la fin de mon voyage et de ma vie. Je suis venu ici pour mourir; mais j’ai à vous faire une demande, un commandement : — car telles doivent être mes suprêmes paroles. — Vous obéirez ?
« — Sans nul doute ; mais ayez meilleur espoir.
o — Je n’ai d’espoir, de désir que celui-ci : — cachez ma mort à toute créature humaine.
« — J’espère que cela ne sera pas nécessaire ; que vous vous rétablirez, et....
«—Silence! Cela doit être; promettez-le!
a — Je le promets.
« — Jurez-le par tout ce qui.... (Ici il me dicta un serment d’une grande solennité.)
« — 11 n’est pas besoin de cela. J’accomplirai votre demande ; et douter de moi, ce serait...
« — Il n’en peut être autrement; — il faut que vous juriez. »
Je fis le serment. Cela parut le soulager. 11 ôta de son doigt un anneau, sur lequel étaient gravés des caractères arabes, et me le présenta, il continua :
« Le neuvième jour du mois, à midi précis (n’importe le mois; mais ce doit être là le jour), vous jetterez cet anneau dans les sources salées qui coulent dans la baie d’Éleusis. Le jour suivant, à la même heure, vous vous rendrez au milieu des ruines du temple de Cérès, et vous y attendrez une heure.
« — Pourquoi ?
« — Vous le verrez.
«—Le neuvième jour du mois, dites-vous?
« — Le neuvième. »
Comme je lui observai que nous étions maintenant au neuvième jour du mois, sa physionomie changea, et il cessa de parler. Au moment où il s'asseyait, dans un état de faiblesse évidemment plus grande, une cigogne, tenant un serpent dans son bec, se percha sur une tombe, à quel-
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ques pas de nous, et, sans dévorer sa proie, parut nous considérer fixement. Je ne sais quelle impulsion me poussa à la chasser ; mais ma tentative fut inutile : elle décrivit en l’air quelques cercles, et retourna précisément au même endroit. Darvell me la montra du doigt, et sourit. 11 parla, — je ne sais si ce fut à lui ou h moi; — mais je l’entendis prononcer ces paroles : « C’est bien ! »
« — Qu’est-ce qui est bien ? Que voulez-vous dire ?
« — N’importe !.... Il faudra m’enterrer ici, ce soir, à l’endroit même où cet oiseau est maintenant posé. Vous connaissez le reste de mes injonctions. »
Alors il me donna diverses instructions sur la manière dont sa mort pourrait être cachée avec plus de succès. Après qu’il eut terminé, il s’écria :
a Vous voyez cet oiseau ?
« — Certainement.
a — Et le serpent qui se débat dans son bec ?
« — Sans doute. Il n’y a rien là d’extraordinaire ; c’est sa proie naturelle. Mais il est étrange qu’il ne la dévore pas! » Un sourire lugubre erra sur ses lèvres, et il dit d’une voix faible : a U n’est pas temps encore. » Pendant qu’il parlait, la cigogne s’envola. Mes yeux la suivirent un moment, à peine le temps nécessaire pour compter jusqu’à dix. Je sentis le poids de Darvell peser plus lourdement sur mon épaule, et, m’étant retourné pour regarder son visage, je vis qu’il était mort ! Je fus saisi d’un mouvement étrange à cette soudaine certitude, dont il ne me fut pas possible de douter. — En quelques minutes, son visage devint presque noir. J’aurais attribué au poison un changement si rapide, si je n’avais été persuadé qu’il était impossible qu’il eût pu en recevoir à mon insu. Le jour était sur son déclin; le corps se décomposait rapidement, et il ne restait plus qu’à exécuter le vœu qu’il avait exprimé. A l’aide de l’yataghan de Suleiman et de mon sabre, nous creusâmes une tombe peu profonde, à l’endroit que Darvell avait indiqué. La terre céda facilement, ayant déjà reçu la dépouille de quelque musulman. Nous creusâmes aussi profondément que le
temps nous le permettait, et, jetant la terre sèche sur tout ce qui restait de l'étre singulier que nous venions de perdre, nous coupâmes quelques carrés d’un gazon plus vert dans le sol un peu moins stérile qui nous entourait, et les plaçâmes sur son sépulcre.
Entre l’étonnement et la douleur, j’étais sans larmes. .
ROTES
* Pendant nne semaine de pluie passée à Diodati, dans l’été de 18 16, on s’amusa à lire des histoires allemandes de revenants, et l’on convint d'en faire quelques imitations. «Vous et moi,» dit lord Byron à mistress Shelley, « nous publierons les nôtres ensemble. » 11 se mit alors & commencer son histoire du Vampire; et ayant arrangé le tout dans sa tête, un soir il fit part à la société du plan de cette histoire ; mais comme le récit était en prose, il n’avança que lentement dans son travail. Le résultat le plus mémorable de cet engagement littéraire fut le roman plein de force et d’intérêt de Frankeitein, par mistress Shelley. Moore.
« Je commençai ce fragment, dit lord Byron, dans un vieux registre de comptes de miss Milbanke, que j’avais gardé parce qu’il contient le mot « ménage » écrit deux fois de sa main sur le revers de la première page ; c’est le seul ma que j’aie de son écriture, si j’en excepte sou nom apposé sur l’acte de séparation. »