‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 45 sur 201 · AU COMTE GEORGE DELAWARR · texte numérisé non relu

AU COMTE GEORGE DELAWARR

Oh, oui ! je l’avouerai, nous étions chers l’un à l’autre. Les amitiés de l’enfance sont passagères, mais vraies. Vous aviez pour moi la tendresse d’un frère; j’éprouvais pour vous le même sentiment.

Mais l’Amitié déplace parfois le siège de son doux empire; une longue affection expire en un moment: comme l'Amour, elle vole sur des ailes rapides; mais elle ne brûle pas comme lui d’un feu inextinguible.

’ Bien souvent Ida nous vit rêver ensemble. Elles furent heureuses les scènes de notre jeunesse! Au printemps de la vie, comme le ciel est serein ! Mais voici venir l’hiver et ses sombres tempêtes.

La Mémoire ne s’unira plus à l’Amitié pour nous retracer les délices de notre enfance; le cœur cuirassé d’orgueil ne se laisse point émouvoir, et ce qui ne serait que justice lui paraît une honte.

HEURES DE PARESSE. 83

Cependant, cher George (car je dois encore vous eslimer, et je ne puis récriminer contre le petit nombre de ceux que j’aime), le hasard m’a fait vous perdre, le hasard peut vous rendre 'a moi : le repentir effacera le vœu que vous avez fait.

Je ne me plaindrai pas, et malgré le refroidissement de notre ailection, nul ressentiment corrosif ne vivra dans mon cœur. Je suis rassuré par celte simple réflexion, que tous deux nous pouvons avoir tort, et tous deux devons pardonner.

Vous saviez que, si le danger l’exigeait, mon âme, mon cœur, ma vie, étaient à vous ; vous saviez que, dévoué tout entier à l’Amitié et à l’Amour, le temps et l’absence ne m’avaient point changé.

Vous saviez... Mais loin de moi ces vains retours sur le passé ! les liens qui nous unissaient sont rompus. Un jour, mais trop tard, ces doux souvenirs reviendront h votre mémoire, et vous soupirerez après celui qui fut autrefois votre ami.

Pour le moment, nous nous séparons; j’espère que ce ne sera pas pour toujours; car le temps et le regret vous ramèneront à moi. Efforçons-nous l’un et l’autre d’oublier la cause de notre désaccord. Je ne veux point de réparation : je ne demande que des jours semblables h ceux du passé.

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