‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 6 sur 201 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

tandis que moi j'expierai mon audace sans avoir pour consolation le dernier de ces avantages, et probablement avec une part fort modique du premier. Je laisse à d’autres virûm volilare per ora. Je m’adresse à ceux pour qui dulce est desipere in loco. Aux premiers j'abandonne de bon cœur l’espoir de l'immortalité, et me contente de l'humble perspective de prendre place « dans la populace des écrivains gentlemen ; » avec le dédommagement peut-être de figurer après ma mort dans le « catalogue des auteurs de sang royal ou nobiliaire, » ouvrage auquel la pairie a plus d’une obligation, en ce sens que beaucoup de noms fort longs, très sonores et passablement antiques échappent par ce moyen à l’obscurité qui couvre malheureusement les productions volumineuses de ceux qui les portent.

C'est donc avec quelque crainte et bien peu d'espoir que je publie ce livre, le premier sorti de ma plume et qui sera le dernier. Une ambition de jeune homme a fait commettre bien des actes plus criminels et aussi absurdes. Ce recueil pourra amuser quelques lecteurs de mon âge ; j’ai du moins la confiance qu’il ne saurait produire du mal. D'après ma position et mes occupations ultérieures, il n'est pas probable que je fasse un nouvel appel au jugement du public ; et lors même que son premier arrêt me serait favorable, je n’aurais nulle envie de me rendre coupable d une seconde contravention du même genre. Le docteur Johnson a dit quelque part, 4 propos des poèmes de l'un de mes nobles parents*, que «lorsqu’un homme de qualité se fait auteur, il a droit d'attendre que ce qu’il peut y avoir de mérite dans ses œuvres ne soit pas contesté. » Celte opinion ne saurait être d’un grand poids auprès de la critique verbale, et moins encore auprès de la censure périodique ; mais, dans tous les cas, c'est là un privilège dont je ne me prévaudrai jamais, et je préfère les attaques les plus acharnées des critiques anonymes à des éloge» qui ne s’adresseraient qu’à mon titre.

oeuvres de lord byron.

HEURES DE PARESSE

SUR LA MORT D’üXE JEUNE DEMOISELLE, COUSINE DE L’AUTEUR, ET QUI LUI FUT BIEN CHÈRE*,

Les venls retiennent leur haleine; le soir est calme et sombre; aucun zéphyr n’erre dans le bocage; et moi, je vais revoir la tombe de ma Marguerite, et répandre des fleurs sur la cendre que j’aime.

Dans celte étroite cellule repose sa poussière, cette poussière que tant de vie animait naguère; le Roi des Épouvantements en a fait sa proie ; ni le mérite, ni la beauté, n’ont pu racheter sa vie. ^

Oh ! si ce Roi des Epouvanlements avait pu se laisser attendrir ! si le Ciel avait réformé son rigoureux décret, celui qui la pleure n’aurait pas de regrets à faire parler ici ; ce n’est pas ici que la Muse raconterait ses vertus.

Mais pourquoi pleurer? Son àme incomparable a pris son vol par delà les régions où brille l’astre du jour; et des anges en pleurs la conduisent vers ces bosquets sacrés où la Vertu est récompensée par des plaisirs sans fin.

Et nous, mortels présomptueux, irons-nous accuser le Ciel et nous élever follement contre la divine Providence? Ah! loin de moi des pensées aussi vaines ! — Je ne refuserai point à mon Dieu l’hommage de ma résignation.

Et pourtant il est doux le souvenir de ses vertus; elle est fraîche et vivante la mémoire de sa beauté. Mes pleurs n’ont point cessé de couler pour elle ; et son image a gardé dans

mon cœur sa place accoutumée.

Que des insensés rient de voir l’amitié entrelacer nos deux noms; la Vertu a de plus justes droits a l’affection qne le Vice opulent et titré.

Bien que la destinée soit inférieure, puisqu’un litre a

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décoré ma naissance, ne m’envie pas ce brillant avantage; à toi l’orgueil d’un mérite modeste.

Nos âmes du moins sont de niveau; ton sort n’a rien dont le mien ait à rougir : le sentiment qui nous lie n’en sera pas moins doux, car le mérite doit tenir lieu de naissance.

Novembre <802.

En toi j’espérais presser sur mon cœur une amie dont la mort seule pourrait me séparer; pourquoi faut- il que les efforts malveillants de l’envie t'aient détachée de moi pour toujours?

Mais, bien qu’elle t’ait arrachée de mon cœur, lu y conserves toujours la place. Là vivra ton image jusqu’à ce que ce cœur ait cessé de battre.

Et quand les morts briseront leurs tombeaux, quand la poussière mortelle reprendra une nouvelle vie, c’est sur ton sein que s’appuiera ma léte. 11 n’y aurait pas pour moi de ciel où tu ne serais pas.

Février <803.

ÉHTAPHE D’UN AMI.

A’ffTïip irpiv jj.it éXatAîre; tvc Ceootoiv ewoç.

Laerte.

O toi que j’ai tant aimé, loi qui me seras éternellement cher, de combien d’inutiles pleurs j’ai arrosé ta tombe révérée? Que de gémissements j’ai poussés à ton lit de mort, pendant que tu le débattais dans ta dernière agonie ! Si des larmes avaient pu retarder le tyran dans sa marche, si des gémissements avaient pu détourner sa faux impitoyable, si la jeunesse et la vertu avaient pu obtenir de lui un court délai, et la beauté lui faire oublier sa proie, à ce spectre, lu vivrais encore, charme de mes yeux, aujourd’hui gonflés de pleurs; tu ferais encore la gloire de ton camarade, les délices de ton ami. Si ton âme plane encore quelquefois sur le lieu où repose la cendre, tu peux voir gravée dans mon cœur une douleur trop intense pour être exprimée par le ciseau du sculpteur : le marbre ne marque point la place où

tu dors de (on dernier sommeil, mais on y voit pleurer des statues vivantes. L’image de la Douleur ne s’incline pas sur ta tombe, mais la Douleur elle-même déplore ta perte prématurée. Ton père pleure en toi le premier né de sa race; mais l’affliction d’un père ne saurait égaler la mienne. Nul sans doute n’adoucira ses derniers moments comme l’eût fait ta présence; pourtant d’autres enfants lui restent pour charmer ici-bas ses ennuis. Mais qui le remplacera auprès de moi? quelle amitié nouvelle effacera ton image ? Aucune ! — Les pleurs d’un père cesseront de couler; le temps apaisera la douleur d’un frère jeune encore. Tous, hormis un seul, seront consolés; mais l’amitié gémira solitaire.

FRAGMENT

Le jour où la voix d’un père me rappellera au céleste séjour, et où mon âme partira joyeuse; quand mon ombre voyagera sur l’aile des vents, ou, couverte d’un nuage sombre, descendra sur le flanc de la montagne, oh ! qu’une urne magnifique n’enferme point ma cendre et ne marque point le lieu où la terre retourne h la terre ! Point de longue inscription, point de marbre chargé de mon éloge : que, pour toute épitaphe, on écrive mon nom. S’il faut autre chose pour honorer ma cendre, ch bien ! je ne veux pas d’autre gloire ! Que ce soit là le seul indice du lieu de ma sépulture ! Si cela ne suffit pas pour me rappeler au souvenir des hommes, je consens qu’on m’oublie.

VERS COMPOSÉS EN QUITTANT L’ ABBAYE DE NEWSTEAd'.

Pourquoi construis-tu ce manoir, fila des jours à l'aile rapide? Aujourd'hui tu regardes du faite de la tour : encore quelques années, et le souffle du désert viendra mugir dans la tour solitaire. 0*11* N.

Newstead, à travers tes créneaux, lc3 vents mugissent sourdement. Manoir de mes pères, te voilà qui dépéris; dans tes jardins, que la joie animait naguère, la ciguë et le chardon croissent où fleurissait la rose.

De ces barons couverts de cottes de ipailles, qui, fiers de

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leur vaillance, conduisaient leurs vassaux d’Europe aux plaines de Palestine, il ne reste d’autres vestiges que les écussons et les boucliers que fait résonner le souffle des vents.

La harpe du vieux Robert n’excite plus les cœurs généreux à cueillir la palme des batailles. Jean d’Horistan repose près des tours d’Ascalon ; la mort a fait taire la voix de son ménestrel.

Paul et Hubert dorment aussi dans la vallée de Crécy. Ils tombèrent victimes de leur dévouement à Edouard et A l’Angleterre. O mes pères! vous revivez dans les pleurs de votre patrie! Ses annales racontent vos combats et votre mort.

A Marston, luttant avec Rupert contre les rebelles, quatre frères arrosèrent de leur sang le champ de bataille. Défenseurs des droits du monarque, ils scellèrent de leur vie leur dévouement a ta royauté.

Adieu, ombres héroïques ! En s’éloignant de la demeure de ses ancêtres, votre descendant vous salue. Sur la rive étrangère ou sur la terre natale, il pensera à votre gloire, et ce souvenir ranimera son courage.

Bien qu’il verse des larmes à cette séparation douloureuse, c’est la nature, et non la crainte, qui les lui fait répandre. Une noble émulation l’accompagnera aux terres lointaines : il ne saurait oublier la gloire de ses pères.

Il chérira le souvenir de cette gloire; il jure de ne jamais ternir votre renom : comme vous il vivra, ou mourra comme vous. Quand il ne sera plus, puisse-t-il mêler sa cendre à la vôtre !

VERS ÉCRITS SUR UN VOLUME DES LETTRES D’UNE RELIGIEUSE ITALIENNE A UN ANGLAIS.

« Loin de moi vos artifices séducteurs ! Qu’ils s’adressent à des cœurs simples et les égarent ! Vous sourirez de leur crédulité; ils pleureront de votre perfidie. »

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