‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 5 sur 201 · PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

En soumettant ce recueil au public, je n’ai pas seulement à combaltre les dilïieultés que rencontrent en général ceux qui écrivent en vers; j’ai encore à craindre qu’on ne m'accuse de présomption pour me poser ainsi devant le public, lorsque je pourrais sans aucun doute, à mon âge, employer plus utilement mon temps.

Ces productions sont le fruit des heures perdues d'un jeune homme qui a depuis peu complété sa dix-neuvième année. Le cachet d'adolescence qu’il est facile d'y reconnaître rendait peut-être inutile cet avis préalable. Quelques-uns de ces petits poèmes on*. été écrits sous l’influence défavorable de la maladie et de l’abattement. C'est dans la première catégorie qu'il faut ranger en particulier Les Souvenirs d'Enfance. Celte considération ne suffit pas pour justifier l’éloge ; mais elle peut du moins désarmer la censure. La plus grande partie de ce recueil a été livrée à l’impression â la demande de mes amis, et pour leur usage exclusif. Je sais que l’admiralion partiale et souvent peu judicieuse d’un cercle d’amis n’est point un bon critérium pour le génie poétique : néanmoins celui qui veut

* Voyez, à la fin des Heures de Paresse, le3 Notes qui se rapportent à ce numéro de renvoi et aux suivants. Cctic observation s’applique également aux autres ouvrages de cetto édition.

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■ beaucoup faire » doit « beaucoup oser. » J’ai donc vaincu mes répugnances personnelles et publié co volume aux risques et périls de ma réputation. C’en est fait, « j’ai passé le Rubicon ; » et, favorable ou non, j’attends mon arrêt. Dans la dernière de ces deux alternatives, je me soumettrai sans murmure ; car, bien que je ne sois pas sans quelque sollicitude pour le sort de ces productions, je n'y attache pas de grandes espérances. H est probable que j’aurai beaucoup tenté et peu fait : car, selon l’expression de Cowper, « c’est une chose bien différente d’écrire pour plaire à nos amis, qui par cela même qu’ils sont nos amis, sont prévenus en notre faveur, ou d’écrire pour plaire à tout le monde; qjtr ceux qui ne connaissent pas l’auteur ne se feront pas faute de le critiquer. » Néanmoins je n’admets pas celte assertion dans toute son étendue : au contraire, j’ai la conviction que ces bagatelles ne seront pas traitées avec injustice. Leur mérite, si toutefois elles en ont, sera libéralement reconnu; d’autre part, leurs nombreux défauts ne peuvent attendre une faveur qui a été déniée à des écrivains d’un âge plus mûr, d’une réputation mieux établie et d’une habileté beaucoup plus grande.

Je n’ai pas visé à une originalité exclusive, et encore moins me suis-je proposé un modèle spécial. On trouvera ici plusieurs traductions qui pour la plupart ne sont que des paraphrases. Dans les pièces originales il pourra de temps à antre se rencontrer des points de coïncidence avec des auteurs dont la lecture m’est familière ; mais je n’ai point commis do plagiat volonlaire. Ne rien produire que d’entièrement neuf est une tâche qui, dans une époque si fertile en poêles, exigerait des forces vraiment herculéennes; car il n’est point de sujet qui n’ait été traité et épuisé. Toutefois la poésie n’est pas ma vocation spéciale : « c’est un péché » que je me suis permis pour apporter quelque distraction aux heures pesantes de mes journées maladives, et pour rompre la monotonie du désœuvrement. C’est là, il faut l’avouer, une source d’inspiration qui ne promet pas grand’chose. D’ailleurs, un vain laurier, quelque futile qu’il puisse être, sera toute la récompense que ces poëmes me vaudront; et quand ses feuilles seront fanées, je ne chercherai pas à les remplacer, ni à cueillir une seule branche nouvelle dans ces bosquets poétiques où je ne suis réellement qu’un intrus. Bien que dans mon enfance j’aie plus d’une fois foulé d’un pied insouciant les Higlands de l’Ecosse, il y a longtemps que je n’ai respiré cet air pur, que je n'ai habité ce sol élevé : je ne puis donc entrer dans la lice avec des bardes qui ont sur moi cet avantage. Mais leurs productions, à eux, leur valent beaucoup de gloire, et souvent beaucoup d’argent.

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