‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 74 sur 201 · A UN CHÊNE DE NEWSTEAD · texte numérisé non relu

A UN CHÊNE DE NEWSTEAD

Jeune chêne, quand mes mains l'ont planté, j’e'p^rais que

lî.

oeuvres de lord byron.

tes jours seraient plus nombreux que les miens; que tu balancerais au loin ton épais feuillage, et qu’aulour de tou tronc vigoureux serpenterait le lierre.

Tel était mou espoir lorsqu’aux jours de mon enfance, sur le sol de mes pères, je te voyais croître avec orgueil. Ils sont passés, ces jours ! et voilà que j’arrose ta tige de mes larmes. Les herbes dont lu es entouré ne peuvent me cacher ton déclin.

Je t’ai quitté, 6 mon chêne ! et depuis cette heure fatale, un étranger a fixé son séjour dans le manoir de mes pères. Tant que je ne serai point homme, je ne pourrai rien pour toi ; ce pouvoir appartient h celui dont la négligence a failli te laisser mourir.

Oh ! tu étais fort! et maintenant encore quelques soins suffiraient pour raviver la jeune tête, pour cicatriser doucement les blessures; mais tu n’étais point destiné à partager son affection. Eh ! que pouvait sentir pour toi un étranger?

Oh! ne t’incline point ainsi, mon jeune chêne; relève un moment ta tête ; avant que ce globe ait fait deux fois le tour de l’astre radieux que tu vois , mon adolescence aura complété ses années d’épreuve, et tu souriras de nouveau sous la main de ton maître.

Vis donc, ô mon chêne ! lève ton front au-dessus des herbes parasites qui entravent ta croissance et hâtent ton déclin; car tu as encore au cœur des germes de jeunesse et de vie, et tes branches peuvent encore se déployer dans leur mâle beauté.

Oui, des années de maturité te sont encore réservées; quand je dormirai dans la caverne de la mort, tu braveras le temps et le souffle glacé des hivers; et pendant des siècles les rayons de l’aurore viendront dorer ton feuillage.

Pendant des siècles lu balanceras légèrement tes branches sur la tombe de ton maître, qu’elles couvriront comme d’un pavillon; pendant qu’ ainsi ton feuillage ombragera gracieusement sa tombe, ton nouveau possesseur s’étendra sous ton ombre.

Lorsque accompagné de ses enfants il visitera ce lieu, il

lotir dira tout bas de marcher doucement. Oh ! sans doute mon nom vivra dans leur mémoire: le souvenir sanctifie la cendre des morts.

« C’est ici, » diront-ils, « quand sa vie était h son aurore, qu’il a exhalé les simples chants de sa jeunesse ; c’est ici qu’il dort jusqu’au jour où le Temps disparaîtra dans l’Éternité. » 4807.

LORS d’ONE VISITE A HARROW*.

Ici les yeux de l’étranger lisaient naguère quelques mots simples tracés par l’Amitié; ces mots étaient en petit nombre, et néanmoins la main du Ressentiment voulut les détruire. -

Malgré ses incisions profondes, les mots n’étaient point effacés; on les voyait encore si lisiblement, qu’un jour l’Amitié, de retour, y jeta les yeux, et soudain les mots se reproduisirent a la Mémoire charmée.

Le Repentir les rétablit dans leur premier état ; le Pardon y joignit son doux nom ; et l’inscription redevint si belle, que l’Amitié crut que c’était la môme.

Elle existerait encore maintenant ; mais, hélas! malgré les efforts de l’Espérance et les larmes de l’Amitié, l’Orgueil accourut et effaça l’inscription pour toujours.

Septembre 1 807.

ÉPITAPHE DE JOHN ADAMS, VOITURIER DE SOUTIIWELL, MORT D’UN EXCÈS DE BOISSON.

Le voiturier Adams ici repose en terre.

A sa bouche sans peine il voiturail son verre.

Il en voitura tant, que, tout considéré,

La Mort dans l'autre monde enfin l'a voiture8.

Septembre 1807.

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