‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 85 sur 201 · VERS A H. HODGSON, COMPOSÉS A BORD PENDANT LA TRAVERSÉE · texte numérisé non relu

VERS A H. HODGSON, COMPOSÉS A BORD PENDANT LA TRAVERSÉE

Vivat, Hodgson, vivat ! nous partons : notre embargo est à la fin levé: un vent favorable enfle nos voiles. Déjà le signal est donné. Entendez-yous le canon d’adieu? Les clameurs des femmes, les jurements des matelots, tout nous dit que voilà le moment du départ. Un manant vient de la part de la douane nous visiter : les malles sont ouvertes, les caisses brisées ; pas un trou de souris qui ne soit fouillé, au milieu du brouhaha, avant que nous mettions à la voile à bord du paquebot de Lisbonne.

Nos bateliers détachent leurs amarres, toutes les mains ont saisi la rame; on descend du quai les bagages. Impatients, nous nous éloignons du rivage. « Prenez garde ! cette caisse contient des liqueurs! — Arrêtez le bateau! — Je me trouve mal ! — O mon Dieu ! — Vous vous trouvez mal , Madame? Par ma foi, ce sera bien pis quand vous aurez été une heure à bord ! » Ainsi vocifèrent tous ensemble, hommes, femmes, dames, messieurs, valets, matelots; tous s’agitent, confondus pêle-mêle et entassés comme des harengs. Tel est le bruit et le tintamarre qui régnent avant que nous arrivions à bord du paquebot de Lisbonne.

Nous y voici maintenant! voyez! Le brave Kidd est notre capitaine : c’est lui qui commande l’équipage ; les passagers se blottissent dans leur lit, les uns pour grogner , les autres pour vomir, a Comment, diable, vous appelez cela une cabine? Mais c’est à peine si elle a trois pieds carrés: on n’y fourrerait pas la reine des nains. Qui diable peut vivre làdedans? — Qui, Monsieur? bien des gens. J’ai eu à bord de mon vaisseau jusqu’à vingt nobles à la fois. — Vraiment? Comme vous nous entassez les uns sur les autres ! Plût à Dieu que vos nobles fussent encore ici ! j’aurais évité la chaleur et

le vacarme de voire excellent navire, le paquebot de IJsbonne. »

— « Fletcher! Murray! Robert®! où êtes-vous ? Vous voilà étendus sur le pont comme des souches ! — Donnez-moi la main, joyeux matelot! Voilà le bout d’un câble, corbleu! Hobhousc articule d’effroyables jurements en tombant dans les écoutilles; il vomit à la fois son déjeuner et ses vers, et nous envoie à tous les diables. « Voilà une stance sur Bragance. Donnez-moi.... — Un couplet? — Non, une tasse d’eau chaude. — Que diable avez-vous donc ? — Diantre ! je vais rendre mes poumons ; je ne survivrai pas au tintamarre de ce brutal paquebot de Lisbonne. »

Enfin, nous voilà enroule pour la Turquie ! Dieu sait quand nous reviendrons! Un mauvais vent, une tempête nébuleuse, peuvent nous envoyer au fond de l’eau ; mais comme la vie n’est tout au plus qu’une mauvaise plaisanterie, ainsi que les philosophes en conviennent , ce qu’il y a de mieux à faire, c’est de rire. Riez donc comme je fais maintenant. Malade ou bien portant, en mer ou à terre, riez de toutes choses, petites ou grandes ; boire et rire, qui diable en demanderait davantage? Donnez-nous de bon vin! on n’en saurait manquer, même à bord du paquebot de Lisbonne7.

En rade de Falmouth, 30 juin 4809.

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