A FLORENCE
Dame charmante, quand je quittai la rive, 1a rive lointaine qui m’a donné naissance , je ne soupçonnais pas qu’un jour viendrait où je pleurerais encore en quittant un autre rivage.
El pourtant, ici, dans celte lie stérile où s’affaisse la nature haletante , où tu es la seule qu’on voie sourire, c’est avec effroi que j’envisage mon départ.
Quoique loin des rives escarpées d’Albion, bien qu’il y ait entre nous le bleuâtre Océan, encore quelques saisons écoulées, et peut-être je reverrai ses rochers.
Mais en quelque lieu que me porte ma course vagabonde, soit que j’erre sous les climats brûlants, que je parcoure les mers ou que le temps me rende un jour à ma patrie, mes yeux ne se Axeront plus sur toi.
Sur toi qui réunis tous les charmes capables d’émouvoir les cœurs les plus indifférents, qu’on ne peut voir sans admirer et, — pardonne-moi ce mot, — sans aimer.
Pardonne ce mot à, celui qui ne pourra plus t’oflenser désormaisen le prononçant! et, puisque jene dois pas prétendre à posséder ton cœur, crois-moi, c’est que je suis en effet ton ami.
Et quel est le froid mortel qui, après t’avoir vue, ô belle voyageuse ! ne sentirait pas comme je sens, et ne serait pas pour toi ce que tout homme doit être , L’ami de la beauté malheureuse ?
Et qui jamais pourrait croire que celte tête charmante a traversé tant de périls, a bravé les tempêtes aux ailes homicides, et échappé ù la vengeance d’un tyran ?
Belle dame, quand je verrai les murs où s’élevait autrefois la libre Byzance, et où maintenant Stamboul étale ses palais orientaux, siège de la tyrannie musulmane,
Quelque place immense qu’occupe celte glorieuse eité dans les annales de la renommée, elle aura a mes yeux un titre plus cher, comme étant le lieu de la naissance ;
Et, malgré l’adieu que je te dis maintenant, quand mes yeux verront ce spectacle merveilleux, il me sera doux, ne pouvant vivre où tu es, de vivre où tu as été.
Septembre 1809.