‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 88 sur 201 · STANCES COMPOSÉES PENDANT UN ORAGE · texte numérisé non relu

STANCES COMPOSÉES PENDANT UN ORAGE

Au milieu des montagnes du Pinde, le vent de la nuit es!

20$ OEUVRES DE LOnD DYItON.

humide et glacé, et la nue irritée fait pleuvoir sur nos têtes la vengeance du ciel.

Nos guides sont partis : nul espoir ne nous reste , et d’é- Mouissanls éclairs nous font voir les rochers qui interceptent notre marche, ou dorent l’écume du torrent.

N’est-ce pas une cabane que je viens d’apercevoir h la lueur de la foudre? — Oh! que cet abri nous viendrait h propos ! — Mais non, ce n’est qu’un tombeau turc !

A travers le bruit de la cascade écumante, j’entends une voix qui crie: c’est la voix de mon compatriote fatigué, qui fait retentir le nom de la lointaine Angleterre.

Un coup de fusil!... Vient-il d’un ennemi ou d’un ami? — Encore un!... C’est pour avertir le paysan des montagnes de descendre et de nous conduire dans sa demeure.

Oh! qui oserait, par une nuit semblable, s’aventurer dans le désert, au milieu des mugissements du tonnerre ? Qui pourrait entendre notre signal de détresse?

Et quel est celui qui, entendant nos cris, voudra se lever pour tenter une marche périlleuse? Ne croira-t-il pas, en prêtant l’oreille a ces clameurs nocturnes, que ce sont des brigands en campagne ?

Les nuages crèvent : le ciel est sillonné de flammes. O moment terrible ! l’orage accroît sa violence, et pourtant, ici, une pensée a le pouvoir d’échauffer encore mon sein.

Pendant que j’erre ainsi a travers les rochers et les bois, pendant que les éléments épuisent sur moi leur fureur, chère Florence, où es-tu ?

Tu n’es pas sur les flots : ton navire est depuis longtemps parti. Oh ! que l’orage, dont les torrents m’inondent, ne courbe d’autre tête que la mienne !

Oh! oui, maintenant tu es sauvée : tu as atteint depuis longtempsles rivages d’Espagne. Quelle douleursi une beauté telle que toi était condamnée à errer sur l’Océan !

Le rapide sirocco soufflait fortement la dernière fois que j’ai pressé tes lèvres, et, depuis ce jour, il soulève autour de Ion charmant vaisseau les vagues écumeuses !

POÉSIES DIVERSES. 20o

Et, tandis que ton souvenir m’est présent au milieu du péril et des ténèbres, comme dans ces heures de plaisir dont la musique et la gaieté hâtaient la fuite,

Peut-être que toi-même, dans les blanches murailles de Cadix, si toutefois Cadix est libre encore, h travers tes jalousies, tu regardes la mer bleuâtre;

Et alors ta pensée se reportant vers ces lies de Calypso qu’un doux passé t’a rendues chères, aux autres tu donnes mille sourires, et â moi un soupir seulement.

Et pendant que le cercle de tes admirateurs observe la pâleur de ton visage, une larme à demi formée, un fugitif éclair de grâce mélancolique ,

Toi, tu souris de nouveau; tu te dérobes en rougissant aux railleries d’un fat, et tu n’oses avouer que tu as pensé une seule fois à celui qui ne cesse de penser à toi !

Quoique sourires et soupirs ne puissent rien pour deux cœurs séparés et qui gémissent , pourtant , à travers monts et mers, mon âme en pleurs cherche il rejoindre la tienne.

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