A EMMA
Puisque l’heure est à la fin venue où tu dois te séparer de ton amant désolé, puisque notre rêve de félicité a pris fin, encore une douleur, 6 mon amie! et tout sera terminé.
Ah ! moment plein d’amertume que celui où nous nous
UEl’RES DE PARESSE. 9
quillons pour ne plus nous revoir, où celle qui me fui si chère s’arrache à moi, cl part pour de lointains rivages!
N’importe ! nous avons passé quelques moments heureux, et il y aura de la joie mêlée à nos larmes quand notre pensée se reportera vers ces tours antiques qui abritèrent notre enfance.
Montés sur leur gothique sommet, nous contemplions le lac, le parc, la vallée; et maintenant encore, à travers le voile de nos pleurs, nos regards leur adressent un dernier adieu,
A ces campagnes que nous avons tant de fois parcourues, théâtre de nos jeux enfantins; à ces ombrages où, fatigués de nos excursions, nous nous reposions, ta tête appuyée sur mon sein;
Pendant que moi je te contemplais d’un œil d’admiration, et j’oubliais d’écarter de ton beau visage l’insecte ailé à qui j’enviais le baiser qu’il posait sur tes yeux endormis.
Vois la petite nacelle peinte dans laquelle, la rame en main, je te promenais sur le lac; vois aussi l’ormeau qui balance sur le parc son vaste ombrage, et que j’escaladais h ta voix.
Ces temps sont passés. — Plus de. joie : lu me quittes, lu quittes celle vallée heureuse! Ces beaux lieux, je vais désormais être seul k les parcourir. Sans loi, quel charme auront-ils pour moi?
Ah ! nul, sans l’avoir éprouvé, ne pourra concevoir tout ce qu’il y a d’amertume dans un dernier embrassement, alors que, séparé de tout ce qu’on aimait, on dit au bonheur un long adieu.
Oh! c’est lk le plus douloureux des maux; c’est lk ce qui maintenant humecte nos joues de larmes brûlantes ; c’est le terme final de l’amour, c’est le dernier, le plus tendre adieu.
Chaque fois que je vois tes lèvres charmantes, je suis tenté d’y déposer un baiser de flamme ; mais ce bonheur céleste, je me l’interdis : ce serait une félicité coupable.
Quand je pense k ce sein éclatant de blancheur, je brûle d’en loucher la neige; mais ce désir audacieux, je le réprime, de peur de troubler Ion repos.
Un regard de ton œil pénétrant me fait palpiter ou d’espoir ou de crainte; pourtant je cache mon amour, et pourquoi ? — C’est que je veux t’épargner des larmes de douleur.
Jamais je ne l’ai dit mon amour, mais tu n’as que trop vu ma flamme ardente! Est-ce maintenant que je dois t’entretenir de ma passion, afin de changer en enfer le ciel de ton âme?
Non, car tu ne peux jamais être à moi ! Jamais l’église ne pourrait sanctionner notre union. O mon amie! tu ne m’appartiendras jamais que par des liens purs et célestes!
Que mon feu se consume donc en secret! Qu’il se consume ! je le le laisserai ignorer. J’aime mieux mourir que de laisser briller sa lueur criminelle.
Je ne veux point soulager mon cœur torturé en détruisant la paix du tien. Plutôt que de l’infliger un coup aussi cruel, je préfère étouffer en moi toute pensée présomptueuse.
Oui, les lèvres adorées, pour lesquelles je braverais plus que je n’ose dire, j’en fais le sacrifice. Pour sauver ton honneur et le mien, je le dis maintenant un dernier adieu.
Je renonce k presser sur mon cœur ton sein charmant; je resterai seul avec mon désespoir : je renonce k tes doux embrassements. Ah ! pour les conquérir, je puis m’exposer k tout, hormis k ton déshonneur.
Du moins, tu resteras pure : nulle matrone n’aura le droit de parler de la honte. Je serai en proie k d’incurables douleurs, mais je ne t’aurai point immolée k l’amour.
A CAROLINE
Crois-tu donc que j’aie vu sans m’émouvoir tes beaux yeux baignés de larmes me supplier de rester; que j’aie été sourd à tes soupirs qui en disaient plus que des paroles n’auraien pu en dire?
Quelque vive que fût l’affliction qui faisait couler les