‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 95 sur 201 · LE DÉPART · texte numérisé non relu

LE DÉPART

Jeune fille, le baiser que ta bouche a déposé sur la mienne y restera jusqu’à ce que de plus heureux jours me permettent de le rendre à tes lèvres, pur, inaltéré.

Le tendre regard que lu me donnes pour adieu, peut lire dans mes yeux un amour égal au tien ; les pleurs qui mouillent la paupière, ce n’est point mon inconstance qui les fait couler.

Je ne te demande pas un gage que, loin de tous les regards, je puisse contempler avec bonheur ; un souvenir de toi n’est pas nécessaire à un cœur dont toutes les pensées t’appartiennent.

Je n’aurai pas besoin d’écrire; — pour exprimer ce que je sens, que ma plume serait faible! Que pourraient d’inutiles paroles, à moins que le cœur ne pût parler ?

La nuit, le jour, dans la prospérité ou l’infortune, ce cœur, désormais enchaîné, gardera l’amour qu’il lui est interdit de laisser paraître, et soupirera pour toi en silence.

Mars I8M.

ADIE A AMALT1E.

Adieu, plaisirs de La Valette ! Adieu, sirocco, soleil, transpiration! Adieu, palais dont j’ai rarement franchi le seuil! Adieu , maisons où j’ai eu le courage de pénétrer ! Adieu , rues en façon d’cscalicr qu’on ne gravit qu’en jurant ! Adieu, négociants aux fréquentes faillites! Adieu, canaille toujours prête à railler ! Adieu, paquebots, — qui ne m’apportez point de lettres! Adieu, imbéciles, — qui singez vos maîtres! Adieu, quarantaine maudite qui m’as donné la

fièvre et le spleen! Adieu, théâtre où l’on bâille! Adieu, danseurs de son excellence! Adieu, Pierre, — qui, sans qu’il y eût de ta faute, ne pus jamais parvenir a apprendre k valser k un colonel ! Adieu, femmes pétries de grâces ! Adieu, habits rouges et faces plus rouges encore! Adieu, l’air important de tout ce qui porte l’uniforme! Je pars, — Dieu sait quand et pourquoi; je vais voir des villes enfumées, des cieux nuageux, des choses (k dire vrai) tout aussi laides, — mais d’une laideur différente.

* Adieu k tout cela; mais non k vous, fils triomphants de la plaine azurée! Que l’un et l'autre rivage de l’Adriatique, les capitaines morts, les flottes anéanties, la nuit avec ses bals et ses sourires, le jour avec ses dîners, vous proclament vainqueurs en amour comme en guerre ! Pardonnez au babillage de ma muse, et prenez mes vers, — je les donne gratis.

Venons-en maintenant k mistriss Fraser. Vous croyez san3 doute que je vais la louer; et effectivement, si j’avais la vanité de croire que mon éloge vaut l’encre qui est dans ma plume, un vers — ou deux — ne serait pas chose bien difficile, d’autant plus qu’ici la flatterie n’est pas du tout nécessaire. Mais il faut qu’elle se contente de briller dans des éloges préférables aux miens, avec son air enjoué, son cœur sincère, l’aisance du bon ton sans son art factice; ses jours peuvent couler gaiement sans l’aide de mes rimes insignifiantes.

Et maintenant, ô Malte! petite serre-chaude militaire, puisque tu nous possèdes, je ne te dirai rien d’impoli, je ne l’enverrai pas k tous les diables; mais, mettant la tête hors de ma casemate , je demanderai k quoi bon un semblable lieu? Puis, rentrant dans mon trou solitaire, je recommence k griffonner, ou j’ouvre un livre, ou bien je profite du moment pour prendre ma médecine (deux cuillerées par heure, selon l’ordonnance). Je préfère mon bonnet de nuit k mon castor, et remercie les dieux — de ce que j’ai la fièvre.

CO trmrs 18M.

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