A D1VES
FRAGMENT
Infortuné Dites ! dans un moment fatal, tu le rendis coupable et méconnus la voix de la Nature ! Naguère favori de la Fortune, elle l’accable maintenant de ses rigueurs ; le courroux des hommes a déchaîné ses flots sur ta tête orgueilleuse. Le premier en talent, en génie, en richesse, comme il se leva brillant ton beau malin ! Mais une soif de crime, et de crime sans nom, s’empara de toi , et voilà, que le soir de ta vie doit finir dans le mépris et dans la solitude forcée, ce pire de tous les supplices!
SUR LA DERNIÈRE BOUFFONNERIE DE THOMAS MOORE, QUALIFIÉE PAR LUI D’OPÉRA.
Les bonnes pièces sont rares , c’est pourquoi Moore écrit des parades : la gloire du poêle devient caduque. — Nous savions que Petit (lillle) était Moore; c’est maintenant Moore qui est petit. 1 4 septembre < su.
ÉPITRE A UN AMI EN RÉPONSE A DES VERS DANS LESQUELS ON EXHORTAIT L’AUTEUR A ÊTRE GAI ET A BANNIR « LE NOIR CHAGRIN. »
o Bannis le noir chagrin, » que ce soit l’a la devise de tes joyeux ébats! et peut-être aussi la mienne dans ces nuits bachiques, au sein de ces délicieuses orgies par lesquelles les enfants du désespoir bercent le cœur attristé et « bannissent le chagrin! » Mais à l’heure du malin, quand la réflexion arrive, quand le présent, le passé, l’avenir s’assombrissent, alors que tout ce que j’ai aimé est changé ou n’est plus, oh! alors ne viens point offrir cette amère ironie comme un remède aux maux de celui dont toutes les pençées... — Mais laissons lh cette matière. — Tu sais que je ne suis pas ce que j’étais. Mais avant tout, si tu veux occuper une place dans un cœur qui ne fut jamais froid, par tout ce que les hommes révèrent, par tout ce qui est cher à ton âme, par tes
joies ici-bas, les espérances lh-haut, parle-moi, parle-moi de toute autre chose que d’amour!
Il serait trop long de raconter, il est inutile d’entendre l’histoire d’un homme qui dédaigne les larmes ; et il y a peu de choses dans celle histoire auxquelles pussent compatir des cœurs meilleurs. Mais le mien a souffert plus que la patience d’un philosophe ne pourrait le peindre. J’ai vu ma fiancée devenir la fiancée d’un autre; — je l’ai vue assise à son côté; — j’ai vu l’enfant qu’elle lui avait donné sourire comme souriait sa mère aux jours de notre riante jeunesse, alors que nous nous aimions , purs comme son enfant ; — j’ai vu ses yeux me demander avec un froid dédain 'si j’éprouvais quelque peine secrète; et j’ai su jouer mon rôle, et mon visage a démenti mon cœur; je lui ai rendu son regard glacial , et cependant je me sentais l’esclave de cette femme; — j’ai embrassé, comme sans dessein, cet enfant , qui eût dû être le mien, et les caresses que je lui prodiguais faisaient voir que le temps n’avait rien changé à mon amour.
Mais n’en parlons plus. — Je ne veux plus gémir. — Je ne fuirai plus vers les rivages de l’Orient; le monde convient h un cerveau préoccupé : je veux de nouveau me réfugier dans ses domaines. Mais si quelque jour, quand sera fané le printemps de l’Angleterre, tu entends parler d’un homme dont les sombres forfaits rivalisent avec les plus hideux de l’époque, d’un homme sur qui ne peuvent rien la pitié ni l’amour, ni l’espoir de la gloire, ni les louanges des gens de bien; qui, dans l’orgueil de sa farouche ambition, ne reculera pas peut-être devant le sang; d’un homme que l’histoire rangera un jour parmi les plus redoutables anarchistes du siècle, — reconnais alors cet homme, et voyant Yeffet, n’oublie pas la cause.
Abbaje de Newste«d, 41 octobre 4844.