‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 102 sur 560 · JOSEPH, GR AN VILLE · texte numérisé non relu

JOSEPH, GR AN VILLE

GRANVILLE

Joseph !

JOSEPH

Que vois-je ? Monseigneur!

GRANVILLE

Encor !... Que dis-tu là ?

JOSEl'Il.

Pardon ; mais en honneur , Ce long incognito me chagrine et me pèse , Et sous un titre obscur je suis mal à mon aise.

GRANVILLE

"N raiment?

JOSEPH

Oui, si j'osais...

GRANVILLE

Parle.

JOSEPH

Depuis six mois, Je passe pour servir un honnête bourgeois , Je n'y puis plus tenir ; et quand toute une ville , Fière de recevoir le duc de Séréville, Assiégerait ses pas pour le voir, le fêter...

GRANVILLE

Voilà précisément ce qu'il faut éviter.

Ecoute , je pourrais , en t'imposant silence, D'un ridicule orgueil réprimer l'insolence ; J'excuse volontiers un ancien serviteur : Eh ! mon pauvre Joseph , pourquoi tant de hauteur ? J'ai conquis un beau titre aux champs de la victoire ; Mais de mes premiers ans je garde la mémoire , Le sort change , le cœur doit-il aussi changer ? Mon père était bourgeois , le tien était berger , Ne l'oublions jamais !

JOSEPH

Je m'en souviens sans doute :

Pourtant, monsieur le duc , j 'avouerai qu'il m'en coûte De ne pas ajouter au nom de vos aïeux D'un rang si bien acquis le titre glorieux ; Vous vous faites partout nommer monsieur Graiiville.

GRANVILLE

Il le faut ! nous vivons dans un temps difficile ;

En des jours de débats , de troubles , de complots ,

Quand s'agitent encor tant d'intérêts rivaux ,

J'ai dû , pour seconder une auguste espérance ,

Observer inconnu les besoins de la France ;

Le prince l'ordonnait. Tout s'apaise aujourd'hui,

D'un avenir plus doux enfin l'aurore a lui ,

Et bientôt à Paris , où mon rang me ramène ,

Il me faudra reprendre un luxe qui me gêne ;

Je m'y dois résigner. A Reims , durant un mois ,

J'ai vécu sans façon avec ce bon bourgeois ,

Cet excellent Dupré, que j'estime et qui m'aime;

Et tu veux qu'aujourd'hui je change de système ,

Qu'après m'ètre nommé, je voie à chaque pas,

A la franche amitié succéder l'embarras ?

Non; sans me découvrir, je lui veux être utile ,

Et jusqu'à mon départ rester monsieur Granville.

Console-toi pourtant , nous partirons demain.

JOSEPH

Enfin , je vais revoir le faubourg Saint-Germain , Et rei)rendre à l'hôtel mes titres et mon poste.

GRANVILLE

ïu feras demander des chevaux à la poste.

L'IMPORTANT. — ACTE I

JOSEPH

J'y cours.

( Il sorl. )

GRANVILLE

Pauvre Joseph I

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