‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 103 sur 560 · GRANVILLE, FRÉDÉRIC, DUPRÉ , EMMA · texte numérisé non relu

GRANVILLE, FRÉDÉRIC, DUPRÉ , EMMA

FRÉDÉRIC

Eh hien ! mon oncle , eh bien !

Je suis enfui nommé I quel bonheur est le mien !

EMMA

D'un aussi prompt succès je ne me flattais guère.

FRÉDÉRIC

Oh ! Sénarmont n'est pas un protecteur vulgaire.

DUPRÉ

Tu crois donc que c'est lui ?...

FRÉDÉRIC

Sans doute , je le crois ; Car, s'il promet souvent , il donne quelquefois ; Il fut mon seul appui , mon unique refuge.

Pour moi j'hésite encor...

FRÉDÉRIC

Je prends monsieur 'pour juge.

GRANVILLE

Voyons.

FRÉDÉRIC

Je vous l'ai dit , monsieur, depuis longtemps , Malgré des droits réels et des travaux constants , Dans un obscur emploi s'écoulait ma jeunesse , Je cessais d'espérer ; quand mon bonheur m'adresse L'aimable Sénarmont , notre concitoyen ; Mon père avait jadis été l'ami du sien ; Sénarmont à Paris nous oublia sans peine : Un jour certaine affaire à Châlons le ramène ; Il vient nous voir, chacun le reçoit de son mieux ; Je me plains de mon sort ! il étale à nos yeux D'un immense crédit les ressources puissantes ; Les anciennes grandeurs et les grandeurs récentes , Il connaît tout ; il a vingt amis à la cour , Il sait ce qu'on a fait , ce qu'on doit faire un jour ; Il parle, en homme instruit, des hommes et des choses ; Il prédit les effets , et devine les causes ;

Il nous dit les abus qu'il a fait réformer ,

Quels députés on nomme , et (piels on va nommer ;

Il est universel ! Mon oncle , peu crédule ,

Dans tout ce grand fracas ne voit qu'un ridicule ;

Bref, Sénarmont me plaint et m'offre son appui;

Il part , je n'attends rien... j'obtiens tout aujourd'hui ;

Il ne m'a point donné des espérances vaines ,

Me voilà par ses soins inspecteur des domaines ;

Le muiistre m'écrit , voyez monsieur.

( Il (loDoe la lettre à Grandville , qui lit touthant.) GRANDVILLE.

« Monsieur, je vous annonce avec plaisir que vous" .) êtes promu au grade d'Inspecteur des domaines. Je » ne vous cacherai pas que vous devez cet avancement » rapide aux pressantes sollicitations de M. le duc » de Séréviile , et je ne doute pas que votre zèle » et vos talents ne justifient la faveur dont vous » êtes l'objet, et la protection dont M. le Duc vous » honore. »

FRÉDÉRIC

Eh bien !

Dites que Sénarmont pour moi ne pouvait rien !

GRANVILLE

Si j'osais m'expliquer...

FRÉDÉRIC

Parlez , monsieur Granville.

GRANVILLE

Vous devez votre place au duc de Séréviile , Cela paraît constant , soit ; mais on n'écrit pas Que monsieur Sénarmont pour vous ait fait un pas , Je ne vois point son nom dans la lettre,

FRÉDÉRIC

Sans doute ; Mais ce duc , dont les soins m'aplanissent la route , Je ne le connais pas , il ne m'a jamais vu ; Je dois à Sénarmont son secours imprévu ; Il le connaît beaucoup , le duc l'estime , l'aime, Le consulte , et le croit souvent plus que lui-même , Près de son excellence il est fort en crédit.

GRANVILLE

Vous croyez !

FRÉDÉRIC

J'en suis sûr ! vingt fois il nous l'a ditl De ce duc , ignorant jusqu'à mon existence , Quel autre me pouvait obtenir l'assistance "? A sa protection quels titres puis-je avoir?...

GRANVILLE

Souvent on est connu des gens sans le savoir...

L'IMPORTANT. -ACTE I

FREDERIC

D'un homme tout puissant , d'un favori du prince ,

Sur moi, qui vis obscur au fond d'une province ,

Quel prodige incroyable eût attiré les yeux ,

Si d'un ami commun le zèle officieux

îS'avait plaidé ma cause ?, . . Oui , tout me le fait croire ,

Et c'est le seul moyen d'expliquer ma victoire.

GRANVILLE

Allons j soit !

Quand j'obtiens au-delà de mes vœux, Nous pourrons, chère Emma; serrer les plus doux nœuds. Mon oncle , un inspecteur peut entrer en ménage , Et d'un bonheur plus grand mon bonheur est le gage.

DUf'RÉ.

Oui , mon cher Frédéric , tu peux compter sur moi , J'ai donné ma parole , et ma fille est à toi ; Ta cousine bientôt deviendra ton épouse.

EMMA

La fille du préfet va-t-elle être jalouse I Je serai mariée avant elle ?

DUPRÉ

C'est bon !

A votre âge il faudrait avoir plus de raison.

GRANVILLE

Oh ! ne la grondez pas !

EMMA

Merci, monsieur Granville.

FRÉDÉRIC

Moi , fier de mon bonlieur et parcourant la ^ ille , Je vais de mes succès informer nos amis.

DUPRÉ

Chez moi dans un instant ils seront réunis.

FRÉDÉRIC

JN'importe , j'ai besoin de répandre ma joie.

DUPRÉ

Va ; mais dans la soirée au moins qu'on te revoie.

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