PHILIPPE, MARGUERITE
PHILIPPK.
Rassurez-vous, ma mère.
MARGUERITE
Ah ! quoi qu'il piùsse dire, Sur le front de Louis mes regards ont su lire : II nous veut inspirer un espoir qu'il n'a plus. Son arrêt est dicté, nos vœux sont superllus.
PniLlIM'E,
On dit que INouradin l'estime et le révère,
Qu'il est prêt, s'il le faut, à s'armer pour mon père ;
Que, fidèle à l'honneur, ce prince généreux
Ne voit [dus (|u'un auù dans un roi malheureux .
11 pourra nous défendre, Almodan le redoute !...
l nuuisulinan paraît, c'est lui-même sans doute.
LOUIS IX. —ACTE II
MARGUERITE, NOURADIN, PHILIPPE, Soldats.
nouradin.
Grandercine, etvous, prince, encroirai-jemesyeiu? 11 est donc vrai, c'est vous que je vois en ces lieux ? De votre dévoûment la nouvelle semée Frappe d'un saint respect et la ville et l'armée : Ah ! lorsque vous cherchez de nouvelles douleurs. Souffrez que Nouradin vienne tarir vos pleurs ! Au plus saint des devoirs, fidèles l'un et l'autre. J'ai sauvé ma patrie et vous pleurez la vôtre. Mais cette même main, qui vainquit votre époux, Peut écarter les maux prêts à fondre sur vous. Content de ma victoire, et plaignant vos alarmes, J'ai déposé ma haine, en déposant mes armes. Tous saurez mes desseins, vous connaîtrez mon cœur.
MARGUERITE
Je sais que les chrétiens estiment leur vainqueur. Ennemi généreux, dans leur douleur profonde. C'est, dit-on, sur vous seul que leur espoir se fonde; Vous êtes leur appui. Mais à les protéger Quelle raison secrète à pu vous engager ?
NOURADIN.
Leur vertu, leur courage, et l'horreur du parjure.
MARGUERITE
Ainsi, lorsque Almodan, nous prodiguant l'injure. Veut perdre les chrétiens, et manquer à sa foi, Vous arrêtez ses coups ?
NOURADIN.
L'honneur m'en fait la loi.
De pareils sentiments n'ont point dû vous surprendre; J'en fais gloire, madame. Eh! qui peut s'en défendre, A l'aspect de ce roi, plus grand que ses revers. Qui semhie aux musulmans commander dans les fers."* Le soldat le respecte, et le peuple l'aduîire. Si (pielque jour encor, menaçant cet empire. Louis dans l'Orient ramenait ses soldats, Il me retrouverait au milieu des combats ; Mais il est opprimé, j'embrasse sa défense.
PHILIPPE
O mon père, un chréiicm et l'accuse et t'offense ; El c'est un musulman (pii t'offre son appui î
NOURADIN.
Ce qu'il ferait pour moi, je le ferai pour lui.
Les vertus à ce cœur ne sont point étrangères ; Ennemis au combat, ici nous sommes frères. J'unis deux litres saints, puis-je les oublier ? Non ! je suis musulman, mais je suis chevalier.
PHILIPPE
Vous!
NOURADIN.
Oui, prince. Un Français fameux par son courage, Lusignan, dans ma cour fut long-temps en otage ; De vos lois, de vos mœurs il m'instruisit alors ; J'appris à vous connaître. Il vit à mes transports Combien de ses leçons mon âme était frappée ; Il reçut mes serments, et me ceignit l'épée.
MARGUtRlTE.
Mais aux coups d'Ahnodan pourrez-voiis arracher Ces chrétiens dont les maux paraissent vous toucher?
NOURADIN.
Oui ; d'un sort plus heureux embrassez l'espérance : Si le Soudan, craignant de vous rendre à la France, Au mépris d'un serment vous retint dans les fers, Il ne balance plus, ses yeux se sont ouverts : Et peut-être au moment où ma voix vous console , Almodan à Louis a rendu sa parole.
MARGUERITE
Que cet espoir est doux à mon cœur éperdu !
NOURADIN.
Vos malheurs vont finir.