SCÈNE VI
OBOLENSKI, seul.
( Il reste quelques moments silencieux , et paraît abîmé dans ses réflexions. )
Non ! il faut obéir ! il le faut !... Quel voyage ! Je croyais en partant avoir plus de courage! Hélène a commandé, j'ai promis !... Je l'aimais ! Je dois l'aimer encor ! Puis-je oublier jamais
Ses droits à ma tendresse , à ma reconnaissance ! Déposant près de moi l'orgueil de sa puissance , Elle n'a point fermé son cœur à mon amour ; Comblé de ses bienfaits , je règne dans sa cour. Mais cette jeune Olga , si naïve , si belle ! Je sens que malgré moi je rougis devant elle ; Son sourire enchanteur, sa voix, son doux regard , Tout aigrit mes tourments ! Que faire ? Il est trop tard ! Il le faut envoyer, cet écrit qui d'Hélène Va satisfaire enfin l'espérance et la haine.
( Il lit. )
« .T'ai traversé les mers ; la jeune Olga demain
Il De notre Moscovie aura pris le chemin.
» Vos ordres sont remplis, et j'arrive avec elle.
» Mais , pour l'attirer sur nos bords, » Qu'il m'a fallu de soins ! quels pénibles efforts » L'obéissance a coûtés à mon zèle !
I) La force eût été sans pouvoir :
» Les lois protégeaient sa faiblesse ;
» Et , pour accomplir votre espoir , » Il a fallu me rappeler sans cesse I) En quels termes Hélène a dicté mon devoir. « — Partez, m'avez-vous dit, pour un lointain voyage : I» De votre dévoûment j'exige encor ce gage. I) Allez , Obolenski : Florence dans ses murs
» Depuis longtemps cache une jeune fille » Qui , sous le nom d'Olga, sans appui , sans famille , » M'a dérobé sa vie "et ses destins obscurs. » Il faut que sous ma loi désormais elle vive : ') Mon bonheur en dépend. Je veilxqu'elle vous suive; 1) Qu'elle quitte avec vous son paisible séjour : » Qu'à vos séductions son âme s'abandonne. » Si pour la décider il faut feindre l'amour , » Hélène le permet , la tsarine l'ordonne , » Et le bonheur vous attend au retour. » <i — Tel fut votre ordre; il y fallut souscrire ! » A rougir désormais vous m'avez condamné ! » Pour entraîner Olga jusque dans votre empire , » J'ai feint l'amour... vous l'aviez ordonné...
» Elle me suit sans défiance.
» A l'espoir des grandeurs son cœur est étranger ; w Elle ignore son nom , son rang et sa naissance : » Que ses jours inconnus s'écoulent sans danger ,
» A l'ombre de votre puissance ! »
Il est donc vrai! mon cœur , de remords combattu , Le feignit, cet amour!... Malheureux! que dis-lu ! Ah ! ne jetons jamais un regard en arrière ! Ma vie au joug d'Hélène appartient tout entière ; Son pouvoir est mon Dieu , ses désirs sont ma loi :
Elle a daigné m'aimer, je ne suis plus à moi. Yvan, Blaskoff, ici!
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