‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 16 sur 560 · SCÈNE PRlîMIÈRR · texte numérisé non relu

SCÈNE PRlîMIÈRR

RAYMOND, seul.

Qu'ai-je vu ^ [jOur Louis quels destins se préparent ?

Déjà de ses guerriers les cachots le séparent.

Nouradin les protège... Efforts infructueux !

11 mourront tou.s captifs ' ... Us mourront vertueux !

Leur mémoire du moins ne sera pas flétrie,

Ils n'auront point trahi leur Dieu, ni leur patrie :

Et le monde, honorant leur vie et leur trépas,

En prononçant leurs noms ne les maudira pas.

Pour moi. plus de lionheur, plus de paix, d'espérance.

Malheureux ! je rougis au seul nom de la France !

Oui. je n'ai plus dainis, plus de concitoyens ;

Haï des musubnans, en horreur aux chrétiens,

Sous le faix de mes maux lentement je succombe ;

La malédiction pèse i a sur ma tombe !

Ah ! si mon C(pur cédait au cri du repentir ?...

Des fureurs du soudan je puis les garantir :

Je connais ses .soupçons, mais je ne pourrai croire

Oue^Nouradin séduit, renonçant à sa gloire.

Quitte jamais son dieu pour le Dieu des chrétiens.

Ses serments... Malheureux! as-tu gardé les tiens?

Interrogeons son cœur, et j'apy)rendrai peut-être

Quels desseins...

scÈNt: II.

RAYMOND, NOURADIN.

NOURADIN.

En ce lieu j'ai cru trouver Ion maître ; C'est ici ([u'il veut bien m'écouter un instant : Annoncc-hii , visir , (jne Nouradin l'attend.

i;ay.mo.nd.

Prince . pui.scpie mon maître a promis de l'entendre, Auprès de toi , sans doute , il va bientôt .se remh-e. Mais puis-je l'expliquer mes sentiments secrets ?

NOURADIN.

Parle.

RAYMOND

Cette fureur qui se lit dans tes traits , Le courroux du soudan , la crainte qui l'assiège , L'espoir de ces chrétiens que ta valeur protège , Tout semble d'Almodan confirmer les soupçons : Ami des chevaliers , séduit par leurs leçons , Chaque jour , à ses yeux , tu les nommes les frères : Il craint que , renonçant au culte de tes pères...

NOLRADIN.

rs'on , il ne le craint pas. Mes services passés , Mes discours au soudan m'ont fait connaître assez. Je hais la trahison , je méprise un transfuge.

RAYMOND

Des chevaliers chrétiens n'es-tu pas le refuge ?

NOLRADIN.

J'imite leurs vertus , sans adopter leur foi.

RAYMOND

Quel sera son garant ?

NOLRADIN.

L'horreur que j'ai pour toi.

RAYMOND

Nouradin!...

NOLRADIN.

Il suffit : je rougis de l'entendre.

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