‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 17 sur 560 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

RAYMOND , ALMOD AN, NOURADIN , soldats.

ALMODAN, àNouradiiJ.

Qu'exiges-tu de moi? parle.

NOLUADIN.

Tu vas l'apprendre.

On dit que , tout entier à les ressentiments , Oubliant à la fois l'honneur et tes serments , Des clievaliers chrétiens vaincus par mon courage Tu prétends à jamais prolonger l'esclavage :

LOUIS IX. — ACTE III

On dit qu'en cet instant , cliargés de fers honteux , Ils ont vu les caehots se refermer sur eux; Que ta haine en secret les réserve au supplice : Croirai-je qu'à ce point Almodan s'avilisse ?

ALMODAN.

Je connais leurs complots : j'ai dû les prévenir.

NOURADIN.

Tu connais ton serment , et tu dois le tenir.

ALMODAN.

Si je brise leurs fers , ces chrétiens que j'ahhorre Reviendront aux combats.

NOURADIN.

is'ous les vaincrons encore.

ALMODAN.

Songe que le destin peut trahir ta valeur.

NOURADIIV.

On doit craindre la honte , et non pas le malheur.

ALMODAN.

Je perds en les sauvant le fruit de ma victoire.

NOIUADLV.

Tn perds en hésitant mon estime et ta gloire. Quoi! Soudan, de l'honneur méconnaissant la voix, Tu pourrais sous tes pieds fouler toutes les lois ! Au mépris d'un traité, des guerriers magnanimes D'un aveugle courroux deviendraient les victimes ! Et quel est leur forfait? qui t'anime contre eux ? Captifs toujours soumis, et vainqueurs généreux, Depuis que la fortune a trompé leur courage , Les a-t-on vus , dis-moi , pour sortir d'esclavage , Un instant contre nous armer la trahison ? De chaque chevalier tu fixas la ranç,'on ; La rançon t'est livrée , il faut rompre leur chaîne : Obéis à l'honneur.

ALMODAN.

J'obéis à ma haine.

D'un semblable discours je reste confondu. Quoi ! des chrétiens...

NOIRADIN.

Soudan , je n'ai point prétendu Cacher les sentiments que leur vertu m'inspire ; Armés , je les combats; captifs , je les admire.

ALMODAN.

Est-ce à loi , leur vainqueur , à les défi ndre ainsi .'

NOURADIN.

(]'est l'honneur nuisulman que je défends ici. Au bruit de tes dangers je quittai la Syrie , Je t'offris mes secours : parents , sujets , patrie . Rien ah)rs , tu le sais , ne put me retenir .

Et de Massoure encor tn dois le souvenir. J'ai vaincu les chrétiens , j'ai vengé Ion injure ; Je sauvais un ami , j'abandonne un parjiue.

ALMODAN.

Eh bien ! lu peux partir : je ne te retiens plus. Tes discours , tes efforts , tes soins sont superflus ; C'est en vain qu'on prétend désarmer ma vengeance, Louis et ses guerriers sont perdus pour la France.

NOURADIN.

Voilà donc ton projet? apprends quel est le mien. Pour dessiller tes yeux je ne ménageai rien ; Tu m'oses résister : que ton sort s'accomplisse. Te servir désormais , c'est être ton complice ; N'y compte pas. Soudan , tu connais le traité : Il faut qu'avant une heure il soit exécuté , Ou dans toi ton ami ne verra plus qu'un traître.

ALMODAN.

Qui t'a donné le droit de me parler en maître ? Crois-tu que je consente à recevoir ta loi ? Seul je suis maître ici.

NOCRADÎN.

Que serais-tu sans moi ?

ALMODAN.

Ton bras , il m'en souvient , s'arma pour ma défense; J'honore ta valeur , mais ton orgueil m'offense.

NOLRADIN.

Tu trahis tes devoirs.

ALMODAN.

Respectes-tu les tiens , Indigne musulman, protecteur des chrétiens? Ah ! loin de leur prêter ton appui tutélaire , Ne dois-tu pas contre eux partager ma colère ? L'Europe à ta patrie ose encore insulter, Et par un grand exemple il faut l'épouvanter. Ce zèle pour un roi que poursuit ma vengeance A d'étranges soupçons pourrait donner naissance; Des leçons des chrétiens je reconnais les fruits. Eh bien ! montre la route à mes guerriers séduits ; Il en est , je le sais , qui suivront tes exemples. De notre saint prophète abandonnez les temples , Allez, de 31ahomet infidèles enfants , Sur les autels du Christ faire fumer l'tncens ; I\lais , eu quittant le dieu (|u'adoiaient vos ancêtres , Craignez les châtiments que je réserve aux traîtres.

NOCRADIN.

Je t'apprendrai bientôt (pii de nous doit trembler Au chemin de l'honneur j'ai cru te rappeler , Par d'outrageants soupçons penses-tu me confondre ? Ce serait maviiir que daigner y répondre.

LOUIS IX. —ACTE III

Je n'ajoute qu'un mot. Tes serments sont sacrés : Il faut que les chrétiens par toi soient délivrés ; C'est pour veiller sur eux qu'en ce lieu je demeiu'e. Almodan , souviens-toi que je te donne une heure.

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