‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 168 sur 560 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

OBOLENSKI , LE VOEVODE, BOSCAPJS , HÉLÈNE, BOÏARDS, STRÉLITZ daus le fond.

HÉLÈNE

Entrez, Obolenski; vous , boïards, prenez place.

(Elle s'assied sur le fauteuil placé à gauche de l'acteur. } OBOLKNSKI.àpart.

Son regard est terrible , et son geste menace ! (Sur un signe d'Hélène, tout le monde s'assied.)

Lorsque Belski médite un nouvel attentat , J'ai voulu , rassemblant les anciens de l'état , Sur de grands intérêts appeler leur prudence. Languissant sur un trône et dans la dépendance , Les femmes des grands-ducs ont subi jusqu'à moi D'un usage crue! l'inexorable loi :

La mort de leur époux les séparait du monde. Mon sort fut différent , et , si Dieu me seconde , L'avenir, sur mon règne arrêtant ses regards , Saura que j'ai porté la couronne des tsars. Nos exploits de l'Europe éveillent la surprise : Déjà le Danemarck , la Pologne , Venise Sont venus saluer, par un ambassadeur.

De nos destins naissants la future grandeur. Parcourant , en mon nom , les lointaines contrées ,

De leurs lois, de leurs mœurs, trop longtemps ignorées. Le noble Obolenski rapporte les trésors , Qui par mes soins bientôt enrichiront nos bords. Pour notre 3Ioscovie un nouveau jour va luire. Ijoïards, de mes succès j'ai voulu vous instruire; Mais la haine , attaquant et mon trône et mes jours , De mes vastes desseins veut arrêter le cours. Je saurai d'un seul coup renverser son audace. Le fantôme odieux dont le nom nous menace Va devant mon pouvoir disparaître aujourd'hui. Que la rébellion tombe et meure avec lui! L'arrêt est prononcé, vous allez le connaître.

OBOLKNSKI, à part, (irand Dieu !

LE VOEVODE, se levant.

Belski, chassé deslieux qui lontvu naître, A mérité son sort : ses complots impuissants, Après tant de revers sans cesse renaissants , Ont sur son front coupable appelé la vengeance. Nul ne vous vient ici conseiller l'indulgence ; Mais, je dois l'avouer, tsarine, vos sujets Ne sauraient applaudir à vos nouveaux projets. Vous parlez de changer nos lois et nos usages : Qu'allez-vous demander à de lointains rivages ? Du savoir et des arts les bienfaits décevants ? Il vous faut des soldats , et non pas des savants ! Ecoutez nos conseils, et regardez Byzance : De ses fiers habitants on vantait la science; Aux fers de Mahomet les a-t-elle ravis ? Amollis par les arts , ils furent asservis. Ah ! loin de pénétrer je ne sais quels mystères, Ils auraient dû s'instruire à défendre leurs terres , Apprendre à vaincre enfin !... Jene le cache pas , Je les vois à regret porter ici leurs pas ! Des vaincus oseront se proclamer nos maîtres ! Ils altèrent déj i les mœurs de nos ancêtres ; Leurs leçons dans les cœurs germent de toutes paris. Par l'âme de Rurick ! que nos jeunes boiards, Au lieu d'un vain savoir, montrent des cicatrices ! On veut les policer ! Qu'y gagnent-ils ? des vices ! Il leur faut aujourd'hui , dans le luxe élevés , Reposer sous un toit leurs membres énervés ; Des frivoles désirs la foule les assiège !

Nous, vainqueurs du Mongol , nous dormions dans la neige;

On ne nous avait pas inventé des besoins ,

Et nous nous battions mieux, si nous raisonnions moins !

Avec de beaux discours vaincrons-nous le Tartare ? Je suis barbare ! eh bien ! je veux rester barbare ! Des peuples du INIidi méprisons la langueur ; Les sciences , les arts ont détruit leur viguettr.

Ne les imitons pas : restons ce que nous sommes , Afin que sur la terre on trouve encor des lutmmesl ( Il se rassied. ) BO se A RIS, se levant.

C'est à moi de répondre à cet â[)re discours. Vous qui , de vos bienfaits me prêtant le secours, Avez il'un fugitif recueilli la détresse , Tsarine , permettez (pi'un enfant de la Grèce, De ce boiard sauvage abaissant la hauteur , Remle aux arts outragés votre appui protecteur. Croyez-moi , du savoir , qu'un barbare dédaigne, Que les fruits bienfaisants décorent votre règne ; Sans énerver les cœurs, éclairez les esprits;

L'Europe vous contemple

HÉLÈNE, rinterrompant.

Il suffit , Boscaris !

Ijnjour à vos conseils je peux ouvrir nidn âme; Mais un soin plus pressant aujourd'hui nous réclame. Écoutez : Vassili , descendant au tombeau , Laissa , vous le savez , une fille au berceau : Sophie était son nom. Je montai sur le trône, ttlais Belski , dont l'audace attaquait ma couronne , Déroba cet enfant , et , sur des bords lointains , Douze ans le nom d'Olga nous cacha ses destins.

BOSCARIS, Jipart.

Olga ! qu'ai-je entendu !

HÉLÈNE

Cette jeune princesse Du fond de son exil semblait sortir sans cesse. Fille d'un premier lit , on proclamait ses droits ; Belski de tout côté conspirait , et sa voix Des révoltés vaincus ranimait l'espérance. Enfin je découvris que les murs de Florence Avaient servi d'asile à cette faible enfant , Dont le nom menaçait mon pouvoir triomphant. Je voulus enlever à l'espoir des rebelles Ce funeste aliment de guerres éternelles . Obolenski partit , et , traversant les mers . Courut porter mon nom chez vingt peuples divers. Nos nuirs s'enrichiront des fruits de son voyage. Mais pour sa souveraine il a fait ilavantaie : Cette Olga qui , de loin , m'entourait de dangers , Ravie avec a.lresse à des bords ('trangers , A , pour n'en plus sortir , revu la Moscovie. Ma bonté consentait à lui laisser la vie ; Ln doilre la devait cacher à tous les yeu\ : Mes desseins ont changé.

Comment ?

HELENE

Des factieux , A la voix de Belski , marchent armés pour elle. Tant que respire Olga , ma couronne chancelle. L'intérêt de mon trône a décidé son sort : On apprendra demain son retour et sa mort 1

OBOLENSKI , se levant.

Sa mort ! Qu'avez-vous dit ? Eh quoi ! l'infortunée ! Sous le fer des hourreaux je l'aurais amenée ! Vous n'accomplirez pas ce funeste dessein ! Après l'avoir trompée , être son assassin 1 Jamais !

HÉLÈNK.

Modérez-vous.

ROSCARIS.

Pardonnez-lui! Peut-être Dun tendre sentiment son cœur n'est pas le maître; Il le faut excuser !

HÉLÈNE

Oui , vous avez raison !

OBOLENSKI, à part.

Le perfide en son cœur irrite le soupçon ! Olga va donc périr . et c'est moi qui la tue ! Que devenir ?

HKLÈNE.

( Elle se lève , tous les boïards l'imitent.) Boïards , vous m'avez entendue !

Vous savez mes périls , et vous approuverez Des ordres rigoureux...

LE VOEVODE.

Vos ordres sont sacrés.

HÉLÈNE

J'y compte t Immolons tout au salut de l'empire ! Songez-y bien . hoïards 1 qui me blâme conspire! Allez , retirez-vous !

Les boïards se retirent. Hélène descend de Testrade ; elle s'avance vers le fond du théâtre , et dit : )

Boscaris , approchez !

V Hélène et Boscaris parlent bas dans le fond. OBOLENSKI , sur le devant du Uiéàlre, Oui . j'ai lu dans son cœur ses sentiments cachés ! D'une haine jalouse Olga périt victime : L'amour dOholenski , voilà son plus grand crime !... Il faut sauver ses jours !

( Boscaris sort, Hélène revient lentement vers le fauteuil plac*- à la droite de l'acteur. )

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