‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 169 sur 560 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

HÉLÈNE , OBOLENSKI.

OBOLENSKI.

Souffrez qu'à vos genoux , Tsarine auguste et chère ...

HÉLÈNE, s'arrêtant.

Eh bien ! que voulez-vous ?

Mon bonheur , les bienfaits répandus sur ma vie , En ces lieux dès longtemps ont excité l'envie. On cherche à me ravir votre cœur , vos bontés !. , .

HÉLÈNE, s'asseyant.

C'est à vous de juger si vous les méritez.

OBOLENSKI.

Boscaris , pour me perdre , a recours à la ruse . Et vous prêtez l'oreille à la voix qui m'accuse ' Moi ! vous trahir !

HÉLÈNE

Est-on le maître de son cœur ?

De cette jeune Olga si le charme vainqueur Vous a séduit , pourquoi me tromper davantage r* L'amour qu'on inspira sans peine on le partage. Eh bien' soyez sincère !... Écoutant la pitié, Peut-être qu'en faveur d'une ancienne amitié J'épargnerai des jours que proscrit ma puissance . Et j'obtiendrai du moins votre reconnaissance.

OBOLENSKI , à part.

(Haut.)

Fuyons le piège ! Eh quoi ! toujours me soupçonner !. . Une seconde fois a-t-il pu se donner Ce cœur, ce faible cœur où règne votre image? Pourquoi l'ai-je entrepris ce funeste voyage ! Heureux auprès de vous, qu'avais-je à souhaiter ' Mais, soumis à votre ordre , il fallut vous quitter , Renoncer à vous voir !... Combienje suis à plaindre ! Je m'abaisse pour vous à la honte de feindre : Je m'exile , laissant mon bonheur sur ces bords : J'étouffe dans mon cœur le cri de mes remords ; Tout, pour vous obéir, me paraît légitime ; .Te vous immole enfin jusqu'à ma propre estime ; Et vous me soupçonnez !

HÉLÈNE

Un seul mot : l'aimez-vous ?

OFiOLENSKt.

Encore la défiance et les soupçons jaloux !

Celui qui vous aima peut-il être infidèle? Peut-il vous oublier ?

IIKLKNE.

Elle est jeune , elle est belle !

OBOLENSKI.

Ses attraits enfantins , près de vous effacés , Que sont-ils à mes yeux, dès que vous paraissez? On peut rendre justice aux gr;"iccs de son ài?e , Au charme passager qui pare son visage ; Mais qu'opposera-t-elle à cette majesté Qui relève en vos traits l'éclat de la beauté ? Hier, en vous voyant près de votre captive, J'admirais en silence , et ma vue attentive Comparait vos attraits à ses faibles appas : Combien vous l'emportiez !

HÉLÈNE

Ne me trompez-vous pas ?

OBOLENSKI.

C'est à vos souvenirs que mon cœur en appelle ! A mes yeux , il est vrai , vous paraissiez moins belle , Quand , d'une aveugle haine écoutant le transport , D'un enfant malheureux vous prononciez la mort ! La bonté sait si bien embellir une femme!... Mais ce dessein cruel n'est point né dans votre âme ; Non ! je vous connais trop.

( Il se trouve contre le faiilcnil d'Hélène. )

Vous les rappelez-vous Ces jours de mon bonheur, et ces moments si doux Où seule , à mon côté, loin d'une cour sauvage. D'un tendre dévoûment vous acceptiez l'hommage ? Ces jours heureux , pour nous ils peuvent revenir : Hélène n'en a point perdu le souvenir ! Alors , vous prodiguant d'innocentes caresses, De ces beaux cheveux noirs je détachais les tresses ; Du bonheur de vous voir j'aimais à m'enivrer !... A ces doux souvenirs laissez-moi me livrer, Noble Hélène : c'est vous, vous seule que j'adore ! Tournez vers moi les yeux !

( n se met à genoux, ) HÉLÈNE.

Faut-il le croire encore ?

OIîOLENSKI,

Ne me repoussez pas ! Plus d'aveugle fureur ! D'un injuste soupçon n'accueillez point l'erretu" : Qu'on chérisse vos lois , en admirant vos charmes ! Une si belle main doit essuver des larmes !

HEI.KNE.

Obolenski!...

OnOLENSKI.

C'est lui qu'autrefois vous aimiez, Qui souffrait loin de vous , (|»i revient à vos pieds ! Sa voix sur votre cœur n'a-t-elle plus d'empire ?

HÉLÈNE , relevant Ot)olenski , et se levant elle-mêmp. Oui! je fus trop cruelle!... Eh bien! Olga respire! Ma colère tantôt ordonnait son trépas : Je veux être indulgente ; elle ne mourra pas! Je charge Obolenski de mes ordres suprêmes.

OBOLl^NSkl , à part . ne pouvant contenir sa joie. Elle est sauvé-e enfin !

HÉLÈNE, dont les regards Tontépif'.

Misérable !... tu l'aimes !

OBOLENSKI.

Que dites-vous?

HÉLÈNE

Ton cœur s'est trahi malgré loi !

J'ai vu , j'ai vu ta joie !.... et je vois ton effroi ! Tu voulais me tromper ! Tremble, et qu'elle frémisse ! Tu ne jouiras pas de ton lâche artifice : Vous apprendrez tous deux ce qne peut mon courrojii.

OBOLENSKI.

Hélène , écoutez-moi ! j'embrasse vos genoux !

HÉLÈNE

Pas un mot!... Tes regards m'ont révélé ton âme.

OBOLENSKI.

Eh bien ! c'en est donc fait ! je brise un joug infâme !

J'ai rougi trop longtemps, par la feinte avili !

Connais-moi tout entier, veuve de Vassili!

Tu m'as rendu coupable, et j'ai rompu ma chaîne ;

Un lâche dévoûment a fait place à la haine ;

Mimcœur à ta rivale appartient sans retour;

E,t même , en ce moment, pour que le mot d'amour

Pût sortir , près de toi , de ma bouche glacée ,

Il me fallait sur elle attacher ma pensée !

HÉLÈNE

Malheureux !

OBOLENSKI.

Frappe-moi ! j'ai mérité la mort .

Le jour où , pour te plaire , étouffant le remonl , J'ai trahi cette enfant , si naïve et si belle ! J'obtienilrai mon pardon, en mourant avtc elle!

HÉLl.NE.

Oui , tu mourras !

OBOLENSKI.

Eh bien ! tes bourreaux sout-ll-; p.-êts? Qn'Oiga m'aimeet pardonne, et je nionrssansiesret-; ! Par d'indignes leçons mon âme fut séduite !... Mais j'ai repris le eo'ur d'un noble Moscovite !

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OLGA

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