BEI.SKI
Mes amis , A nos voeux désonnais quel succès est promis ! Je ne vous offiC plus pour renverser Hélène D'un retoin- incertain l'espérance lointaine : C'est le sang de Rurick , c'est la fille des tsars Qui vient comltatlre et vaincre avec ses vieux boïards.
STROGONOFF
Eh bien! fais-la venir, et qu'on lui rende hommage !
BELSKI.
Va la chercher , Blaskoff.
(Blaskoffsort.)
STROGONOFF
Amis , notre courage Va du trône à Sophie aplanir le chemin ; Mais il faut , quand du sceptre on armera sa main , Qu'elle rende aux boïards leurs anciens privilèges ! Hélène a tout détruit; ses efforts sacrilèges rsous ont depuis douze ans arraché tous nos droits. Le noble Moscovite allait-il autrefois Étaler à la cour sa bassesse importune ? Attendre d'un regard sa vie ou sa fortune ? Prodiguer ses respects à de vils favoris? Et , le front incliné , mendier des mépris ? Non : obéir au tsar et le suivre à la guerre , Mais vivre libre et maître absolu dans sa terre , Tel il était jadis , tel il doit être encor I Par des proscriptions grossissant son trésor , Hélène de nos biens impunément dispose.
Vous , qu'elle a dépouillés , vous savez ce qu'elle ose ! ]1 faut que de nos droits nous nous ressaisissions : Je combats pour Sophie à ces conditions.
DOUBROWSKI.
Oui , mort aux favoris qui régnent sous Hélène ! La princesse Sophie est notre souveraine. Mais à notre vengeance elle les livrera : Je demande leur sang.
BELSKI.
On te le donnera!
Maintenant préparons nos prochaines attaques. Yermack , chef de tribu , m'a vendu cent kosaques : Ils combattront pour nous ; mais il leur faut de l'or.
STROGONOFF
Tu leur en as donné.
BELSKI.
Je leur en dois encor. C'est à toi , Strogonoff, qu'il faut que je m'adresse : Voici l'instant venu d'accomplir ta promesse.
STROGONOFF
Je suis tout prêt. Ouslad , approche.
OUSLAD , sortant du rang des esclaves.
Me voici.
STROGONOFF
Il me faut de l'argent , et l'on t'amène ici Pour m'en donner.
ODSLAD.
Qui, moi?
STROGONOFF
Je suis ton maître; écoute:
Je t'ai permis , Ouslad , tu t'en souviens sans doute, De quitter mon domaine et d'aller en tous lieux Exercer ton esprit actif, industrieux.
Je sais que ton commerce a prospéré : j'exige Mille ducats.
OUSLAD.
Grand Dieu !
STROGONOFF
Mille ducats , te dis-je !
OUSLAD.
Hélas! mon doux seigneur , je suis pauvre.
STROGONOFF
Tu mens !
OUSLAD.
J'atteste saint Neuski.
STROGONOFF
Laisse là tes serments.
OUSLAD.
Eh bien ! vous les aurez ; mais il faut qu'en échange Vous m'accordiez ici ma liberté.
STROGONOFF
Qu'entends-je!
OUSLAD.
Je me suis enrichi ; mais , esclave et marchand , Il ne m'est pas permis de posséder un champ : Les nobles , les boïards sont seuls propriétaires. Je veux être boïard , pour acheter des terres ! Fédor , en voyageant , a formé son esprit , Et moi je me souviens de tout ce qu'il m'a dit : Un homme, quelque titre enfin dont on le nomme, Ne peut , sans son aveu , disposer d'un autre homme. Il a raison : je crois ce que m'a dit Fédor ; Et je veux être libre , ou je garde mon or.
STROGONOFF
Vil paysan ! sais-tu qu'en t'arrachant la vie Je te peux enlever cette imprudente envie?
AGo
OUSLAD.
Vous pouvez me tuer : vous êtes les plus forts. Mais comment saurez- vous où j'ai mis mes trésors? BELSKI, bas à Slrogonoff.
Il dit vrai.
STROGONOFF
Quoi I souffrir qu'un paysan me brave !
OUSLAD.
Un homme n'est pas né pour devenir esclave ! Ma liberté ! je paie.
BELSKI, à Strogonoff.
Il le faut.
STROGONOFF
J'y consens !
OUSLAD.
Je vais donc à mon tour avoir des paysans !
STROGONOFF
Pour la dernière fois que ton front s'humilie! Ouslad se met à genoux. Strogonoff étend la niaia sur sa tête. Serf, de tous tes devoirs ton maître te délie : Tu ne m'appartiens plus ; sois libre , et lève-toi ! Va payer ta rançon.
OUSLAD, aux paysans avec orgueil , après avoir baisé la robe de Strogonoff.
Esclaves , suivez-moi !
(Il sort avec quelques esclaves. )