SCÈNE PREMIERE
OLGA , seule.
Le jour a bien tardé ! Que les heures sont lentes ! Je sens s'appesantir mes paupières brfilantes : J'ai besoin de sommeil... et le sommeil me fuit. Combien elle a duré cette pénible nuit! Est-ce une erreur ? j'ai cru pendant ma longue veille Entendre retentir mon nom à mon oreille : Une lointaine voix me disait d'espérer ! Quels sont donc mes périls ? Boscaris va rentrer ; Il a su compatir aux peines que j'endure : Ami d'Obolenski, sa pitié me rassure ; Auprès de moi bientôt il conduira ses pas : Il le dit !... Attendons... Pourquoi ne vient-il pas ? Je souffre!... Regardons si je le vois paraître. Voici le jour enfin ; ouvrons cette fenêtre !
(Elle essaie d'ouvrir la fenêtre. Elle court vers les portes.) 0 ciel ! elle est fermée ! et ces portes aussi '■ Pourquoi sous les verrous me retenir ici? Suis-je captive ? Oh ! non ; sans doute la prudence Ordonnait. . . Et pourtant je frémis ! . . . Quel silence ! . . . Quoi! seule, seule au monde! Et si j'attends en vain, vSi mon Obolenski ne revient pas enfin , Que devenir? J'entends quelqu'un I Non, non, personne ! Quel est ce bruit lointain? c'e.st la cloche qui sonne. Au chrétien qui s'éveille elle rappelle un Dieu. Ah ! malgré moi ces sons m'apportent en ce lieu Des terreurs dont mou cœur ne saurait se défendre. A Florence jadis jaimais à les entendre : Alors je priais Dieu sans trouble et sans effroi. Que ces paisibles jours me semblent loin de moi ! J'en ressaisis à peine une image effacée '.... Je n'ai qu'un souvenir, je n'ai qu'une pensée : Obolenski !... Pour moi tout est là... Que fait-il'/ Oh ! si l'amour d'Olga l'avait mis en péril ! Qui viendra m'arracher aux maux que je redoute / :
On ouvre cette porte. . . on vient. . . C'est lui, sansdoute! J'oublie en le voyant tous mes chagrins passés.
(Elle court vers la porte du fond, et recule avec horreur.) Ciel! Hélène!...