OLGA , HÉLÈNE
x^ujourd'hui vous me reconnaissez ?
OLGA
Je frémis!
HÉLÈNE
Calmez-vous.
OLGA
Que deviendrai-je ? Où suis-je?
Hélène... c'est la mort!
HÉLÈNE
Remettez-vous , vous dis-je.
OLGA
Boscaris me trompait! tout est fini pour moi !
HÉLÈNE
Mon aspect vous inspire un légitime effroi ;
Car vous vous souvenez , Olga , par quelle offense
Naguère vous avez excité ma vengeance ?
OLGA
Je suis entre vos mains , qui peut me secourir? Si vous n'avez pitié de moi, je dois mourir.
HÉLÈNE
Vos outrages , Olga , sont-ils votre seul crime ? De (pielques révoltés si l'espoir se ranime , S'ils osent m'attaquer et troubler mes états,
Quel nom prononcent-ils en marchant aux combats ? Le vôtre.
OLGA
Vous savez,...
HÉLÈNE
Oui , je sais in naissance.
Si ta rivale au trône était en ta puissance , Si tu pouvais frapper, Olga , que ferais-tu ? Réponds-moi.
OLGA
Ma conduite a déjà répondu.
Ali! si votre couronne excitait mon envie, Seriez-vous maintenant maîtresse de ma vie 1' Aurais-je voulu fuir ces boïards dont l'espoir Dans le sang des vaincus cimentait mon pouvoir ?
HÉLÈNE
Mais tu fus dès l'enfance instruite à me maudire; Tu désirais ma mort.
OLGA
Grand Dieu! qu'osez-vous dire!
Moi , votre mort ! . . . Gardez et mon trône et uion rang. IVon , l'espoir de régner (le Ciel m'en est garant) rs 'aurait pu m'arracher à l'iieureuse contrée Où s'écoula jadis mon enfance ignorée.
lUvages de l'Arno , doux ciel, bords séduisants , Adieu, je vais mourir!... Mourir!... et j'ai seize ans!
HÉLÈ.NE, à part.
Malgré moi la pitié...
Vous détournez la vue !
Vous me plaignez peut-être? Oui , vous semblez émue! Vous n'ordonnerez pas que je meure!... Songez Par combien de tourments vos affronts sont vengés! Je clierchais le bonheur , et non un diadème.
Deux jours entiers , deux jours, sans voir celui que j'aime !
Vous seule loin de moi vous enchaînez ses pas ! Si j'ai des droits au trône il ne le saura pas ; .le ue lui dirai point quelle est luon origine : Je veux n'être pour lui qu'une pauvre orpheline : C'est Olga qu'il aimait... souffrez cpi'il l'aiiue encor; Laissez-moi sa tendresse : elle est mou seul trésor. Ne me punissez pas de l'amour que j'insfiire... Vous, pour vous consoler , vous avez un empire; Chacun cherche à vous plaire; on chérit votre loi : !Vloi , je ne veux qu'un cœur, et ce cœur est à moi ; Il m'aime!
HÉLÈNE, à part.
Oui, inailicurcusc, et c'est ton plus grand crime.
Jl t aime!,.. A ce seul mot ma fureur se ranime!
(Haut.)
Ainsi donc , écoutant un espoir suborneur , Vous placez dans l'aniour vos rêve» de bonhear ? Il faut \ous plaindre , Olga!
OLGA
Moi! (jue voulez-vous dire?
HÉLÈNE
Que dans les cœurs encor vous ne savez pas lire.
OLGA
Qu'entends-je ! (juel discours!
Vous auriez dû songer Que l'amour n'est souvent (pi'un rêve mensonger.
OLGA
Je ne vous comprends pas.
HÉLÈNE
Je vais me faire entendre.
Ecoutez : cet amant si dévoué , si tendre , Que votre orgueil aimait à voir à vos genoux , S'il vous avait trompée , Olga ?
OLGA
Que dites-vous ?
HÉLÈNE
L'amour qu'il exprimait , s'il avait dû le feindre?
OLGA
Non; c'est le seul malheur que je n'ai pas à craindre ! Vous pouvez , je le sais , ordonner mon trépas , Frapper Obolenski!... mais ne vous flattez pas D'éveiller dans mon cœur un soupçon qui l'offense. Par là du moins je puis tromper votre vengeance. J'excitai votre haine, elle peut s'assouvir.... Mais .son cœur est un bien qu'on ne peut me ravir ; Là s'arrête à mes pieds votre pouvoir suprême. Vous régnez : mais c'est moi, c'est moi seule qu'il aime! C'est mon dernier bonheur !
HÉLÈNE , à part.
ïu n'en jouiras pas !
Haut.
Si cet Obolenski dont vous suiviez les pas , Si ce fidèle amant (jui pour vous m'abandonne N'avait point ii^noré vos droits à la couronne? S'il n'eût fait en partant (pie céder à mes vœux ? Si j'avais tout dicté , serments, tendres aveux? Par un espoir trompeur égarée et séduite , Si dans ma chaîne enfin il vous avait conduite ?
OLGA
Horrible calomnie! et j'ai pu l'écouter!
HÉLÈNE
Orgueilleuse, ton cour cherche encore à douter.
OLGA
Douter! Qu'avez-vous dit? Non, mon ànie est tranquille. Epargnez-vous , Hélène , un effort inutile. Ma mort ne suffit point à vos transports jaloux , Vous voulez torturer mon cœur : détrompez -vous ! D'un odieux soupçon ce cœur n'est point la proie , Et ma rivale au moins n'aura pas celte joie !
HÉLÈNE
Ah.'j'entends! Mais peut-être en croirez-vous vos yeux? ( Elle lui remet la lettre quObolenski a envoyée aa premier acte.) Regarde donc , et doute à présent si tu peux !
OLGÂ.
Qu'entends-je!
HÉLÈNE
A te convaincre il faut que je parvienne, Olga. Cette écriture est-elle bien la sienne ?
OLGA, jetant sur la lettre des regards vagues et incertains. Sans doute.
Lis.
OLGA
Je tremble , et mon œil étonné. . . .
HELENE , indiquant du doigt divers passages de la lettre. Lis donc: «J'ai feintl'amour... vous l'aviez ordonné... » Pour entraîner Olga jusque dans votre empire. » Eh bien I je te trompais ! il t'adorait! OLGA.
J'expire I (Elle tombe sur un siège, le regard fixe, les bras pendants.) HÉLÈNE.
Je te laisse : à présent tu connais ton destin.
(A part.)
Jouis de son amour. Je suis vengée enfin.