R A LE I G II
Je songeais que , longtemps prive de vos bontés , Le malheureux , qu'excuse une reine chérie. Ressemble au naufragé qui revoit sa patrie. Du lord comte d'Essex tel sera le destin : Il n'a plus rien à craindre.
ELISABETH
En êtes-vous certain?
RALEIGH
A des chagrins cuisants il est encore en proie , Mais dans combien de cœurs retentira sa joie ! Du héros de la cour, du brillant chevalier, Les triomphes galants ne sauraient s'oublier : Et le jour où la reine à pardonner s'apprête Pour vingt nobles beautés doit être un jour de fête.
ELISABETH
Ah ! vous croyez ?
RALEIGH
Un mot de votre majesté Va sur leurs tristes fronts rappeler la gaîté.
ELISABETH
Sir Raleigh, vos vaisseaux, oisifs dans la Tamise, Vers cet El-Dorado , cette terre promise , A voguer avec vous ont tardé bien longtemps. Le vent est favorable , et voici le printemps : N'irez-vous pas bientôt conquérir ces merveilles Dont l'espoir vous coûta tant de soins et de veilles? Cet espoir sera-t-il enfin justifié?
!Nous attendons toujours...
RALEIGH, à part.
Je suis disgracié !
UN HUISSIER
!Mylord comte d'Essex !
LORD CÉCIL , à pari.
Qu'entends-je !
ELISABETH
Qu'on l'amène.
NOTTINGHAM. bas à Élisabelli.
^'ous lui pardonnerez ?
ELISABETH, de même.
Plaise à Dieu !