SCÈNE PREMIERE
ELISABETH , Lord CÉCIL; Secrétaires occupés à écrire.
LORD CÉCIL
A mylord trésorier Tordre est déjà donné. Vos vœux seront remplis.
ELISABETH, à elle-même.
Ils Font donc condamné !
Je n'ai qu'à dire un mot pour que sa tète tombe. Un si bel avenir enfermé dans la tombe ! Et j'y consentirais!.,. Malheureuse !
LORD CÉCIL
J'aitends , Reine , pour achever ces travaux importants , Que votre majesté commande. Mais peut-être D'un trouble passager son cœur n'est pas le maître. Qu'il ne s'impose plus un trop pénible effort : 11 sera temps demain.
ELISABETH.'
Qu'est-ce à dire , mylord." C'est l'heure du travail, et je n'ai pas coutume De la perdre. Restez , et reprenez la plume. Quels que soient mes soucis , je sais leur commander. Le temps ([u'aux soins du trône il convient d'accorder N'est point à moi : j'en dois le compte à l'Angleterre. De mes chagrins secrets qu'importe le mystère ? L'intérêt de mon peuple est ma première loi : S'il nous reste du tenq)s, nous songerons à moi. Quel important sujet maintenant nous réclame ? Parlez, mylord Cécil, nous écoutons.
LORD CÉCIL
Madame, Aux comftlots qu'un ingrat contre vous préparait Le roi d'Ecosse, uni par un traité secret, Des An:-dais révoltés encourageait laudacc.
De leur intelligence on a saisi la trace ; Ces papiers en font foi , tout est prouvé.
ELISABETH
J'entends.
Selon Jacques Stuart , je règne bien longtemps. Mon parent le plus proche , il a des droits au trône ; Mais je peux disposer encor de ma couronne , Et Jacques , inquiet de mes desseins futurs , Tente de l'obtenir par des moyens plus svirs. Son droit, si je l'exclus , n'est plus qu'une chimère...
(A elle-même.) Mais que dis-je? peut-être il veut venger sa mère !
LORD CÉCIL
Aux rebelles vaincus retirant son appui ,
Les envoyés d'Ecosse , inquiets comme lui ,
Devant vous maintenant demandent à paraître
Pour vous féliciter , reine , au nom de leur maître.
Ils ignorent encor si votre majesté
Connaît sur quel soutien la révolte a compté.
ELISABETH
Qu'ils l'ignorent toujours ! De mon cousin d'Ecosse Je veux bien oublier l'ambition précoce; Qu'on ne m'en parle plus ! J'ai besoin de repos. Brûlez tous les papiers qui prouvent ses complots. Au roi Jacques demain nous écrirons nous -même; Et , puisqu'il a des droits à notre diadème, Nous le satisferons ; le dessein en est pris: Il sera sûr du trône,., et de notre mépris. Poursuivez.
LORD CÉCIL
Le succès accompagne vos flottes ; Vers les bords de ITndus vos habiles pilotes Ont ouvert au commerce un chemin glorieux ; Et les drapeaux anglais , partout victorieux , Préparant pour nos fils cette mine féconde , Ont porté votre nom jusqu'aux bornes du monde, ELISABETH , sclevant.
Que nosbravçs marins soiçnl coiwl^lés de biçnfaiis;
ELISABETH D ANGLETERRE. -ACTE IlL
Nous donnerions pour eux jusqu'à noire palais : Leur gloire à notre peuple assure des richesses : Que le lord trésorier répande nos largesses.
( A ellc-niêmc. ) Écrivez-lui , inylord. — Raleigh ne revient pas. Où , cette nuit, Essex a t-il porté ses pas ? Mes gardes l'onl en vain cherché dans sa demeure : Lihre encore , il pouvait la quitter à toute lieure. Ma faiblesse à l'ingrat voulut jusque aujourd'hui Épargner unaffrontel des fers... A-t-il fui? A mon impatience à peine je commanile.
(Elle se rassied.) LORD CÉCIL.
Montjoy combat Tyrone et triomphe en Irlande ; Mais par lui , chaque jour, les insurgés vaincus
( A part. ) Se défendent encore... Elle n'écoule plus.
ÉLISADRTII.
(A elle-mcmc.)
Reviendra-t-ilcuGn? —C'est lui l...Que vais-je apprendre ?
UN HUISSIER
Sir Raleigh !
(Raleigh entre.)
ELISABETH . se levant avec impétuosité.
Ah!...
LORD CÉCIL, se levant.
Je sors.
ELISABETH , se rasseyant avec calme .
Sir Raleigh peut attendre.
Pourquoi vous retirer ? De graves intérêts Nous occupent : restez; nous l'entendrons après. Vous parliez de l'Irlande?
LORD CÉCIL
Oui. Le trésor s'épuise , Reine , et , pour mettre à fin celte noble entreprise , Montjoy de ses succès doit poursuivre le cours; Mais l'armée affaiblie a besoin de secours.
ÉLISAFîETn.
Eh bien ! au parlement demandons un subside. Entre Tyrone et nous que la guerre décide. Nous ne fléchirons point devant des révoltés.
LORD CÉCIL
Demain le parlement saura vos volontés.
ELISABETH
Est-ce tout ?
LORD CÉCIL
Oui, madame.
ELISABETH
( A part.) Allez donc... .le respire !
vl.orJ Cécil cl les sccrCtaiies sortem.'