SCÈNE IL
ELISABETH , Sir RALEIGH.
ELISABETH
Eh bien ! Raleigh , eh bien ! qu'avez-vous à me ilirc ?
Essex a-l-il quitté la ville en fugitif,
Ou dans la tour de Londres est-il enfin captif?
RALEIGH
Le comte est dans les fers.
ELISABETH
Il est en ma puissance !
El vous a-l-il , Raleigh , expliqué son absence ?
RALEIGH
J'en soupçonne la cause.
ELISABETH
Ah ! vous la soupçonnez.
Quelle e.sl-elle?
RALEIGH
Je crains...
ELISABETH
Qu'avez-vous ?
RALEIGH
Pardonnez.
Je m'abuse peut-être !
ELISABETH
Encor? Pourquoi vous taire !
Achevez.
RALEIGH
C'est à vous de percer ce mystère.
Vos ordres m'imposaient un pénible devoir , Reine; je l'ai rempli!... vous allez tout savoir. De la maison d'Essex gardant les avenues , Mes gens veillaient , placés à toutes les issues , Et du comte en silence épiaient le retour. Une pâle clarté nous annonçait le jour , Lorsqu'au loin , s'ontouranl des plis d'unm;iiileaii somKr»-, Je vois un homme seul qui .se glissait dans l'ombre. 11 approche : vers lui s'élancent mes soldats; nientôt tous les chemins sont fermés à ses pas. (Cherchant dans son épée une défense vaine, Il combat ; je m'avance , et je nomme la reine ; Il cède enfin!... C'était mylord Essex !.. Je veux, P(»ur accomplir votre ordre et contenter vos vdnix , Saisir tous ses papiers. Sans peine il me les donne ; Mais je vois sur son sein un objet qui m'étonne ;
ELISABETH D'ANGLETERRE. - ACTE IIL
C'est une riche écliarpe où brillent à nos yeux Des chiffres inconnus , des mots mystérieux.
KLISVBETII.
T'ne écharpe !
RALEIGII.
Je veux l'en dépouiller. Peut-être , Signal de rallîment entre les mains d'un traître , Elle doit révéler quelque important secret ! Par mon ordre un soldat dtjà s'en emparait : Le comte , furieux , la menace à la bouche , llepousse ses efforts avec un cri farouche , Se débat, la retient, la presse sur son coeur !..., Mais que pouvait dEssex l'inutile fureur ? Il frappe , il veut mourir 1 ... On respecte sa vie ; On l'entraîne ; l'écharpe à ses mains est ravie ; Et , suivant l'ordre exprès que vous avez dicté , Je la dépose aux pieds de votre majesté.
ELISABETH
Donnez , Ralcigh , donnez. Combien je vous rends grâce ! (^ui , d'un crime nouveau nous surprendrons la trace
(A elle-même.) C]elte écharpe sur lui saisie au point du jour , Qu'il pressait sur son cœur ! . . . c'est un gage d'amonr , Je n'en saurais douter.
RALEIGH, à part.
Le trouble est dans son âme !
J'ai frappé juste.
ELISABETH , à elle-même.
Essex aux genoux d'une femme ' Cette nuit ! ... il jurait de l'adorer toujours ! Et moi je l'excusais , je tremblais pom* ses jours 1... Oh ! qui me livrera la coupable ?... Insensée ! Laisserai-je Raleigh lire dans ma pensée? Il m'observe : cachons ma faiblesse à ses yeux. (Elle jette l'écharpe sur une table.) (Haut.) Nottingham tarde bien à se rendre en ces lieux ; Il me doit du coupable apporter la sentence. On dit qu'au parlement il a pris sa défense ''
RALEIGH
Reine, pardonnez-lui : l'amitié l'égarait.
ELISABETH
Jel'altends. Devant vous je signerai l'arrêt, Et, sans plus hésiter , je lui ferai connaître Qu'on m'offense, Raleigh, en défendant unlraître.
LN HUISSIER
Lord duc de Nollingham !
{ A Raleisli.;
()ii"il (Mire. — Demeiu'oz.