‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 202 sur 560 · SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL

ELISABETH, Lord Duc de NOTTINGHAM, Sir RALEIGH; Membres pu Parlement.

Nous attendions , mylord.

NOTTINGHAM

Vous me pardonnerez , Madame !... La duchesse , en proie à la souffrance , Réclamait tous mes soins , et j'avais l'espérance, Quand sa douleur près d'elle a retenu mes pas , Que , daignant m'excuser...

ELISABETH

Vous ne vous trompiez pas.

La duchesse , mylord, sait à quel point je l'aime; J'irais , s'il le fallait , la consoler moi-même ! Son devoir aujourd'hui l'appelle auprès de moi ; Maismilady Suffolck remplira son emploi.

NOTTINGHAM

Déjà de sa souffrance à peine on voit la trace , Et Sara près de vous va reprendre sa place.

ELISABETH

A la bonne heure ! .... Eh bien ! mylord , le parlement A du coupable enfin dicté le châtiment ?

NOTTINGHAM

Oui, madame.

ELISABETH

Et l'on dit qu'embrassant sa défense , Vous seul pour un ingrat qui me brave et m'offense Vous avez élevé la voix ?

NOTTINGHAM

Je l'avoiirai.

Seul je l'ai défendu,

Son crime est avéré.

NOTTINGHAM

Je sais que tout l'accuse, et cependant j'espère j Que vous écouterez un conseil moins sévère.

ELISABETH

L'arrêt est dans vos mains , mylord duc? j NOTTINGHAM , lui remettant l'arrêt.

! Le voici.

I Mais, avant de signer...

ELISABETH

, Oui . c'est très-bien ainsi 1

ELISABETH D'ANGLETERRE. — ACTE IIL

La mort!...

NOTTINGHAM

Elisabeth souhaite qu'il expire ?

O ciel !

ELISABETH

En sa faveur que pourriez-vous me dire ?

iNOTTIAGHAM.

Hélas ! ses ennemis , près de vous rassembles , Etoufferaient ma voix.

Ne crai^^nez rien , parlez !

Aux lords.

Qu'on s'écarte un instant , mylords.

(Us vont se grouper dans le fond du théâtre. — A Nottingham.)

Je VOUS écoute.

NOTTINGHAM

La reine d'Angleterre a dû punir sans doute ; Mais c'est Elisabeth que j'implore aujourd'hui. Le coupable en sa gloire en vain cherche un appui , Je ne l'ignore pas ; et , pour toucher votre âme , Vous ne m'entendrez point vous rappeler , madame, Du malheureux Essex les services passés : Hélas ! un jour d'erreur les a tous effacés ! Mais ce jeune héros , l'orgueil de l'Angleterre , Qui, tant de fois vainqueur et sur mer et sur terre , Vit l'Europe admirer ses exploits éclatants , Grande reine , pour vous ne fut-il pas longtemps Un ami dévoué?... Pardonnez ce langage.

Il dût vous être cher, car il est votre ouvrage ! Aux honneurs dès l'enfance il s'était dérobé ; Sur lui du haut du trône un regard est tombé... Il s'éveille , il combat , et , sur les bords de l'Èbre , Bientôt l'enfant obscur est un guerrier célèbre ! Avez-vous oublié , reine , cet heureux temps ? Il m'en souvient , Essex à peine avait vingt ans Lorsqu'en ce lieu , pour prix de sa vertu guerrière , Il reçut de vos mains la noble jarretière. Je crois le voir !... Paré de ce signe d'honneur. Il semblait s'embellir encor de son bonheur ; Nous présagions sa gloire, et vous-même, attendrie, Vous disiez : « D'un héros j'enrichis ma patrie ! » Votre cœur près de lui s'ouvrit à l'amitié. Et pour lui maintenant vous seriez sans pitié ? Non , vous pardonnerez.

ELISABETH

Vous qui l'osez défendre , Craignez de l'invoquer cette amitié si tendre Qui de tant de bienfaits environna ses jours. Pour sauver un ingrat cherchez d'autres secours!...

O toi , mon vieil ami , mon serviteur fidèle , Il faut qu'à tes regards mon âme se révèle ! Ecoute. Lord Essex des complots qu'il ourdit Ileroit le châtiment : toi-même tu l'as dit , La reine doit punir et commander qu'il meure !... La reine a disparu , je suis femme , je pleure. Ce n'est point en songeant au sujet révolté A (|ui pourrait encor pardonner ma bonté ; Mais voir mon amitié , lâchement méprisée , De celle qu'il chérit devenir la risée !... C'en est trop , Nottingham 1

NOTTI.NGIIAÎI.

Reine , que dites-vous ?

ELISABETH

Sais-tu que , cette nuit , Essex à ses genoux

De ses dédains pour moi sans doute faisait gloire ,

Qu'il jurait de l'aimer ?

NOTTINGHAJl.

Et vous l'avez pu croire?

Ah ! de ses ennemis je reconnais les coups ! Ils veulent contre Essex armer votre courroux , Et ce n'est point assez qu'il ait été rebelle !

ELISABETH

Cette nuit, cette nuit, il était auprès d'elle : M'entends-tu, Nottingham?

NOTTINGHAM

On vous trompe.

Tais-loi :

De ce coupable amour la preuve est là; crois-moi, Cette nuit il reçut de celle qu'il adore Une écharpe...

( Elle va prendre l'écliarpe sur la table. " NOTTINGHAM.

Lui!

ELISABETH, lui présentant lécliarpe.

Tiens , regarde , et doute encore !

NOTTINGHAM , reconnaissant rédiarpc.

Ah !

ELISABETH

Tu frémis?... Vois-tu ces chiffres odieux , De leurs serments» d'amour garants mystérieux ?

NOTTINGHAM, à part.

Ociel!...

ELISABETH

Je donnerais mon trône pour coimailre Celle qui les traça... Mais (|ue dis-je? peut-être Quelque indice secret ta révélé son nom '^ Tu pâlis, Nottingham : tu la connais !

ELISABETH D'ANGLETERRE. -ACTE U

NOTTINGUAM.

Moi! non.

ELISABETH

Quune double vengeance aurait pour raoidecharmes !

NOTTINGHAM, à part.

Je vis encor ! je pleure !... Oh ! retenons mes larmes ; C'est du sang qu'il me faut !

ELISABETH

Tu ne le défends plus?

Vante donc à présent sa gloire et ses vertus î

NOTTINGHAM

Reine , pendant trente ans d'un dévouement fidèle ,

Aux chevaliers anglais si j'offris le modèle ;

Si. \i\ aut dans les camps bien plus qu'au sein des cours,

Pour votre père et vous j'ai prodigué mes jours;

Si de ce corps usé les vieilles cicatrices ,

Si vingt champs de bataille attestent mes services ,

J'en demande le prix.

ELISABETH

Explique-toi ; comment ?

NOTTINGHAM

Ordonnez qu'il soit libre une heure, un seul moment ! Il faut que je lui parle , il faut que je le voie !

ELISABETH

Non, je ne lui veux point accorder cette joie : Ce serait , Nottingham, me venger à demi. L'ingrat à ses côtés n'aura pas un ami : Qu'un prêtre seul le voie et lui doime assistance!

NOTTIXGHAM , à part.

Tn ami !..,

ELISABETH , qui a été signerTaiTêt.

C'en est fait , et voilà ta sentence ! La voilà ! c'est la mort , perfide !

NOTTIXGHAM , à part.

Eh quoi ! mon bras Dans son sang odieux ne se baignerait pas !

( Haut. ) Madame , je me jette à vos pieds , que j'embrasse ! Connnandez qu'il soit libre ! un instant !

ELISABETH

Point de grâce !

NOTTIXGHAM , se relevant.

Je n'en demande pas.

ELISABETH

Quel est donc ton espoir ?

NOTTINGHAM

A la face du ciel je veux encor le voir.

ELISABETH

Je conçois , Nottingham , quel sentiment t'anime : Ce n'est pas envers toi que fut commis son crime ! . . Mais je veux qu'il périsse abandonné de tous.

( Aux lords qui sont dans le fond. ) Mylords, et sir Raleigh, revenez près de nous.

(Us se rapprochent. ) Tout est fini , messieurs , la sentence est signée : Des complots d'un rebelle à bon droit indignée , L'Angleterre attendait un exemple éclatant ,

( Elle donne la sentence à Raleigh. ) Nous voulons le donner. — Pvaleigh, dans un instant , Près du comte d'Essex vous conduirez un prêtre ; Ensuite au parlement il devra comparaître. Vous vous rassemblerez , mylords , et devant vous Le coupal)le entendra sa sentence à genoux. Ainsi nous l'ordonnons !

UN HUISSIER

Dans la chambre prochaine Nous avons introduit les dames de la reine. Milady Nottingham est là.

NOTTINGHAM, à part.

Dieu!

ELISABETH , au duc.

J'aime à voir Que milady , toujours esclave du devoir , Oublie ainsi ses maux quand son zèle commande.

( A l'huissier. ) Je l'en remercîrai , milord duc. — Qu'on m'attende. (L'huissier sort. ) NOTTINGHAM , à part.

Elle est là ! Je ne puis la voir , l'interroger !

Quand me permettras-tu , mon Dieu , de me venger ?

ELISABETH

Messieurs , retirez-vous. La sentence est rendue : Qu'on l'exécute. Allez , vous m'avez entendue.

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